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Ebola, hantavirus, variole du singe... Pourquoi le monde est aujourd'hui plus vulnérable face aux épidémies

Alors qu'une nouvelle épidémie d'Ebola frappe de plein fouet la République démocratique du Congo, des experts estiment que le monde est de moins en moins résilient face aux maladies infectieuses.

L'hantavirus des Andes (image d'illustration)

Crédit : Joel Saget / AFP

Juliette Vignaud

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Elles sont de plus en plus fréquentes et destructrices. Des experts mettent en garde contre la fragilité des politiques de santé internationales face aux maladies infectieuses, alors que la République démocratique du Congo s'efforce de contenir une épidémie d'Ebola et sur fond de résurgence de l'hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius.

Alors que l'OMS a ouvert lundi 18 mai son assemblée annuelle, un rapport publié par le Conseil mondial de suivi de la préparation aux crises sanitaires (GPMB) - organe indépendant de l'OMS - alerte sur la menace mondiale croissante face aux épidémies de maladies infectieuses. "De plus en plus fréquentes, elles sont également de plus en plus destructrices", écrivent-ils.

Le monde est aujourd'hui plus exposé aux pandémies qu'il ne l'était après le Covid-19, constatent le groupe d'experts, créé en 2018 par l'OMS et la Banque mondiale, afin de renforcer la préparation aux crises sanitaires. "Le constat est clair : le monde n'est pas plus à l'abri des pandémies" et ce alors que les conséquences économiques et sociales sont de plus en plus importantes. 

"Une époque difficile, dangereuse et source de divisions"

Selon le GPMB, les épidémies de ces dix dernières années, telles qu'Ebola et la variole du singe (mpox), montrent que le monde recule sur l'accès équitable aux soins et aux vaccins. "Des coûts économiques et sociaux en hausse, un accès de plus en plus restreint aux contre-mesures médicales, un financement en baisse, et des sociétés qui en ressortent plus pauvres, plus inégales et plus divisées", est-il listé. 

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Selon le rapport, l'aide internationale au développement consacrée à la santé est revenue à des niveaux observés en 2009. "Cette crise [du Ebola] n’est pas survenue de nulle part. En retirant des milliards de dollars à l’OMS et en démantelant les programmes de première ligne de l’USAID, on sape précisément le système de surveillance destiné à détecter ces virus à un stade précoce", regrette le Pr Matthew Kavanagh, de l'université de Georgetown, dans les colonnes du Guardian

Et de marteler : "Nous constatons aujourd’hui les conséquences directes et mortelles d’une approche qui considère la sécurité sanitaire mondiale comme une dépense facultative."

Les inégalités restent l’une des plus grandes menaces pour la sécurité sanitaire mondiale

Rapport du Conseil mondial de suivi de la préparation aux crises sanitaires (GPMB)

Dans le même temps, les épidémies apparaissent de plus en plus probables en raison de la crise climatique et des conflits armés, indique le rapport. L'hantavirus et Ebola "ne sont que les dernières crises en date dans notre monde en proie à des troubles", a également alerté lundi le chef de l'Organisation mondiale de la santé à l'ouverture de l'assemblée annuelle de l'OMS. 

"Des conflits aux crises économiques, en passant par le changement climatique et la réduction de l'aide internationale, nous vivons une époque difficile, dangereuse et source de divisions",  a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. 

Trois priorités

Face à un monde plus divisé, plus endetté et donc plus vulnérable aux pandémies, la coprésidente du GPMB, Kolinda Grabar-Kitarović, assure que des solutions existent. "Mais sans confiance et sans équité, ces solutions n'atteindront pas les personnes qui en ont le plus besoin. Les dirigeants politiques, l'industrie et la société civile peuvent encore infléchir la trajectoire de la préparation mondiale - s’ils transforment leurs engagements en progrès mesurables avant que la prochaine crise ne survienne."

L'Assemblée mondiale de la santé survient après une année difficile pour l'OMS, fragilisée par ces coupes et la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l'organisation. "Le budget de l'OMS a été réduit de l'ordre de 21%, soit de près d'un milliard de dollars. Des centaines d'emplois ont été supprimés, des programmes ont été réduits. L'OMS a dû, a su se réformer en profondeur dans l'urgence", a constaté la ministre suisse de la Santé, Elisabeth Baume-Schneider. 

"La situation reste fragile" mais cette organisation a "réussi à mobiliser la majeure partie des fonds" nécessaires pour les deux prochaines années, a souligné à l'AFP Suerie Moon, la codirectrice du Centre de santé mondiale de l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Selon elle, la crise liée à l'hantavirus illustre clairement ce "pourquoi le monde a besoin d'une OMS efficace, digne de confiance, impartiale et dotée d'un financement sûr". 

Le GPMB appelle ainsi les dirigeants mondiaux à agir autour de trois priorités : créer un système indépendant de surveillance du risque pandémique, garantir un accès équitable aux traitements et assurer un financement durable pour répondre immédiatement aux crises sanitaires.

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