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Ebola : une équipe de soignants allemands s'entraînent à enfiler des combinaisons de protection (illustration)
Crédit : DANIEL KARMANN / DPA / AFP
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Il n'existe ni vaccin, ni traitement pour le variant en circulation. L'OMS a déclenché, dimanche 17 mai, son deuxième niveau d'alerte internationale le plus élevé face à une nouvelle épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC). Le nord-ouest du pays d'Afrique centrale, qui compte plus de 100 millions d'habitants, est touché de plein fouet par la propagation d'un variant du virus, baptisé Bundibugyo, particulièrement létal.
Selon un communiqué publié sur X par l'OMS, son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a statué que le virus "constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), mais ne répond pas aux critères d'une urgence pandémique".
L'USPPI est, depuis 2024, le deuxième niveau d'alerte le plus élevé de l'OMS, derrière celui d'"urgence due à une pandémie". Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse, reste redoutable malgré de récents vaccins et traitements, efficaces uniquement contre la souche Zaïre à l'origine des plus grandes épidémies recensées. Le redoutable virus a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années.
Selon un dernier bilan de l'agence sanitaire de l'Union africaine (Africa CDC), publié dimanche, 91 morts ont été enregistrées vraisemblablement dues au virus. Environ 350 cas suspects ont été signalés. Selon la même source, 60% des victimes sont des femmes, et leur âge est situé entre 20 et 39 ans.
Néanmoins, peu d'échantillons ont été testés en laboratoire et les bilans s'appuient majoritairement sur des cas de suspicion, le foyer de l'épidémie se trouvant dans une zone difficilement accessible. Celui-ci se situe en Ituri, province du nord-est congolais, frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud. Dans cette région aurifère, d'intenses mouvements de population liés à l'activité minière ont lieu quotidiennement. Certaines parties de la province sont par ailleurs en proie à des violences, menées par plusieurs groupes armés, rendant l'accès difficile pour des raisons sécuritaires.
Si les cas suspects recensés étaient tous confirmés, cette épidémie se classerait au 7ᵉ rang des plus importantes jamais connues toutes souches confondues, et au 2ᵉ rang des plus grandes épidémies d'Ebola non Zaïre, selon des spécialistes.
L'épidémie d'Ebola est "très préoccupante" pour Médecins sans frontières (MSF). "Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps, combiné à la propagation dans plusieurs zones sanitaires et désormais au-delà de la frontière, est extrêmement préoccupant", a déclaré dans un communiqué Trish Newport, responsable du programme d'urgence de MSF.
En effet, le virus s'est déjà propagé au-delà des frontières de l'Ituri et de la RDC. Un premier cas de contamination a été confirmé à Goma, grande ville de l'est du pays contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23 et frontalière du Rwanda. Deux autres morts ont aussi été enregistrées en Ouganda voisin, dont un homme de 59 ans, selon l'OMS. Il s'agit de personnes qui avaient voyagé depuis la RDC, aucun foyer d'épidémie local n'a été signalé.
Dans ces trois cas, des tests en laboratoire ont confirmé le lien avec Ebola. "Un cas positif à Goma a été confirmé par des tests menés par le laboratoire. Il s'agit de la femme d'un homme mort du virus Ebola à Bunia, qui a rejoint Goma après le décès de son mari en étant contaminée", a déclaré à l'AFP le Pr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'INRB à Kinshasa. Plusieurs autres proches du défunt à Goma ont possiblement contracté le virus, après avoir été au contact de la dépouille, selon une source sanitaire locale sous couvert de l'anonymat.
La souche du virus responsable de l'épidémie actuelle est appelée Bundibugyo. Il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique pour ce variant. Les vaccins anti-Ebola existants ne sont efficaces que contre la souche Zaïre du virus, à l'origine des plus grandes épidémies recensées.
Les mesures pour tenter d'endiguer sa propagation reposent donc essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas pour limiter les contacts. Selon une source administrative locale et des journalistes de l'AFP sur place, la frontière entre la RDC et le Rwanda est partiellement fermée depuis dimanche matin. Les flux d'hommes et de camions par le poste-frontière de Goma sont importants. Chaque jour, Congolais et Rwandais passent la frontière notamment pour le commerce.
Bundibugyo n'a provoqué que deux épidémies dans le monde avant celle en cours, en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012. Le taux de mortalité était de 30% à 50%.
Des enquêtes épidémiologiques sont en cours pour déterminer l'origine de l'épidémie. Le premier cas identifié à ce stade est un infirmier qui s'était présenté le 24 avril dans un centre de soins de Bunia, capitale de l'Ituri. Mais le foyer de l'épidémie se situe à environ 90km de là, dans la zone de santé de Mongbwalu, laissant penser que l'épidémie serait partie de cette localité et que les cas auraient ensuite migré.
L'OMS a été alertée de l'apparition d'une maladie à forte mortalité le 5 mai, après le décès de notamment quatre soignants en l'espace de quatre jours dans la région de Mongbwalu.
Les personnes infectées par la souche Bundibugyo présentent au départ des symptômes assimilables à une grippe ou un paludisme, ce qui peut retarder la détection. Selon le ministre de la Santé congolais, l'épidémie en cours a par ailleurs tardé à être signalée car les communautés touchées ont d'abord cru à une "maladie mystique" ou à de la "sorcellerie", ce qui a poussé les malades à se rendre "dans des centres de prière" au lieu de consulter des professionnels de santé.
La RDC a déjà connu de grandes épidémies d'Ebola par le passé. L'épisode le plus meurtrier avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades entre 2018 et 2020. L'épidémie précédente avait fait au moins 34 morts entre août et décembre 2025.
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