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L'hantavirus des Andes (image d'illustration)
Crédit : Joel Saget / AFP
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Longtemps restés méconnus du grand public, les hantavirus appartiennent à une famille de virus transmis principalement par des rongeurs. Chez l'être humain, ils peuvent provoquer une maladie rare mais redoutable : le syndrome pulmonaire à hantavirus, une infection qui commence souvent comme une grippe avant d'évoluer brutalement vers une détresse respiratoire sévère.
Parmi toutes les souches connues, une seule est capable de se transmettre entre humains, il s'agit de l'hantavirus des Andes, identifié en Argentine et au Chili. C'est cette souche qui a été détectée, le 6 mai, sur le navire de croisière MV Hondius reliant Ushuaïa, en Argentine, à l'archipel du Cap-Vert.
Trois passagers sont décédés, dont deux ont été testés positifs à ce virus, selon le décompte de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Une passagère française a été testée positive à cette souche et a été hospitalisée après son rapatriement et se trouve actuellement dans "un état grave". Pour lui assurer "une oxygénation artificielle", celle-ci a désormais "un poumon artificiel", a révélé Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat - Claude Bernard (AP-HP) lors d'une conférence de presse mardi 12 mai.
"En Argentine, il y a très souvent des cas à hantavirus Andes, globalement chaque année entre 100 et 150 cas sont diagnostiqués", a expliqué Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France le même jour.
La transmission interhumaine a été révélée lors d'une épidémie argentine en 1996, puis dans le village d'Epuyén entre 2018 et 2019. Ces deux épidémies ont permis de mieux comprendre comment ce virus se propage, dans quelles conditions il devient dangereux et pourquoi il reste, malgré sa létalité élevée, peu susceptible de provoquer une pandémie mondiale.
L'épidémie d'hantavirus des Andes de 1996, dans le sud de l'Argentine, constitue un moment-clé dans la recherche médicale. Jusque-là, les scientifiques considéraient les hantavirus comme des infections exclusivement transmises des animaux vers les humains. Cette année-là, plusieurs chaînes de contamination ont été observées et ont démontré qu'une transmission interhumaine était possible.
Des membres d'une même famille, des proches et même des soignants ont été contaminés après des contacts étroits avec des malades symptomatiques. Cette découverte a conduit à renforcer les protocoles sanitaires, avec l’isolement des patients et une protection accrue du personnel soignant. L'épidémie de 1996 est cependant restée limitée, contrairement aux virus respiratoires classiques.
Plus de vingt ans plus tard, une nouvelle flambée survient dans le village d'Epuyén, en Patagonie argentine. Entre novembre 2018 et février 2019, 34 personnes contractent le virus et 11 décèdent. Cette fois les scientifiques disposent d'outils modernes et l'épidémie devient un cas d'école pour comprendre précisément les mécanismes de transmission.
Hantavirus : les leçons oubliées du village argentin d'Epuyén
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Tout commence lors d'une fête d'anniversaire réunissant une centaine de personnes. Un homme de 68 ans, déjà fiévreux, y participe malgré ses symptômes. Au bout d'une heure et demi environ, il quitte la fête. Dans les semaines suivantes, plusieurs invités tombent malades. Selon une étude parue en 2020 dans The New England Journal of Medicine, les chercheurs démontrent que trois personnes dites "superpropagatrices" sont responsables des deux tiers des contaminations.
Les chercheurs découvrent aussi que les rassemblements sociaux et les contacts rapprochés dans des espaces clos ont joué un rôle central dans la propagation du virus. "Le principal enseignement de cette étude, c’est que même si ce virus peut causer des transmissions secondaires, il n’est pas aussi transmissible que d’autres virus respiratoires. Et dès le moment où vous exercez certaines contraintes en termes de rassemblements sociaux, vous pouvez limiter le taux de transmission", déclare dans Le Monde, le virologue Gustavo Palacios, l’un des auteurs de cette étude.
Les deux épidémies ont donc permis de dégager plusieurs conclusions essentielles. Le virus des Andes est le seul hantavirus clairement reconnu pour se propager entre humains. Mais cette transmission reste relativement rare et nécessite généralement des contacts étroits, prolongés, souvent dans un contexte familial ou social intense.
Comme pour d’autres maladies infectieuses, certaines personnes transmettent beaucoup plus le virus que d’autres. À Epuyén, quelques individus ont suffi à alimenter plusieurs vagues de contamination. Les études montrent aussi que l’auto-isolement, la limitation des rassemblements et la recherche des contacts permettent de faire rapidement chuter le taux de reproduction, passant de 2,12 à 0,96.
Malgré un taux de létalité élevé, les spécialistes considèrent toujours le risque pandémique comme faible. Gustavo Palacios estime qu’il n’existe "aucun risque de pandémie" comparable aux grandes crises respiratoires modernes.
L’un des constats les plus frappants reste le manque de connaissances accumulées sur les hantavirus. "Nous n’avons pas les outils pour les étudier comme nous les avons pour le SARS-CoV-2 ou la grippe ou d’autres agents qui sont davantage une préoccupation pour les organisations scientifiques qui investissent là-dedans", explique le virologue qui estime que "pour savoir comment les gérer, nous devons mettre en place les bons outils".
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