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La police annonce "plusieurs dizaines de personnes" présumées mortes dans l'incendie d'un bar de Crans-Montana, en Suisse.
Crédit : MAXIME SCHMID / AFP
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Philippe Germanier, invité de RTL Soir ce vendredi 27 février, était présent dans le bar Le Constellation le soir du Nouvel An, lors de l'incendie de Crans-Montana. Lui et son fils âgé de quinze ans sont des rescapés de l'accident mortel.
Deux mois après les faits, et d'une voix posée, Philippe Germanier explique d’abord pourquoi il a accepté de témoigner. "Nous arrivons aux deux mois de la commémoration de cette tragédie. Finalement, témoigner de ce qui s’est passé, c’est pour la mémoire."
Il tient à rappeler que les 41 personnes décédées étaient suisses, mais aussi françaises et italiennes. "Je rends hommage aux 41 victimes et aux 41 familles qui attendent aujourd’hui encore des réponses sur les causes de cette tragédie." Derrière les chiffres, insiste-t-il, il y a des vies brisées et des proches plongés dans l’attente.
Dans la nuit du 31 décembre, son fils fête la nouvelle année avec des amis au Constellation. Lui décide de passer "vers 1h10, 1h15" pour vérifier que tout se déroule bien. Il arrive à 1h20. L’incendie démarrera à 1h26.
"Je descends les escaliers, je m’accoude au bar. C’était une soirée de jeunes, je ne voulais pas interférer." Il aperçoit son fils, choisit de ne pas aller l’embêter. Puis tout s’accélère.
"C’est peut-être moins d’une minute après que je sens de la chaleur dans mon dos. Je me retourne et j’aperçois les flammes qui dévorent le plafond au-dessus du bar." Il crie immédiatement à son fils et à ses amis de fuir. Mais la panique s’installe. Tous veulent remonter par le même escalier.
"Je pense qu’il s’est écoulé moins d’une minute. Les flammes ont littéralement dévoré le plafond et se sont engouffrées dans l’escalier." Un bouchon se forme. Lui-même, placé près de la sortie, comprend qu’il ne pourra pas passer. "Étant un adulte, je n’avais aucun droit de bousculer les gens pour sortir en priorité."
Très vite, la fumée envahit la pièce. Les lumières s’éteignent. "Une fumée très âcre. On sait aujourd’hui qu’il s’agit de cyanure d’hydrogène, donc une fumée extrêmement toxique." Il respire une fois. Puis deux. "Je me suis rendu compte que je n’arriverais pas à continuer à respirer."
Alors il s’assoit. "J’ai pris la décision de m’asseoir et, d’une certaine façon, de dire que c’était mon dernier moment, que je ne reverrai pas le jour et surtout que je ne reverrai pas mon fils et ma famille." Il s’évanouit "très rapidement".
Pour lui, ce point est essentiel : "Beaucoup d’entre nous se sont évanouis sous l’effet des gaz extrêmement toxiques."
Il estime être resté inanimé environ "40 minutes", soit la durée approximative de l’incendie. Lorsqu’il rouvre les yeux, il est toujours au sous-sol, au milieu d’autres corps.
Son premier réflexe est d’appeler son fils. "J’ai crié son nom." À quelques mètres, l'adolescent l’entend. "Il a levé la tête et m’a dit : 'Je suis là papa.'" Quelques instants plus tard, ils perdent à nouveau connaissance. Philippe Germanier se réveillera à l’extérieur, évacué par les pompiers, puis transféré à l’hôpital.
Le bilan est terrible. Les huit amis attablés avec son fils ont péri.
Il est quasiment l’unique rescapé des personnes qui étaient avec lui.
Philippe Germanier
Deux mois après, le père parle d’un "calvaire" partagé par les 115 blessés. Les séquelles ne sont pas seulement visibles. "Des voies respiratoires, pulmonaires, le larynx, les cordes vocales… Les blessures sont nombreuses."
Lui a été brûlé au troisième degré au crâne, au dos et surtout aux mains. "Je suis médecin dentiste. Mon travail futur est considérablement remis en question." Aux douleurs physiques s’ajoutent les traumatismes psychologiques, qui s’installent dans la durée.
Son fils, 15 ans, subira le lundi 2 mars sa dix-huitième opération. "Il a été brûlé au crâne, au visage, aux voies respiratoires. Mais surtout, il a perdu huit de ses dix doigts." Puis il ajoute : "Allez expliquer à un fils de 15 ans que tous ses rêves sont partis en fumée dans cette tragédie."
Psychologiquement, l’adolescent vacille. "On tourne la page et on recommence à moins X. On ne recommence même pas à zéro." Les journées alternent entre hauts et très bas. "Depuis quelques jours, il pense vraiment à mettre fin à ses jours, tellement la situation est extrême".
Face à la procédure judiciaire en cours, Philippe Germanier refuse de céder à la vengeance. "En me concernant, je n’ai pas d’esprit de vengeance. La justice doit faire toute la lumière sur cette affaire, de façon indépendante."
Lui veut se concentrer sur l’essentiel : "Je dois me concentrer sur mon fils, sur ma famille et sur ma situation personnelle."
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