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INFO RTL - Incendie de Crans-Montana : facture de la mousse, SMS aux salariés, portes de secours... Ce qu'ont dit les époux Moretti lors de leur dernière audition

Info RTL Vendredi 5 juin dernier, Jacques et Jessica Moretti ont été entendus pour la troisième fois en tant que prévenus dans l'affaire de l'incendie du bar Le Constellation. RTL a pu consulter l'audition.

Les propriétaires français du bar incendié la nuit du Nouvel An à Crans-Montana sont de nouveau auditionnés par la justice suisse.

Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP

Maxime Levy

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Pour la troisième fois depuis l'incendie qui a ravagé leur bar, causant 41 morts et 115 blessés, Jacques et Jessica Moretti se retrouvent ce vendredi 5 juin 2026 de nouveau face aux juges et aux dizaines d'avocats de familles de victimes en tant que prévenus. Cette fois-ci, la forme a été différente : le ministère public du canton du Valais a décidé qu'il s'agirait d'une confrontation. En clair : à tout moment pendant l'audition de Jacques Moretti, les questions ont pu se tourner vers son épouse afin de confirmer, d'infirmer ou de contextualiser les réponses de son mari. Une audition que RTL a pu consulter et voici ce qui en est ressorti. 

Avant de commencer l'interrogatoire, Jessica Moretti a décidé de prendre la parole afin d'adresser un mot aux quelques familles de victimes présentes dans la salle. "Ce que vivent les familles, c'est horrible et inimaginable. Nous avons toujours, depuis le début, eu la volonté, malgré le traumatisme de collaborer et de répondre aux questions. [...] vous êtes d'une dignité exemplaire", assure Jessica Moretti. Depuis les auditions du couple Moretti du 11 et 12 février 2026, les avocats et les parties qui le souhaitaient ont notamment pu consulter les images de vidéosurveillance du Constellation filmées la nuit du drame. "Ce que vous avez vu, nous l'avons vécu. Mon mari a porté des corps, affirme la gérante du Constellation. Nous avons les images, les sons, nous avons vécu tout cela".

Jacques Moretti profitera également de la première question qui lui est posé, à propos de l'origine de la mousse, pour expliquer dans quel état il se trouve. "Je précise que moi également, je n'ai jamais refusé de répondre aux questions. [...] Lorsque j'ai eu ce certificat de mon état, il était réel, je n'arrivais plus à aligner deux mots, je n'arrivais plus à parler", explique le propriétaire du bar, en référence au certificat médical fourni en avril dernier justifiant son absence lors d'une audition. 

Un devis transformé en facture

L'interrogatoire démarre sur l'origine de la mousse acoustique. Plus précisément, les questions tournent autour de cette facture censée prouver son achat en Allemagne et remise par Jacques Moretti aux autorités dans les heures qui ont suivi sa perquisition le 20 février dernier. Un document qui venait contredire ses dernières déclarations de l'époque. 

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Jusqu'alors, Jacques Moretti affirmait avoir acheté cette mousse acoustique dans un magasin de bricolage Hornbach en Suisse, après avoir été conseillé par un vendeur. Mais lorsque la chaine de magasins de bricolage a démenti dans la presse lui avoir vendu, "je me dis qu'il y a un souci", avance-t-il lors de la dernière audition. Il s'explique : "Je vais à Hornbach et je demande conseil à un vendeur par rapport à des mousses acoustiques. [...] Il me présente sur son ordinateur un exemple de mousse acoustique [...] Il me dit qu'à l'époque, ils ne l'avaient pas en magasin, qu'il fallait la commander sur Internet [...] que les fabricants se trouvaient en Allemagne". Il conclut son explication en assurant qu'il a fini par retrouver le document dans ses archives : "À ce moment-là, je contacte mon avocat et lui dis que j'ai enfin trouvé la facture".

Sauf que de l'aveu même du couple, cette facture provenant d'un magasin Fortis en Allemagne n'est finalement pas la bonne. "Personne ne s'est acquitté de la facture Fortis que vous présentez", explique Jessica Moretti, en expliquant que l'ancien propriétaire du Constellation avait lui-même avancé le prix de la mousse acoustique impliquant une autre facture. "Quand on fournit cette facture, [...] nous étions persuadés que c'était la bonne", assure-t-elle. Ainsi, le couple évoque une troisième entreprise pouvant être à l'origine de la mousse : Flexolan.

Mais alors d'où provient cette facture d'un montant de 13,464 euros remis par Jacques Moretti aux autorités ? Son épouse va apporter l'explication : elle va affirmer avoir transformé par inadvertance un devis en facture lors d'un bilan comptable en 2016. Elle assure qu'elle était persuadée à l'époque que ce devis avait été payé et justifiait l'achat de la mousse acoustique. "Ce devis [...] je le mets dans la pile avec les frais à comptabiliser. [...] Je vois qu'il y a cette attestation qui justifie la mousse, où les détails sont les mêmes, notamment la superficie. [...] Je n'ai pas voulu mal faire, j'ai pris cette attestation et j'ai simplement changé l'intitulé en "facture" pour garder une trace de l'achat de la mousse. Je n'ai pas voulu mal faire, je n'ai fraudé personne", se justifie Jessica Moretti. À la fin de ses déclarations, le ministère public décide ainsi d'étendre l'instruction pour "faux dans les titres".

Le couple Moretti face à des échanges compromettants

Durant l'après-midi d'audition, Jacques et Jessica Moretti sont confrontés à des échanges entre eux et certains de leurs employés. Tout d'abord, il y a cette note vocale diffusée à l'audience entre Jessica Moretti et Cyane Panine, serveuse au Constellation et décédée pendant l'incendie. Un échange à propos des fontaines magiques, également appelées "sparklers", à l'origine de l'incendie. "Au niveau des sparklers, parce que j'en ai commandé 900, on doit aller les chercher en France parce que comme c'est explosif, ils ne veulent pas livrer en Suisse", décrit Jessica Moretti dans l'audio. 

Les magistrats lui demandent de commenter cette note vocale. La gérante du Constellation explique : "Quand je dis explosif, c'est des fontaines magiques, donc cela reste des bougies. [...] Mais je n'ai aucun souvenir d'être allée les chercher en France, en tout cas pas en décembre", assure-t-elle. De son côté son mari se justifie : "C'est la société qui ne pouvait pas les envoyer, ce n'est pas qu'on ne pouvait pas les faire venir".

Autre échange, ce SMS envoyé en décembre 2019 sur le groupe WhatsApp des employés du Constellation. On peut y lire :"S'ils veulent des scintillants, faites très attention, restez jusqu'à ce que le scintillant s'éteigne car s'ils tombent, sur le canapé ou au sol, ou qu'ils le tiennent en hauteur et crament la mousse au plafond, le Constel brûle". Interrogé sur cet échange Jessica Moretti s'étonne et assure qu'elle "dit ça qu'au second degré, et pour insister sur le fait qu'il fallait faire attention aux scintillants. [...] c'est ce que j'ai voulu dire sur ce message, car ça reste une source de chaleur". "C'est une expression", renchérit son mari, "en aucun cas nous n'avions eu l'idée, ça ne nous a même pas effleuré, que cela pouvait engendrer une telle tragédie".

Un troisième échange fait l'objet d'une question de la part du ministère public. Il s'agit d'un texto envoyé sur WhatsApp en août 2021 par Jacques Moretti aux salariés du Constellation. "Bonjour à tous, je voulais savoir si la porte de secours du Constell en face des toilettes est toujours bloqué ? Et si personne ne l'utilise ? Aussi les portes de l'immeuble sont encore restées ouvertes, bloqué ouvertes ? J'espère toujours que ce n'est pas vous ?", écrit-il. Son employé lui répond : "Oui la porte est toujours bloquée ! On en avait parlé et non on ne laisse pas les portes ouvertes".

Aussitôt confronté à ce SMS, Jacques Moretti se justifie et affirme : "Quand je dis bloquée, je dis fermée. Je vous le dis et je le répéterai encore des dizaines de fois, cette porte ne peut pas se fermer à clé". Jacques Moretti assure qu'il demandait à ses employés de ne pas laisser ces portes de secours ouvertes, car ceux-ci avaient l'habitude de les emprunter comme un raccourci pour entrer dans le bar. Pour autant, plusieurs avocats de familles de victimes que nous avons pu contacter, émettent l'hypothèse que ces portes n'étaient non pas "fermées" mais "verrouillées" afin d'éviter que des resquilleurs entrent et sortent de l'établissement. Une hypothèse que Jacques Moretti a balayé pendant l'audition : "C'est absurde", a-t-il assuré aux juges, "ils paient au moment de la commande".

La sortie de secours au sous-sol inutilisée

Ce dernier échange fait écho aux constatations réalisées après l'incendie du Constellation. En effet, il est apparu qu'aucune des victimes et qu'aucun des employés du Constellation n'ont tenté de fuir par l'issue de secours présente au sous-sol en face des toilettes. Les clients et les salariés ont tous tenté de passer par l'escalier qui mène au rez-de-chaussée et à l'entrée destinée au public de l'établissement.

Un avocat de victimes leur pose d'ailleurs la question : "Comment expliquer que personne n'a utilisé la sortie de secours du sous-sol ?". "Je ne le comprends pas, pour moi c'est invraisemblable", assure Jessica Moretti, "est-ce qu'il y a eu un moment de panique ? Je ne sais pas. La porte était praticable. [...] la porte n'a jamais été condamnée".

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