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La frégate de la marine russe RFS Amiral Grigorovich (494), ancrée à Port-Soudan, le 28 février 2021.
Crédit : Ibrahim ISHAQ / AFP
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Le ministère britannique de la Défense a confirmé enquêter sur des rapports faisant état de coups de feu tirés par une frégate russe, l’Admiral Grigorovich, à moins de 500 mètres d’un yacht britannique naviguant à un peu plus de 20 milles nautiques au sud de l’île de Wight. Selon Londres, les tirs de semonce sont intervenus après des tentatives de communication avec le yacht et visaient à éviter une collision potentielle.
Le ministère précise qu’il considère l’incident comme "isolé" et sans lien avec la saisie récente du pétrolier Smyrtos, arraisonné par les forces britanniques au large de la même zone. Un porte-parole de la Défense a indiqué : "Suite à des tentatives de contact avec un navire britannique dans la Manche, le Grigorovich a tiré des coups de semonce. Ces derniers n’étaient pas destinés au navire et servaient à prévenir une collision possible."
Ce mercredi 17 juin, Keir Starmer, le Premier ministre du Royaume-Uni a, de son côté, déclaré que cet acte a été "imprudent" mais "pas plus inquiétant que ça".
D’après des sources militaires, le yacht était surveillé par le patrouilleur HMS Mersey et un autre navire de la Royal Navy. Le HMS Tyne a ensuite été envoyé pour vérifier la situation et s’assurer de la sécurité de l’équipage. Aucun blessé ni dégât n’a été constaté.
Les sources militaires britanniques ont minimisé l’affrontement comme un "incident nautique" plutôt qu’un comportement d’escalade de la Russie, suggérant que la faute revenait au bateau de plaisance.
De son côté, le ministère russe de la Défense a affirmé que le yacht s’est approché de manière dangereuse malgré des signaux sonores et des fusées éclairantes tirés pour attirer son attention. Selon Moscou, lorsque la distance est passée sous les 150 mètres, le commandant de la frégate a ordonné des tirs préventifs avec des armes légères.
La Russie assure que l’équipage a agi "en stricte conformité avec les règlements internationaux sur la navigation" et que le yacht a immédiatement changé de cap après les tirs.
Les passagers du yacht, Jane et Alan Kelvey, deux retraités britanniques âgés de 68 et 70 ans, ont contesté la version d’une situation dangereuse. Interrogés par plusieurs médias britanniques, dont la BBC et The Telegraph, ils ont décrit une situation "surréaliste", tout en maintenant que leur bateau ne se trouvait pas sur une trajectoire de collision.
Le couple explique naviguer sur le Bright Future, un yacht de 40 pieds, en route vers la France lorsqu’ils ont repéré la frégate russe devant eux. Selon leur témoignage, ils comptaient la dépasser avec une marge "d’environ 500 mètres". Mais la situation a basculé lorsque le navire russe aurait actionné son cor à plusieurs reprises avant que des tirs de semonce ne retentissent. "Ils ont fait retentir cinq coups de klaxon, ce qui veut dire est-ce que vous nous avez vu ?'", a raconté Jane Kelvey à BBC Newsnight. "On a immédiatement viré de deux degrés sur bâbord."
"Nous avons respecté toutes les règles de collision... Le plus proche que nous avons été d’eux était à 500 mètres... et dès que nous avons entendu les coups de feu, nous avons mis notre moteur en marche", a ajouté le couple de retraités. Selon elle, il n’y avait pas de problème particulier avant les tirs. Elle juge ces coups de feu "totalement inutiles" et explique avoir signalé l’épisode comme un danger pour la navigation, conformément à la procédure habituelle.
"Nous n’étions pas sur une trajectoire de collision sous aucune forme… nous n'avons rien fait de mal", ont-ils déclaré à GB News. Ils affirment également que la frégate n’a pas communiqué par radio et ne diffusait pas sa position GPS, ce qui les aurait empêchés de l’identifier comme un navire militaire.
Jane Kelvey a raconté avoir dû s’accroupir lorsque les tirs ont été entendus, tandis que son mari précise avoir immédiatement mis le moteur en marche. Le couple a poursuivi sa route jusqu’à Cherbourg à 17 heures après avoir quitté Lymington à l’aube vers 4h, disant être "contents que ce soit fini" mais aussi "épuisés".
L’Admiral Grigorovich, frégate d’environ 125 mètres appartenant à la flotte de la mer Noire, est régulièrement déployée près des eaux britanniques, notamment pour escorter des navires liés à la "flotte fantôme" russe utilisée pour contourner les sanctions occidentales. Elle est habituellement suivie de près par la Royal Navy lorsqu’elle évolue dans la Manche.
Selon le quotidien britannique The Guardian, le navire aurait été repéré ces derniers mois escortant des pétroliers et évoluant à proximité de zones sensibles comme des parcs éoliens au large du Suffolk. Il aurait également fait des ravitaillements en mer afin de prolonger ses opérations au large du Royaume-Uni.
L’incident est survenu dans un contexte de fortes tensions maritimes, quelques jours seulement après l’interception par les forces britanniques, avec l’appui de la France, du pétrolier Smyrtos. Cette opération, la première du genre depuis l’autorisation donnée à Londres de cibler les navires sanctionnés, a conduit à des poursuites contre le capitaine du navire.
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