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Crise économique au Liban : comment le pays en est-il arrivé là ?

DÉCRYPTAGE - Près de la moitié de la population vit dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage au Liban. Comment le pays en est-il arrivé à affronter la plus grave crise économique de son histoire ?

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Crise économique au Liban : comment le pays en est-il arrivé là ? Crédit Image : IBRAHIM CHALHOUB / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
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Christophe Decroix
Christophe Decroix Journaliste RTL

Depuis plusieurs mois le Liban est frappé par la plus grave crise économique de son histoire. Faute de pouvoir nourrir leurs enfants, des pères de famille se suicident. Le ras-le-bol a déclenché en octobre 2019 un soulèvement populaire inédit contre la classe politique accusée de corruption et d'incompétence. 

C'est dans ce contexte explosif que Jean-Yves Le Drian a effectué en fin de semaine un voyage au Liban où il a tenu un langage de fermeté vis-à-vis des autorités. Christophe Decroix, chef du service étranger de RTL, était le seul journaliste à avoir pu accompagner le ministre des Affaires Etrangères à Beyrouth. Que se passe-t-il de si urgent qui justifie ce déplacement ?

C'est simple, le pays est en état de cessation de paiement. Il n'y a plus d'argent. Comme dit le ministre : "L'heure est grave". Et elle est grave parce que les autorités ne réagissent pas face à une situation que résume le Dr Mohanna de l'ONG Amel : "Le Liban est maintenant en soins intensifs. On a besoin de médicaments, on a besoin de faire marcher les hôpitaux, on a besoin de fioul, on a besoin de faire travailler les gens". 

Comment le Liban en est arrivé là ?

60% de la population se trouve sous le seuil de la pauvreté au Liban, et 35 % au chômage. Comment en est-on arrivé là ? C'est un pays qui n'a quasiment ni industrie ni ressource, alors pour attirer les capitaux étrangers, les banques libanaises proposaient des taux très attrayants. Les intérêts versés pouvaient aller de 10 à 20%. 

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Et puis, les arrivées d'argent se sont taries. À cela plusieurs raisons : la guerre dans la Syrie voisine, l'arrivée au Liban de plus d'un million et demi de réfugiés, soit un quart de la population totale. L'Iran, sous le coup des sanctions américaines, n'aide plus autant les chiites, principales forces politiques et militaires du pays. Et puis, avec la chute des cours du pétrole, les pays du Golfe ont diminué leurs investissements. Bref, l'argent n'arrivant plus, la livre libanaise s'est effondrée. 

Avant, il fallait 1.500 livres pour 1 dollar, il faut maintenant 10.000 livres pour 1 dollar au marché noir. Les salaires sont en livres mais le pays importe 80% de ses besoins. Des importations payées en dollar d'où une inflation record. Résultat : "l'augmentation de tous les produits, fois 4, fois 5, fois 6". Malak a vu les prix s'envoler, que ce soit les couches de bébé, qui peuvent se payer désormais 30 dollars le paquet, ou la viande que l'armée ne sert même plus à ses soldats.

Que fait le gouvernement libanais ?

Rien justement. Il faut vous dire que pour respecter les équilibres confessionnels, la présidence de la République revient à un chrétien, le poste de premier Ministre à un musulman sunnite et celle de l'Assemblée à un chiite. Chaque camp distribue lui-même les aides sociales à chacune de leur communauté, en n'oubliant pas de se servir au passage. Comme dit le Docteur Mohanna : "Au Liban, on ne parle pas de corruption, on parle de savoir-faire".

Un clientélisme qui coûte très cher au pays. Du coup, la communauté internationale ne veut plus venir au secours du Liban tant qu'il ne se sera pas réformé. Aujourd'hui on ne connait même pas le montant de la dette du pays. On l'appelait la Suisse du Moyen-Orient mais même à Beyrouth, on n'a pas l’électricité en continu. 

Les Libanais dans la rue

Face à tous ces problèmes, les gens sont descendus dans la rue mais dans ce pays morcelé, ils ont été incapables de dégager un programme ou de choisir un leader. Et puis, l'arrivée de la Covid a pour le moment éteint la contestation. 

Face à l'urgence, la France a dégagé 15 millions pour sauver le secteur éducatif francophone qui scolarise 20 % des élèves libanais. Mais le ministre Le Drian exige un audit des banques et des réformes : sur l’électricité, sur la transparence de la justice, sur la corruption. Des conditions au déblocage par le FMI d'une aide de 10 milliards. Le Liban ressemble pour le moment au Titanic. Il fonce droit, non pas vers un iceberg, mais vers un abîme. Il lui reste très peu de temps pour changer de cap.

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