1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Avion intercepté en Biélorussie : ce que l'on sait trois jours après les faits
3 min de lecture

Avion intercepté en Biélorussie : ce que l'on sait trois jours après les faits

ÉCLAIRAGE - Le dimanche 23 mai, un avion de Ryanair a été détourné en Biélorussie pour une prétendue alerte à la bombe. À son bord se trouvait un opposant au régime, une simple coïncidence selon le président biélorusse.

Le journaliste et opposant biélorusse Roman Protassevitch
Le journaliste et opposant biélorusse Roman Protassevitch
Crédit : STR / AFP
Nicolas Barreiro
Journaliste

Sous prétexte d'une alerte à la bombe, la Biélorussie est accusée d'avoir détourné un avion de ligne Ryanair le dimanche 23 mai, dans le but d'arrêter un jeune opposant et sa compagne qui se trouvaient à bord de l'appareil. 

Dimanche à 7h28 GMT, le vol FR4978 de Ryanair décolle d'Athènes en direction de Vilnius, en Lituanie. À 9h30, le Boeing 737-800 entre dans l'espace aérien bélarusse puis est contacté par des contrôleurs aériens du pays. "Nous avons des informations des services spéciaux disant qu'une bombe est à bord et qu'elle peut être activée au-dessus de Vilnius", indique un opérateur au pilote, selon la transcription de l'échange publié mardi par Minsk. 

Selon la transcription, la tour de contrôle souhaite avec insistance un atterrissage en Biélorussie. Lorsque le commandant de bord demande de qui provient la "recommandation", Minsk répond : "Ce sont nos recommandations". Le contrôleur aérien précise que la menace a été reçue "par email". Minsk affirmera par la suite que le message se proclamait de l'organisation palestinienne Hamas et réclamait que l'Union européenne cesse de soutenir Israël

Cinq passagers manquant à l'arrivée

Lundi, le chef de l'armée de l'air bélarusse Igor Goloub avait pourtant affirmé que la décision d'atterrir à Minsk, plutôt qu'en Ukraine ou en Pologne, avait "été prise par le commandant de l'équipage sans ingérence extérieure". À 10h15, le vol FR4978 atterrit à l'aéroport de Minsk après avoir dévié de sa trajectoire peu avant d'entrer en Lituanie.

À lire aussi

L'appareil, ses passagers et les bagages sont ensuite fouillés par les services de sécurité et des chiens renifleurs. Aucune bombe n'est trouvée, et l'aéroport annonce que les passagers peuvent repartir. À 14h48, le vol redécolle et arrive une quarantaine de minutes plus tard à Vilnius. 

À l'arrivée cinq passagers manquent, parmi lesquels Roman Protassevitch, l'ex-rédacteur en chef du média d'opposition Nexta exilé en Lituanie, et sa compagne russe, Sofia Sapega. Selon l'opposition et le président de la compagnie Ryanair, des agents du KGB, les services secrets bélarusses, devaient se trouver à bord du vol, certains pointant l'absence suspecte de trois autres passagers à Vilnius. Alexandre Loukachenko a qualifié mercredi cela de "fake".

Avant son départ d'Athènes, Roman Protassevitch avait dit avoir remarqué des individus suspects l'observant, selon la chaîne Telegram "Belarus Golovnogo Mozga" qu'il dirige. L'opposant, d'après des passagers interviewés par l'AFP, a très vite compris le danger. "Il avait très peur. On aurait dit que si le hublot avait été ouvert, il aurait sauté", a raconté Edvinas Dimsa.

Fruit du hasard ou simple prétexte ?

Les autorités bélarusses, Alexandre Loukachenko en tête, affirment avoir agi en toute légalité face à une menace terroriste crédible. L'arrestation du dissident, recherché par Minsk pour son rôle dans le vaste mouvement de contestation de 2020, est un hasard, affirmait même dimanche soir la télévision d'Etat.

Selon elle, Roman Protassevitch n'a pas été arrêté immédiatement, les forces de l'ordre n'ayant pas réalisé qui il était. Ce n'est qu'après la publication sur Telegram de messages s'interrogeant sur son sort et d'une photo "que la police s'est intéressée" à lui. Pour l'opposition et l'Occident, la version du Bélarus est un mensonge et un subterfuge pour arrêter un ennemi du pouvoir. La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié les explications "d'absolument pas crédibles".

L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), un organisme dépendant des Nations unies, a convoqué une réunion d'urgence pour jeudi matin, estimant que l'atterrissage forcé "pourrait être une violation de la Convention de Chicago" qui régit le transport aérien. 

De son côté, Minsk, assurant être transparent, a dit inviter à une date inconnue des représentants de l'Association internationale du transport aérien (IATA), de l'OACI, des autorités américaines et de l'Union européenne. De nombreux pays et organisations internationales ont réclamé une enquête internationale indépendante. 

La rédaction vous recommande
Sur les thématiques :

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/