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Algérie : un an après les débuts du Hirak, où en est le pays ?

Les Algériens bouclent vendredi 21 février un an de contestation populaire qui aura contraint Abdelaziz Bouteflika à démissionner mais sans réussir à changer le "système" qui dirige l'Algérie depuis l'indépendance.

Des Algériens dans les rues d'Alger le 22 septembre 2019
Des Algériens dans les rues d'Alger le 22 septembre 2019 Crédit : RYAD KRAMDI / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Le vendredi 22 février 2019, un mouvement de protestation populaire, massif et inédit surgissait dans une Algérie réputée résignée : le "Hirak". Un an de contestation qui aura contraint Abdelaziz Bouteflika au départ. Quasi-invisible et muet depuis un AVC en 2013, le président algérien briguait alors un 5e mandat lors de la présidentielle prévue en avril suivant. 

Après moins de six semaines de manifestations qui ne cessaient d'enfler, l'état-major de l'armée, pilier du régime, l'aura acculé à démissionner le 2 avril. Assurant le pouvoir de fait, le haut commandement militaire a toutefois balayé ensuite toutes les revendications du "Hirak" sur un changement du "système", et multiplié les arrestations de responsables et manifestants. 

Dès lors, la présidentielle remportée par Abdelmadjid Tebboune aura été largement boudée par les Algériens. "Tebboune n'est que la façade civile d'un régime qui reste aux mains de l'institution militaire", souligne Dalia Ghanem, chercheuse au Carnegie Middle East Center de Beyrouth.

Des Algériens toujours dans la rue

Si la mobilisation semble marquer le pas depuis l'élection présidentielle de la mi-décembre, les manifestants restent pour autant nombreux. Largement informelle, sans structure organisée ou dirigeants identifiés, la contestation doit désormais faire face à un régime qui pourrait tenter d'acheter la paix sociale sous la forme de réformes limitées, voire des gestes symboliques. 

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Le jour du début de la contestation contre le pouvoir a ainsi été décrété "Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée", par le président Abdelmadjid Tebboune, pour "immortalis(er) le sursaut historique du peuple". 

Le Pacte pour l'Alternance démocratique (PAD), qui regroupe des partis et associations en pointe dans le mouvement de contestation, a aussi appelé, avec d'autres, "à faire des 21 et 22 février 2020, un moment fort de la mobilisation populaire pour disqualifier l'agenda de la régénération du 'système' et jeter les bases d'une nouvelle République".

Une nouvelle donne politique

Malgré cette récupération du pouvoir, le "Hirak" aura au moins réussi à changer politiquement la donne, après 20 ans de présidence Bouteflika, durant laquelle toute opposition réelle a été méthodiquement découragée, entravée, bâillonnée ou "cooptée", souligne l'historienne Karima Dirèche. 

"Le fait de voir des Algériens réunis chaque vendredi depuis un an, -- femmes, hommes, berbères, Chaouis, Kabyles, Frères musulmans et laïcs -- dans la rue, c'est extraordinaire", remarque également Dalia Ghanem. 

L'année qui s'ouvre devrait permettre "de prendre la mesure de ce que les Algériens souhaitent collectivement par rapport à leur présent et à leur avenir. Et ça prendra le temps que ça prendra", observe également Karima Dirèche. 

En attendant la forme que prendra cette opposition, les Algériens bouclent vendredi 21 février, et pour la 53e semaine consécutive, un an de marches hebdomadaires. 

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