1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Afrique : le calvaire des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants
3 min de lecture

Afrique : le calvaire des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants

Ce matin nous partons en Afrique à la rencontre de ces femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants et qui deviennent des parias.

Une maman et son enfant (photo d'illustration)
Une maman et son enfant (photo d'illustration)
Crédit : Unsplash/Aditya Romansa
Afrique : le calvaire des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants
03:16
Afrique : le calvaire des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants
03:15
Isabelle Choquet

"Je vis comme une pestiférée". Voilà ce que dit Patience dans le magazine Causette. Patience vit au Ghana, elle a 35 ans, elle est institutrice, mariée depuis sept ans, mais pas de bébés. Pour ses proches, pas de doute : c’est parce qu’elle a le "mauvais œil". À l’école, les parents d’élèves ne la laissent pas toucher leurs enfants, ils ont peur qu’elle leur transmette sa "malédiction". Patience a changé plusieurs fois d’école, mais à chaque rentrée, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.

Peu à peu, sa vie sociale s’est rétrécie. Elle ne se rend plus aux réunions de famille. Ras le bol qu’on lui pose toujours la même question : "Et alors, tu as combien d’enfants maintenant ?". Elle a renoncé aussi à se rendre à l’église. Si elle priait davantage, elle serait déjà mère, voilà ce que lui dit le prêtre. Elle avait bien quelques amies qui acceptaient de la voir, mais là c'est elle qui a coupé les ponts : "Elles ne peuvent pas s’empêcher de parler de leurs enfants".

Des femmes comme Patience, il y en a énormément en Afrique. C'est vrai, le taux de fécondité est très élevé : 4,7 enfants par femme. Mais le taux d’infertilité est aussi le plus élevé de la planète : 30% en Afrique de l’Est, 42% en Afrique de l’Ouest. En cause : les maladies sexuellement transmissibles, mal soignées ou pas soignées du tout. Il y a aussi les avortements sauvages, et la tuberculose. À l’arrivée, les hommes et les femmes sont touchés à égalité. 

Mais ce sont toujours les femmes qu’on accuse. Certains hommes "refusent même de se faire tester, ils estiment que ça ne peut pas venir d’eux", remarque un gynécologue. Le médecin passe beaucoup de temps à expliquer que l’infécondité n’a rien à voir avec les performances sexuelles.

"Elle n’a aucune utilité"

Une Afrique infertile, mais une Afrique toujours très croyante. Or donner la vie, c’est un commandement divin, l’un des piliers du mariage. Alors les femmes stériles sont répudiées, stigmatisées. C’est ce qui est arrivé à Amullen, une Ougandaise de 50 ans. "Je travaillais avec mon mari, mais il a revendu nos biens pour épouser quelqu’un d’autre. Il m’a juste laissé une hutte", dit-elle. "Elle n’a aucune utilité", voilà ce qu’il a dit quand il l’a reniée en public. 

À lire aussi

Au Ghana, Salvation se souvient d’une seule année heureuse, sa première année de mariage. Après, dit-elle, "mon époux me jetait des objets au visage en m’accusant d’être une sorcière. Avec sa mère, ils m’ont torturée pendant quatre ans, et puis ils m’ont jetée à la rue". Même calvaire pour Sara, son mari l’accuse de prendre des contraceptifs dans son dos. Ses voisins la soupçonnent "d’aimer les femmes", ce qui est interdit.

Quid de la PMA

Désespérées, les femmes se tournent facilement vers le sorcier, pour se libérer du mauvais sort. Mais le remède est souvent pire que le mal. Pour Sara, le "traitement" consistait surtout à avoir des rapports sexuels avec le guérisseur. Il lui a ensuite extorqué de l’argent en la menaçant de dire à tout le monde qu’elle était infertile. 

La vraie solution, c’est la procréation médicalement assistée. Mais il existe très peu de centres spécialisés, 14 seulement dans toute l’Afrique. En plus, c’est très cher, et jamais pris en charge. Pour accéder à la PMA, certains couples vendent leur terre, leur maison ou leur commerce, pour un résultat pas toujours garanti.

Des solutions moins chères sont entrain de voir le jour. Mais il faudrait aussi changer les mentalités. C’est ce que tente la fondation Merck, avec un programme pour aider les femmes infécondes à monter leur micro-entreprise. Un pas vers l’indépendance, et une façon de montrer qu'une femme peut être autre chose qu’une mère.

Femmes stériles, la chasse aux sorcières, reportage complet à lire dans Causette ce mois-ci.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/