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Sécheresse : va-t-on manquer de lait dans les prochains mois ?

ÉCLAIRAGE - Avec la sécheresse, beaucoup d'éleveurs de vaches laitières sont obligés de piocher dans leurs réserves pour nourrir leurs bêtes et la FNSEA craint que leurs troupeaux n'aient pas assez à manger cet hiver.

Des vaches en Loire-Atlantique (illustration)
Des vaches en Loire-Atlantique (illustration)
Crédit : GEORGES GOBET / AFP
Léa Stassinet

Va-t-on faire face à une pénurie de lait dans les prochains mois ? Alors qu''il y a déjà, au premier semestre, une baisse de la production laitière en France de 1,4%", comme l'a souligné la présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles ce lundi 8 août sur RTL, le lait pourrait venir à manquer. L'hypothèse a été émise pour la première fois par la FNSEA la semaine dernière.

Invité au micro de franceinfo vendredi 5 août, Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA, "pense que dans les mois qui viennent, on va avoir une pénurie de lait en France". Une conséquence directe de la sécheresse qui frappe actuellement l'ensemble du pays. "Pour faire du lait, il faut des fourrages, essentiellement de la luzerne et du maïs qui ont peu poussé cette année", a-t-il précisé.

Il faut dire que dans beaucoup d'exploitations touchées par la canicule, les prés sont à sec, et les vaches n'ont plus grand-chose à manger, comme l'explique à RTL.fr Benoît Rouyer, économiste au Centre National Interprofessionnel de l'Économie Laitière (Cniel). "La canicule arrête la pousse de l'herbe, l'herbe est donc cramée ce qui fait que les éleveurs sont obligés de donner leur stock d'hiver pour nourrir leurs vaches, étant donné qu'il n'y a plus rien à manger dans les pâtures". Il cite un chiffre du ministère de l'Agriculture : en juillet 2022, la pousse de l'herbe a reculé de 21% par rapport à la normale, sur tout le territoire.

"Beaucoup d'éleveurs sont inquiets quant à leur capacité à pouvoir tenir jusqu'à la remise à l'herbe des animaux, au printemps 2023", poursuit le spécialiste, qui pointe aussi une autre conséquence de cette chaleur intense : "le stress thermique" ressenti par les vaches, qui vont de ce fait moins manger et donc moins produire de lait.

D'ici 10 jours, je n'ai plus rien à donner à manger à mes vaches

Thierry Robert, éleveur
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Le cas de Thierry Robert, éleveur de 44 ans installé depuis 1999 dans le Cantal, illustre parfaitement la problématique du manque de nourriture évoqué ci-dessus. "D'ici 10 jours, je n'ai plus rien à donner à manger à mes vaches, on va passer à la ration hivernale, soit de l'ensilage d'herbe, du foin, mais je vais devoir acheter" de l'alimentation animale, explique à l'AFP le paysan qui compte 50 vaches laitières et 20 vaches à viande.

Pour subvenir aux besoins alimentaires de son troupeau, l'éleveur s'apprête à emprunter 15.000 euros, pour faire tenir une centaine de vaches pendant six mois alors que d'habitude, ce qu'il produit sur sa ferme lui permet d'être autonome en alimentation. Mais il a également dû se résoudre à se séparer d'une dizaine de vaches, laitières et à viande, un coup de massue pour l'éleveur à qui cela n'était jamais arrivé en plus de 20 ans d'activité. 

Mais la situation n'est pas vraiment meilleure dans le nord du pays. Jocelyn Pesqueux, éleveur de vaches laitières en Seine-Maritime confie à l'AFP que ses pâturages sont jaunes dans une zone où habituellement "tout est toujours vert", accusant 10 à 20% de baisse de sa production laitière. 

Pénurie ou production en baisse ?

Mais peut-on réellement parler de pénurie à venir ? Pour Benoît Rouyer, "le terme est un peu fort", même s'il reconnaît qu'on aura sûrement "moins de lait" que d'habitude. Il se refuse à employer le terme de pénurie car traditionnellement, "la France produit plus de lait qu'elle n'en consomme". "On a environ 10% d'excédent" chaque année, indique l'économiste. "Nous n'aurons pas de manque de produits en magasins mais ces produits seront plus chers du fait du manque de disponibilité", précise-t-il.

Comment faire pour soulager les producteurs en difficulté et maintenir un niveau de production suffisant ? La première de leurs demandes est l'augmentation du prix du lait. "Le prix du lait en France est plus bas que ses voisins européens ! Les augmentations arrivent mais beaucoup plus lentement que dans les autres pays", affirme la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPDL). Selon la FNPL, en hard-discount, la brique de lait demi-écrémé est à 78 centimes contre 99 centimes en Allemagne.

La FNSEA demande l'aide de l'État

Cette revalorisation permettrait aux producteurs de lait d'accumuler de la trésorerie pour "régler le problème de fourrages", indique Benoît Rouyer. Mais le secteur espère aussi une aide supplémentaire de l'État, évoquée par Yannick Fialip sur franceinfo. "Il y a un fonds des calamités qui aide les éleveurs à pouvoir avoir accès à des aides qui leur permettraient d'acheter des fourrages, financé à 50% par les éleveurs et à 50% par l'État", explique-t-il. Une manière là encore de garder un peu de trésorerie pour remettre à flot les producteurs de lait durement impactés par cette sécheresse.

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