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Ils doivent rembourser 3.500 euros par mois avec 1.300 euros de salaire : immersion au cœur des audiences de surendettement

Face à une hausse préoccupante des dossiers de surendettement, la Banque de France tire la sonnette d'alarme. Dans les tribunaux, des audiences révèlent le quotidien difficile de nombreux Français cherchant désespérément à alléger le poids de leurs dettes.

Tribunal de Versailles (image d'illustration)

Crédit : Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Ils doivent rembourser 3.500€ par mois avec 1.300€ de salaire : immersion au coeur des audiences de surendettement

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Valentin Boissais - édité par Eléonore Aparicio

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Au tribunal de Versailles, le juge Yohan Desquaires traite jusqu'à 75 demandes de surendettement par mois. Les dossiers de surendettement ont augmenté de 10%, a alerté la Banque de France, mercredi 14 janvier. Sur le bureau du magistrat s'entassent des piles de pochettes, chacune contenant des dossiers de surendettement déposés par des Français à la Banque de France. RTL a assisté à une audience où des Français en difficulté cherchent à renégocier leurs dettes pour sortir de leur situation critique.

"Le surendettement, c'est une situation où un ménage va se retrouver dans l'impossibilité de faire face à l'ensemble de ses dettes. Tout cela passe par des justificatifs. Il s'agira pour moi d'aller leur demander de me produire des pièces", explique-t-il.

Examen minutieux des comptes bancaires

Des extraits de comptes, des loyers, des preuves d'une situation financière intenable sont présentés. L'audience débute avec Pascal, 43 ans, qui se présente à la barre en chuchotant. Lui et sa femme ont accumulé 18 crédits à la consommation. Johan Decker, le juge, examine minutieusement ses comptes bancaires.

"Je vois que vous louez un box à 30 euros par mois. Il sert à quoi ?", lui demande le juge. "C'est pour entasser quelques affaires de mon ancien appartement", répond Pascal. "Peut-être pourriez-vous faire un tour à la déchetterie ? Vous gagneriez 30 euros par mois". Yohan Desquaires cherche des solutions.

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"Certaines personnes parlent très peu fort, parfois à peine audibles, avec un sentiment de honte. On touche à l'intime, mais ils arrivent aussi avec l'espoir de trouver une solution", assure le juge.

C'est un cercle vicieux

Une victime de surendettement

"J'ai eu un arrêt maladie", poursuit Pascal. C'est ce qui a mis cet ancien cheminot dans la tourmente. Son salaire est de 1.300 euros net, mais il doit rembourser avec sa femme 3.500 euros par mois, bien plus que leurs deux salaires réunis.

"On expose un peu notre vie. La chute de salaire, on commence à prendre des crédits", confie-t-il. "C'est un cercle vicieux. On se dit, non, on ne va pas y arriver, donc on reprend un crédit, mais en fait, ça nous augmente notre taux d'endettement", ajoute sa compagne. 

Ils demandent un échelonnement sur 7 ans de leur dette. "Je suis réglo, j'aurais aimé tout rembourser, mais pour l'instant, c'est trop compliqué", a conclu Pascal devant le juge.

Effacement des dettes

Le juge a le pouvoir de rééchelonner les dettes, mais dans certains cas, il peut également les effacer complètement, offrant ainsi un immense espoir aux personnes concernées. C'est maintenant au tour de Mathias de se présenter à la barre, légèrement recroquevillé. Un divorce en 2018, puis un arrêt maladie, puis l'achat d'une voiture à crédit qu'il ne remboursera jamais. "C'est un accident", dit-il au juge. Je suis fonctionnaire territorial, mais avec cet arrêt, j'ai perdu des revenus et ça m'a mis dans le rouge. C'est sa nouvelle femme qui l'a incité à poser un dossier de surendettement.

"Beaucoup d'essais de crédit consommation. La vie chère, le salaire qui n'a pas augmenté. On n'en peut plus. Tu ne vis plus. Avant de déposer ce dossier, on a hésité énormément. Mais peut-être c'est une porte", confie-t-elle. 

Le pouvoir d'effacer les dettes est une prérogative que possède Johan Decker. "Cette décision permet de repartir à zéro. C'est une des fonctions judiciaires, pour en avoir fait plusieurs, où les personnes, malgré la honte, sont presque contentes d'être là pour aller trouver une solution à leur situation qui leur paraît inextricable", explique-t-il. 

Cette justice inspire de l'espoir pour Mathias, Pascal et bien d'autres, leur offrant la chance d'un nouveau départ.

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