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La censure de Donald Trump par les géants du Web est-elle intéressée ?

ÉDITO - En limitant la communication de Donald Trump et de ses partisans sur les réseaux sociaux, les géants technologiques américains donnent des gages à l'administration Biden alors que se profilent plusieurs enquêtes sur leurs monopoles.

GAFA : pourquoi sont-ils menacés de démantèlement ?
GAFA : pourquoi sont-ils menacés de démantèlement ?
Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP
GAFA : pourquoi sont-ils menacés de démantèlement ?
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GAFA : pourquoi sont-ils menacés de démantèlement ?
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François Lenglet - édité par Camille Guesdon

Ce week-end, les géants de la technologie américaine ont fermé les comptes du président  Trump sur les réseaux sociaux. C'est Twitter qui a annoncé la fermeture permanente du principal moyen de communication de Donald Trump, sur lequel il publie une quarantaine de messages chaque jour. 

Dimanche 10 janvier, Amazon et Apple ont annoncé de leur côté annoncé qu'ils suspendaient le réseau social Parler, fort prisé des conservateurs extrémistes, alors que Google avait fait la même chose peu avant. Avec un bel élan, ces Tartuffe volent au secours de la victoire. Trump est battu par Biden, on le frappe, après l'avoir laissé éructer pendant des années. 

Tout en laissant en ligne, par exemple, le compte de Duterte, le chef de l'État philippin, qui explique qu'il a tué lui-même des narco-trafiquants. Ou celui d'un grand démocrate comme Ali Khamenei, chef de l'État iranien. En réalité, il s'agit d'une censure sélective et intéressée. 

Pourquoi intéressée ?

Parce que c'est un gage donné à la nouvelle administration de Joe Biden. Et, plus encore, à la majorité démocrate. Vu de chez les GAFA, le changement de majorité au Sénat, en faveur des démocrates, qui s'est produit avec les élections partielles de la semaine dernière, c'est une mauvaise nouvelle. Car il va faire monter la pression sur les monopoles privés de la Silicon Valley. Des monopoles que l'épidémie a rendu encore plus puissants, et encore plus rentables. 

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En octobre dernier, 13 parlementaires ont publié un rapport très complet militant pour le démantèlement des GAFA, au nom de la juste concurrence. Ils proposaient l'interdiction a priori des rachats de start-up par les Facebook, Google et autres, à moins de prouver que ce n'était pas préjudiciable aux concurrents, ou d'interdire à ces monstres de donner la préférence à leurs propres produits. Ou encore de les couper en morceaux, et d'isoler le trésor, la gestion des données personnelles, pour le partager avec la concurrence.

Au niveau du plan juridique, une telle révolution est-elle possible ?

Oui, au nom du Sherman Act, qui date de la fin du XIXème, qui autorise le démantèlement pour des raisons de concurrence. Les Etats-Unis ont ainsi coupé en morceaux la Standard Oil, compagnie pétrolière surpuissante dans les années 1910, ou encore le monopole téléphonique d'ATT, dans les années 1980. Et les démocrates sont très en pointe sur le sujet, ils veulent renforcer la doctrine.
 
Dans les dernières décennies, l'antitrust basait ses actions sur un seul critère, le prix pour le consommateur. Et le problème, c'est que les services des GAFA, un compte Facebook ou une recherche Google, sont bien souvent gratuits, en apparence au moins. Il n'y a pas moyen de les attaquer par ce biais. Certains économistes, suivis par des parlementaires démocrates comme Elisabeth Warren, militent pour revenir à l'esprit initial du Sherman Act, en élargissant les critères, à cause du risque politique que fait peser un monopole. Joe Biden pourrait nommer ce qu'il appelle un "tsar de la concurrence", super patron de toutes les administrations concernées. 

Et en attendant, les actions juridiques se multiplient à l'encontre des GAFA, aux États-Unis, mais aussi en Europe, en Inde, au Brésil, au Royaume-Uni. Après l'année bénie qu'a été 2020 pour les GAFA, 2021 pourrait être beaucoup moins clémente.

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