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Coronavirus : faut-il supprimer le remboursement de la dette ?

ÉDITO - Des économistes, majoritairement français et italiens, demandaient dans une tribune que la BCE annule la dette. Une idée qui n'est pas des plus subtiles.

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Coronavirus : faut-il supprimer le remboursement de la dette ? Crédit Image : AFP / DANIEL ROLAND | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Marie Gingault

Christine Lagarde s’exprimait hier dans le Journal du Dimanche, elle a renvoyé dans leurs buts les partisans de l’annulation de la dette, en déclarant qu’il était "inenvisageable" de ne pas rembourser cette dette. C’est en fait une réponse à une brochette d’économistes qui ont signé une tribune la semaine dernière en demandant que les États de la zone euro annulent 2.500 milliards de leur propre dette, milliards détenus par la banque centrale européenne. 

Une brochette largement française, y figure Thomas Piketty, et italienne. France et Italie, deux pays qui figurent parmi les plus endettés de la zone. Inutile de préciser qu’il n’y a guère d’Allemands ou de Hollandais partisans de cette solution qu’ils jugent hérétique. La BCE achète les titres de dette des États européens comme une baleine avale le plancton, sur les marchés financiers. Cela permet à la France, à l’Italie et aux autres de se financer facilement, à taux d’intérêt très faibles, voire négatifs. En fait, la BCE prête donc indirectement aux États.
 
La BCE appartient aux états de la zone euro, qui en sont actionnaires à proportion de leur poids dans le PIB de la zone. Autrement dit, les états se font prêter de l’argent par une de leurs filiales : la BCE. Mais ce n'est pas parce que la BCE est leur filiale, que les États peuvent facilement lui dire d’oublier cette dette.

Réformer le traité de Maastricht

En effet, si l’on s’en tient au traité de Maastricht, la BCE est juridiquement indépendante des pouvoirs politiques. Et ce traité interdit que la BCE entretienne les États. Vouloir annuler la dette, c’est donc faire voler en éclats le traité, et prendre le risque de déclencher une nouvelle crise de l’euro, à la fois financière, et politique, avec les pays du Nord qui ne veulent pas de cette solution. Ça, c’est l’argument juridique contre l’annulation formelle. Mais il y en a un autre, beaucoup plus simple : c’est pas très malin.
 
Quand vous voulez cambrioler une banque, c’est stupide de prévenir la police avant par voie de presse, en expliquant votre projet. Il est évident que cette dette ne sera pas remboursée, pas plus que les dettes excessives ne l’ont jamais été dans l’histoire. Mais ça ne sert à rien de le clamer sur tous les toits, au risque d’inquiéter les prêteurs de façon prématurée. D’autant qu’en attendant, cette dette ne coûte rien, avec les taux d’intérêt à zéro. Pas besoin d’agiter le chiffon rouge. Il faut faire semblant de respecter les règles, tout en multipliant les facilités de financement pour les États en difficulté. 

Et c’est exactement ce que fait Christine Lagarde. Dans la vie courante, on appelle ça de l’hypocrisie. En matière financière, c’est de la finesse. Et plutôt que d’ouvrir de faux débats économiques, mieux vaudrait se concentrer sur les vrais sujets. Réformer le traité de Maastricht, par exemple, et ses règles désuètes. Rappelons qu’il limite théoriquement la dette publique à 60% du PIB, alors que la France est à 120 et l’Italie à 160. Et retrouver un chemin vers la croissance. Ça serait plus utile que de vouloir enfoncer un mur qui a déjà cédé depuis longtemps.

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