4 min de lecture Économie

Baisse de la TVA : pourquoi est-ce une bonne idée en Allemagne et pas en France ?

L'Allemagne a décidé de baisser sa TVA jusqu'à la fin de l'année et c'est efficace. Alors, pourquoi cette baisse n'est pas appliquée en France ?

Micro générique Switch 245x300 L'Angle Éco
>
Relance économique : pourquoi ne pas baisser la TVA comme nos voisins allemands ? Crédit Image : PHILIPPE HUGUEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Anais Bouissou
Anaïs Bouissou édité par William Vuillez

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, veut relancer la consommation et pour cela, l'Allemagne, à laquelle on aime souvent se comparer, a décidé de baisser sa Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) jusqu'à la fin de l'année et c'est efficace. Au bout d'un mois de baisse de TVA, le premier bilan montre que pour la première fois depuis 4 ans, les prix à la consommation ont baissé en Allemagne, d'après l'Office fédéral des statistiques.

De l'autre côté du Rhin, la TVA est passée de 19% à 16% sur les gros meubles et a aussi baissé de 7% à 5% sur la nourriture et les produits de première nécessité. On parle de quelques centimes en moins pour du pain ou des couches pour enfants, mais quand il s'agit d'acheter une voiture, les Allemands ont gagné plusieurs centaines d'euros.

Alors, pourquoi cette baisse n'est pas appliquée en France ? Pour plusieurs raisons. La première d'entre elles est le coût. Pour appliquer une baisse de TVA, il faut avoir les reins solides, un budget qui tient la route car en baissant la TVA, vous coupez en même temps une partie du tuyau des rentrées d'argent. En 6 mois, l'État allemand fait une croix sur 20 milliards d'euros.

130 milliards pour la France en 2019

La France est plus endettée que l'Allemagne et pour ne rien arranger, la TVA est une malle financière plus importante encore pour la France que pour l'Allemagne. Quand vous coupez le gâteau des recettes fiscales, la TVA représente la moitié des recettes récoltées, près de 130 milliards d'euros en 2019. Le gâteau de cette TVA a déjà en partie fondu à cause de la crise et de l’arrêt de l’économie, alors aller plus loin, vu l’endettement de la France, c’est compliqué de se le permettre. 

À lire aussi
Jean Castex, le 18 novembre 2020 économie
Aide pour les plus précaires : montant, bénéficiaires, versement... Ce qu'il faut savoir

Budget mis à part, ça serait un coup de pouce intéressant pour les ménages, encore faut-il que les entreprises jouent le jeu. Qu’elles répercutent les baisses de prix. C’est ce qui s’est passé en Allemagne, mais ça ne marche pas à tous les coups. En 2009 au moment de la crise financière, la France avait baissé la TVA. Pour 10 euros de baisse de taxes côté entreprise, une partie s’était perdue en route et est restée bloquée dans la poche des commerçants. Sur 10 euros, les consommateurs n’ont bénéficié que de 6 euros.  

Pour les entreprises, il y aurait un intérêt seulement dans certains secteurs. Pour l’hôtellerie et la restauration, ça permettrait de desserrer l’étau des charges, de respirer un peu mieux. Dans le ferroviaire également. La convention citoyenne pour le climat voulait presque diviser par deux la TVA sur les billets de train. C’était une idée intéressante, mais qui a été immédiatement balayée par Bercy.

Pour l’industrie en revanche, c’est plus compliqué. Le fait est qu’on importe beaucoup plus de produits que l’Allemagne. Des produits non fabriqués en France. Donc baisser les taxes, dans l’industrie, reviendrait en fait à aider des entreprises étrangères. C’est ce qu’on appelle un effet pervers, et ça bien sûr, c’est hors de question. 

Qu’est-ce qui serait moins couteux et plus efficace ?

Le plus efficace, quand votre budget est limité, c’est de distribuer des aides directes aux consommateurs. L’allocation de rentrée scolaire par exemple, c’est de l’argent directement dans le portefeuille de 3 millions de familles. Pour les voitures, les 200.000 primes distribuées pour des véhicules plus propres sont parties comme des petits pains en quelques semaines.  

Et il en faudra plus encore. Pour inciter les français à manger plus souvent au restaurant, grâce aux tickets restaurants, les inciter à racheter un frigo neuf qui consomme moins, un vélo électrique, c’est le principe des éco-chèques, proposés par le Medef. On sait enfin que le gouvernement veut développer la rénovation thermique, ça peut être efficace, encore faudra-t-il que ces aides soient faciles d’accès.
C’est une amorce, un début de solution. Mais pour dépenser à nouveau les 100 milliards d’euros épargnés pendant la crise, il n’y a rien de mieux que la confiance. Ça va au-delà d’une mesure concrète. C’est de la psychologie, et ça compte aussi en économie. Pour consommer, il faut aussi avoir en tête que les impôts n’augmenteront pas, que le coût de la vie sera limité et que les salariés conserveront leur emploi.   


Cet écosystème-là, fragile par temps de crise, si le gouvernement arrive à le recréer, à le conserver, ce sera LE meilleur levier de la relance de la consommation.  

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Économie Crise économique Relance économique
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants