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Économie verte, emploi des jeunes, baisse de charges... Les propositions du Medef pour la relance

INFO RTL - Alors que plusieurs détracteurs ont reproché au président du Medef d’avoir demandé début avril un moratoire sur certaines mesures gouvernementales, Geoffroy Roux de Bézieux veut montrer l’engagement du patronat pour la transition écologique. Pour inciter à consommer vert, il propose de distribuer des éco-chèques aux ménages.

Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, à Paris le 18 avril 2019
Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, à Paris le 18 avril 2019 Crédit : ERIC PIERMONT / AFP
Anais Bouissou
Anaïs Bouissou Journaliste RTL

C’est dans le bruit des immenses machines à recycler les bouteilles en plastique de l’entreprise Paprec Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef, a accordé une interview exclusive à RTL. Chasuble orange par-dessus son costume noir, casque de protection jaune fluo, lunettes anti-projections et masque sur le visage, épidémie de Covid-19 oblige.

S'il a choisi de se rendre dans cette entreprise, c'est "parce qu’ici, on est au cœur de la problématique de la relance : comment faire pour relancer l’économie tout en la refondant ?", demande-t-il. "Paprec recycle des bouteilles en plastique à hauteur de 60%. Nous devons passer de 60 à 100% de recyclage. Pour le moment depuis 10 ans, cette usine n’a jamais gagné d’argent, il faut donc trouver un modèle économique viable. Avec un pétrole à 30 dollars le baril, le plastique (produit avec du pétrole) est donc devenu meilleur marché (ce qui signifie qu’il coûte autant à recycler, mais qu’il est moins rentable à revendre une fois recyclé ,ndlr). Comment parvenir à augmenter le taux de recyclage, tout en gardant un modèle économique permettant une rentabilité ? C‘est aussi le comportement des consommateurs qui devra évoluer. Vouloir consommer plus vert, oui mais cela a un coût", affirme le président du Medef.

On a une urgence environnementale

Geoffroy Roux de Bézieux
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Alors que plusieurs détracteurs ont reproché au président du Medef d’avoir demandé début avril un moratoire sur certaines mesures gouvernementales, Geoffroy Roux de Bézieux veut désormais montrer l’engagement du patronat pour la transition écologique.

Geoffroy Roux de Bézieux attend du gouvernement des mesures pour l'environnement. "Il y a un exemple intéressant, c’est le plan de relance de l’automobile", explique-t-il. "Dans ce plan, on fait à la fois du court terme, en relançant la demande, mais aussi du long terme en poussant le marché de l’électrique. On a une urgence sociale, mais aussi une urgence environnementale qui n’a pas disparu parce que le réchauffement de la planète est toujours un sujet majeur".

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Pour lui, le plan présenté par Emmanuel Macron cette semaine est "équilibré". "Il y a une prime pour 200.000 véhicules, c’est significatif. C’est un plan qu’on a soutenu, avec des mesures de court terme et des mesures de long terme pour refonder une économie plus durable", poursuit-il.

Le Medef s'apprête également à faire des propositions pour relancer l’économie.
Des propositions "qui sont à la fois des mesures de très court terme sur la demande, parce qu’il faut que l’argent circule à nouveau, il faut que les consommateurs retournent dans les commerces non-alimentaires et dans les restaurants dès qu’ils seront ouverts. Mais il faut consommer, peut-être différemment, en essayant de refonder le système et en prenant en compte un certain nombre d’enseignements de cette crise", explique Geoffroy Roux de Bézieux.

Des éco-chèques pour relancer la consommation

L'une des propositions mises en avant par le Medef consisterait à distribuer des aides à l'achat sous forme d'éco-chèques. "Ça existe dans d’autres pays (comme en Belgique). Il faut lancer ce dispositif si possible avant l’été. Par exemple, pour une machine à laver. Vous avez des lave-linges qui consomment moins d’électricité, d’eau et donc de la même façon qu’on remplace un véhicule ancien par un véhicule nouveau qui est moins polluant, on peut imaginer de remplacer une machine à laver, un frigo par des équipements qui polluent moins, qui consomment moins. Cet achat plus vert serait en partie soutenu par une prime, sous forme d’un éco-chèque. Le niveau de revenu des ménages pourrait être, comme pour la prime automobile, un critère dans l’attribution de ces éco-chèques", explique Geoffroy Roux de Bézieux.
 
Le Medef s'engage également sur le sujet de l’emploi des jeunes. Il a d'ailleurs déjà demandé une aide de 10.000 euros pour les entreprises qui embauchent des apprentis. 
"Le marché du travail au mois de septembre risque d’être très faible. Il ne faut pas qu’il y ait une génération pénalisée par le Covid-19", estime Geoffroy Roux de Bézieux qui poursuit : "On réfléchit à des mesures larges, pour les apprentis, les diplômés, pour pousser les entreprises à ne pas avoir le réflexe qu’elles ont en ce moment, de garder leurs ressources par peur de l’avenir, ce qui entraîne un manque d’investissement et d’embauches".

L'emploi des jeunes passera "forcément par une baisse de charges"

Concrètement, l'emploi des jeunes passera "forcément par une baisse de charges. Il faut qu’il y ait une incitation financière", affirme le président du Medef. "Les entreprises sont face à une baisse de la demande à peu près dans tous les secteurs, et elles sont face à une angoisse de l’avenir. Aujourd’hui, personne n’est capable de faire un business plan, une projection pour 2021. Le réflexe naturel, c’est de garder son cash et d’attendre de voir, c’est très néfaste pour l’économie car si personne n’investit on entre dans une spirale très négative.
Donc il faut redémarrer la machine de l’investissement, la machine de la demande et la machine de l’embauche".

La branche de la métallurgie a signé un accord sur un dispositif alternatif au chômage partiel, un pourcentage du salaire payé par l’entreprise et le reste pris en charge par l’Etat. Un dispositif à généraliser ? "C’est un dispositif qu’on a soutenu, il est très adapté aux sites industriels notamment l’aéronautique, et l’automobile, car ce sont des secteurs avec une visibilité longue sur leurs baisses de demande, capables de s’engager sur 12-18-24 mois pour garder l’emploi. Il faut qu’on réfléchisse à d’autres dispositifs, qu’on soit innovant, pour d’autres secteurs qui n’ont pas la même visibilité, comme le commerce ou le secteur de la construction", répond Geoffroy Roux de Bézieux sur ce point.

"Notre idée c’est d’avoir une boite à outils, pour que les PSE, les licenciements soient la dernière solution. Il y aura des licenciements, il y aura des sociétés en faillite, il ne faut pas se mentir, mais si on peut éviter ou réduire ces licenciements en gardant les compétences, il faut adapter chaque dispositif aux spécificités du secteur".

Comment aider le commerce ?

Les commerces ont été particulièrement touchés par les conséquences de cette épidémie et le confinement. "Les deux premières semaines depuis l'enclenchement du déconfinement n’ont pas été mauvaises, mais à l’intérieur du commerce, il y a des secteurs différents. Concernant le textile, il y a peut-être un phénomène de déconsommation à surveiller. Ce que je crois c’est qu’on n’est plus au temps des 35 heures, c’est-à-dire d’une loi nationale prise depuis Paris, et qui s’applique unilatéralement à tous les secteurs. Chaque secteur, chaque entreprise a son organisation propre et il faut qu’on soit suffisamment intelligents avec les partenaires sociaux pour élaborer les solutions", estime-t-il. 

"Concernant les restaurants et cafés, s’ils sont autorisés à rouvrir le 2 juin, j’encourage les Français à aller, autant par civisme que par solidarité au restaurant, dans les cafés et dans les lieux publics, même si les mesures sanitaires vont sûrement peser sur les chiffres d’affaires", ajoute Geoffroy Roux de Bézieux.
 Et que pense le Medef de la baisse de prise en charge par l’Etat de l’activité partielle à partir du 1er juin ? "On prend acte de la décision de l’Etat, -15% de prise en charge. Ce seront surtout les petites entreprises qui risquent de souffrir. On a encore besoin de ce chômage partiel pour plusieurs mois. On avait demandé qu’il soit maintenu en l’état jusqu’à l’été. Au minimum, le gouvernement devrait réunir les partenaires sociaux, y compris les syndicats qui sont assez mécontents, parce que cette affaire a été menée un peu à la hussarde", selon lui.

"Il faudrait réunir les partenaires sociaux pour faire le premier bilan de cette baisse de prise en charge. Combien de personnes seront encore en chômage partiel fin juin ? Il est trop tôt pour savoir précisément jusqu’à quand on aura besoin de l’activité partielle ; le moins longtemps possible, j’espère", poursuit Geoffroy Roux de Bézieux.

Quid de l'assurance chômage ?

La ministre Muriel Pénicaud a évoqué à plusieurs reprises des "discussions" sur l’avenir de l’assurance chômage. Elles n’ont pas encore eu lieu. "Il faut rediscuter les règles de l’assurance chômage dans un périmètre plus large. C’est-à-dire, en l’englobant dans l’ensemble des mesures pour l’emploi : chômage partiel, dispositifs alternatifs au chômage partiel dans l’industrie et d’autres secteurs, et assurance chômage", dit le leader du Medef.  

"Avec un recul du PIB de -10% cette année, c’est-à-dire un appauvrissement de la France, il faut qu’on arrive à se projeter pour déterminer combien de chômeurs on risque d’avoir, comment on les indemnise, comment on les forme, comment on les fait passer d’un métier à l’autre dans certaines filières durablement touchées. Cette discussion sur l’assurance chômage ne peut pas se faire de manière isolée. Il faut en rediscuter globalement, à l’horizon des 12 prochains mois. Le bonus-malus fait partie des discussions à avoir, mais c’est un petit morceau d’un système beaucoup plus large", poursuit-il.

Faut-il pour autant reporter au-delà du 1er septembre, la partie de la réforme de l’assurance chômage qui devait entrer en vigueur à l’origine au 1er avril (réforme du calcul du salaire journalier de référence) ? "Je pense qu’il faut en rediscuter d’ici au 1er septembre", conclut Geoffroy Roux de Bézieux.

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