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Après les carburants, votre alimentation ? Pourquoi la hausse des prix dans votre supermarché n'est pas si évidente que cela

Alors que le coût à la pompe flambe depuis le début du conflit au Moyen-Orient, la grande distribution aura fait de la résistance jusqu'à ces derniers jours. Les acteurs du secteur ont récemment tiré la sonnette d'alarme et demandent à répercuter le coût de la guerre en rayon. Sauf qu'un épineux dossier les en empêche aujourd'hui.

Les rayons d'un supermarché près de Valence, en février 2025.

Crédit : Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Chloé Berry

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Si la situation est instable au Moyen-Orient, elle dure surtout dans le temps. Et ça, ce n'est pas bon pour notre portefeuille. Depuis fin février, la guerre s'est invitée dans notre actualité et a été jusqu'à bouleverser notre quotidien. Les usagers de la route le savent mieux que quiconque puisque, depuis le début du conflit, les prix à la pompe se sont envolés.

Outre le pétrole qui passe par le détroit d'Ormuz, engrais et dérivés de la pétrochimie circulent habituellement par ce point stratégique, réouvert puis refermé ces derniers jours. Alors, peut-être que, comme nous chez RTL, vous vous êtes posé la question suivante : pourquoi seuls les prix du carburant ont été impactés par la guerre ?

Jusqu'ici épargnée en apparence, la grande distribution pourrait finalement rejoindre les stations-service. Après avoir constaté une légère augmentation de 0,3% en avril, l'UFC-Que Choisir anticipe une hausse des prix en rayon de 4 à 5% "dans les mois à venir". "L'enlisement du conflit en Iran rend de plus en plus probable cette hypothèse", note l'association de consommateurs qui change de nom. RTL.fr vous explique pourquoi ce n'est pas aussi simple que cela.

Les conséquences de la fermeture du détroit perceptibles pour les industriels et les agriculteurs

La semaine dernière, le 16 avril, Lactalis a ouvert le débat. Le géant de l'agroalimentaire a annoncé devoir "répercuter" l'impact de la guerre sur ses prix de vente aux consommateurs, sans en détailler l'ampleur. Les hostilités dans la région depuis fin février ont "un impact important sur les coûts, à la fois sur les transports et les emballages", a expliqué Emmanuel Besnier, PDG du groupe français, lors de la présentation des résultats annuels 2025.

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Les industriels comme Lactalis, mais aussi les agriculteurs et les éleveurs, subissent les conséquences de la fermeture du détroit d'Ormuz : la flambée des emballages, du transport et des tarifs gaziers pour les premiers, celui des coûts des carburants et des engrais pour les seconds. 

Depuis la loi EGalim 2, adoptée le 18 octobre 2021, la convention comporte pourtant une clause de révision automatique des prix en fonction de la variation des coûts des matières premières agricoles qui permet d'ajuster les prix des produits au contexte actuel. C'est d'ailleurs ce qui a permis aux prix d'augmenter en rayon en avril. Mais cette disposition ne couvre pas tout, notamment les prix de l'énergie. Pour espérer un vrai changement, il faut rouvrir un dossier classé depuis le 1ᵉʳ mars.

L'embarrassant dossier des négociations commerciales

Bien avant l'alerte de Lactalis, l'Ania (association nationale des industries alimentaires) a demandé la réouverture des négociations commerciales le 7 avril dernier. Chaque année, du 1ᵉʳ décembre au 1ᵉʳ mars, distributeurs et industriels mènent des négociations, parfois brutales, qui déterminent les prix en rayon des produits dans vos supermarchés. Et cette année, les tarifs pour 2026 ont été négociés avant le début des bombardements en Iran. 

Sauf que, pour le moment, le gouvernement s'y oppose. Selon la porte-parole Maud Bregeon, il n'y a aujourd'hui "pas de nécessité" de les rouvrir, a-t-elle déclaré ce dimanche 19 avril sur BFM. Contacté par RTL.fr, Olivier Dauvers nous explique pourquoi, en effet, les industriels risquent de voir leurs espoirs douchés.

Les raisons de ne pas renégocier les prix

Pour comprendre pourquoi les négociations commerciales n'ont pas forcément de raison de reprendre, il faut savoir ce qui fait qu'un produit en rayon peut voir son prix augmenter. Dans la grande distribution, il y a trois postes de coûts : la matière première, l'énergie et l'emballage. Pour le premier, il n'y a pas de quoi s'alerter : il n'y a pas d'inflation sur les matières premières.

Certaines, comme le café, le cacao, le sucre ou encore le riz sont même en baisse. "Les céréales, dont le blé qui est la céréale mère, sont quasiment au même niveau qu'avant la guerre. Les industriels ne peuvent pas s'abriter derrière ça", sonne Olivier Dauvers. 

Du côté de l'énergie, il faut savoir que l'agroalimentaire utilise principalement du gaz pour faire tourner les usines. Quant aux transports, Olivier Dauvers se veut rassurant : "Il ne représente qu'une petite part sur notre prix en supermarché, il ne faut pas exagérer", nous a-t-il fait savoir. 

Le 3ᵉ poste, celui des emballages, est en revanche un peu plus problématique. Ceux-ci étant un dérivé de la pétrochimie, ils sont forcément impactés par la hausse des prix des hydrocarbures. Un deuxième phénomène vient compliquer la situation. Le naphta, ce liquide qui permet de fabriquer les emballages plastiques, est bloqué à Ormuz et ne peut regagner l'Asie, où ils sont fabriqués.

Les lignes pourraient-elles bouger ?

Avec seulement un poste de coûts impacté par la guerre, une réouverture des négociations commerciales, comme cela avait été le cas en 2022 à cause de la guerre en Ukraine, ne semble pas justifiée pour Olivier Dauvers. "En 2022, il y avait une concomitance des trois phénomènes en même temps", rappelle l'expert de la consommation. À l'époque, la situation était en effet plus grave : ne pas intervenir revenait à prendre le risque que les industriels arrêtent de produire et donc de flirter avec la pénurie en rayon.  

Actuellement, les industriels jouent simplement leurs rôles, selon notre interlocuteur. "C'est une affaire de posture", résume-t-il. Oui, il y a un souci avec les emballages, mais pas de quoi rouvrir les négociations, du moins à ce jour. 

Mais les lignes pourraient bouger. "Si dans un mois ou deux, on achète toujours un baril de pétrole à plus de 100 dollars, le gouvernement va peut-être finir par autoriser des négociations commerciales car de l'inflation va finir par être générée automatiquement", conclut-il. Comme à la pompe aujourd'hui, cela risque de se voir aisément dans votre caddie. 

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