3 min de lecture Justice

Roman Polanski : des avocates défendent la présomption d'innocence du réalisateur

Une centaine d'avocates publient lundi 9 mars une tribune pour défendre la présomption d'innocence de Roman Polanski, récompensé aux César et accusé de viols et d'agressions sexuelles.

Des manifestantes dénonçant le réalisateur Roman Polanski
Des manifestantes dénonçant le réalisateur Roman Polanski Crédit : Martin BUREAU / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

Elles dénoncent un féminisme "qui érige une conflictualité de principe entre hommes et femmes". Dans une tribune publiée lundi 9 mars dans Le Monde, plus d'une centaine d'avocates pénalistes défendent la présomption d'innocence du réalisateur accusé de viols et agressions sexuelles, Roman Polanski. Plusieurs personnalités militantes leur ont ensuite répondu.

Vendredi 28 février, lors de la 45ème édition des César, le cinéaste franco-polonais a reçu plusieurs récompenses, dont celle du meilleur réalisateur pour son film J'accuse (2019). Une célébration dénoncée par les associations féministes et surtout par l'actrice Adèle Haenel qui a décidé de quitter la salle au moment de son attribution.

Condamné aux États-Unis en 1977 pour des faits de viol sur une adolescente, Roman Polanski a fui le pays pour se réfugier en Europe. Depuis, il fait l'objet de douze accusations similaires dont celle de la Française Valentine Monnier qui a témoigné en novembre dernier dans les pages du Parisien. Des faits pour la plupart prescrits et pour lesquels le réalisateur n'a été ni formellement poursuivi ni condamné. "Il n’est donc pas coupable", insistent les signataires de la tribune.

Aucune accusation n'est jamais la preuve de rien

Les avocates pénalistes, autrices de la tribune publiée dans "Le Monde"
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"Ce n'est pas une tribune qui défend Polanski, insistait lundi matin l'une des signataires, Marie Dosé, au micro de France Inter. C'est une tribune qui défend les principes du droit". Les 114 signataires du texte insistent ainsi. "On se pique d'avoir à le rappeler, mais aucune accusation n'est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d'asséner sa seule vérité pour prouver et condamner". 

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Celles-ci se définissent comme "femmes, avocates et pénalistes", "viscéralement attachées aux principes qui fondent notre droit" et "confrontées chaque jour à la douleur des victimes mais aussi, et tout autant, à la violence de l'accusation". 

"Nous sommes féministes", écrivent les avocates après avoir déploré "le tribunal de l'opinion publique", permis notamment par les réseaux sociaux. "Il est urgent de cesser de considérer la prescription et le respect de la présomption d'innocence comme des instruments d'impunité : en réalité, ils constituent les seuls remparts efficaces contre un arbitraire dont chacun peut, en ces temps délétères, être à tout moment la victime". 

Il est faux d'affirmer que l'ordre judiciaire ferait montre aujourd'hui de violence systémique à l'endroit des femmes

Les avocates pénalistes, autrices de la tribune publiée dans "Le Monde"
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Elles dénoncent par ailleurs les discours, comme celui tenu en novembre par l'actrice Adèle Haenel, selon lesquels l'autorité judiciaire ne serait pas efficace en matière de violences sexuelles. Pour elles, "il est faux d'affirmer que l'ordre judiciaire ferait montre aujourd'hui de violence systémique à l'endroit des femmes ou qu'il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole". 

En 2017, le Haut Conseil à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes recensait 32.700 auteurs présumés impliqués dans des affaires traitées par les parquets français. La même année, seuls 5.650 d'entre eux ont été condamnés par la justice, soit 17%.

Un "déni" des dysfonctionnements

Mardi 10 mars, plusieurs personnalités féministes ont répondu à ces avocates, elles aussi dans une tribune publiée sur Le Monde. Dans un texte listant les dysfonctionnements du système judiciaire régulièrement dénoncés par les victimes de violences sexuelles, la militante Caroline De Haas ou encore l'artiste Andréa Bescond dénoncent une "présomption permanente de mensonges qui pèse sur les femmes victimes". 

Plus encore, elles accusent les avocates signataires de la tribune d'être dans "le déni". "Accepter que l’institution à laquelle elles ont voué leur vie professionnelle dysfonctionne gravement est douloureux", écrivent les militantes et personnalités féministes dans leur réponse. Avant de conclure : "Si nous voulons que les violences sexistes et sexuelles disparaissent en France, si nous voulons en finir avec l’impunité, la première étape est de sortir de ce déni."

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