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#MeToo : pourquoi Adèle Haenel a-t-elle décidé de ne pas porter plainte ?

ÉCLAIRAGE - L'actrice Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia de l'avoir agressée sexuellement lorsqu'elle était mineure. Le parquet de Paris a ouvert une enquête, sans qu'elle ne dépose plainte.

Adèle Haenel, le 20 mai 2017 au Festival de Cannes.
Adèle Haenel, le 20 mai 2017 au Festival de Cannes. Crédit : LAURENT EMMANUEL / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Deux jours après la publication du témoignage d'Adèle Haenel, le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une enquête pour "agression sexuelle" mercredi 6 novembre. De son côté, l'actrice qui accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" et de "harcèlement" alors qu'elle était mineure, avait d'emblée annoncé qu'elle n'avait jamais porté plainte et qu'elle ne souhaitait pas le faire.

La justice "condamne si peu les agresseurs", a justifié l'actrice aux deux Césars dans la longue enquête que Mediapart a consacré à son histoire. "La justice nous ignore, on ignore la justice", résume-t-elle. 

Dans une interview filmée, elle développe un peu plus sa pensée. "Il y a une violence systémique qui est faite aux femmes dans le système judiciaire", commence-t-elle avant de déclarer que "les femmes sont méprisées". "Un viol sur 10 aboutit à une condamnation en justice, ça veut dire quoi des neuf autres ?" interroge-t-elle.

Des chiffres alarmants

Le choix d'Adèle Haenel s'appuie sur les tristes chiffres de l'instruction des plaintes pour violences sexuelles et sexistes. À ce sujet, le Haut Conseil à l'Égalité entre les Femmes et les Hommes recensaient 32.700 auteurs présumés impliqués dans des affaires traitées par les parquets français en 2017. Seulement 5.650 d'entre eux ont été condamnés par la justice.

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Plus particulièrement, le Haut Conseil note que deux auteurs présumés sur cinq étaient impliqués dans des affaires de viol, soit 13.080. Finalement, ils n'ont été que 1.652 à être condamnés, c'est-à-dire 12%. Il s'agit d'une "baisse de 40%" des condamnations pour viol en dix ans, note l'institution. En cause : le nombre accru de plaintes classées sans suite par les parquets.

Dès lors Adèle Haenel insiste, son objectif en livrant son témoignage sur ces faits de pédocriminalité est d'user de son privilège d'actrice reconnue pour "libérer la parole". "Je suis en mesure de le faire, je travaille suffisamment, j'ai un confort matériel", explique-t-elle face à Edwy Plenel et Marine Turchi, journaliste qui signe l'enquête.

Adèle Haenel devrait saisir la justice

Nicole Belloubet, ministre de la Justice
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Le réalisateur Christophe Ruggia, exclu depuis par la Société française des réalisateurs, nie lui catégoriquement les faits. Ceux-ci n'étant pas prescrits, certaines voix s'élèvent estimant qu'Adèle Haenel aurait dû ou devrait déposer plainte. À commencer par la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Interrogée à ce sujet sur France Inter, la Garde des Sceaux s'est dite "choquée" de son témoignage. 

Néanmoins, Nicole Belloubet a estimé que l'actrice avait "tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situation". "Je pense qu'elle devrait saisir la justice", a-t-elle insisté en prenant l'exemple du Grenelle des violences conjugales qui vise notamment à prendre des mesures destinées à mettre fin aux difficultés auxquelles font face les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes.

La justice a été une étape réparatrice

Andréa Bescond
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Une position également adoptée par Andréa Bescond dans l'émission On refait le monde de mardi 5 novembre. "J'encourage Adèle Haenel aujourd'hui à aller porter plainte, estime-t-elle. Ce qui est important aujourd'hui c'est de déclarer les faits qu'elle a subi". Selon, elle il s'agit d'un "devoir citoyen" pour "protéger les éventuelles victimes venir". Elle-même victime de violences sexuelles, Andréa Bescond reconnaît que "la justice n'est pas à la hauteur" mais, que dans son cas, elle a été "une étape réparatrice".

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