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Rixes entre bandes : "La question, c’est celle des moyens dont on dispose pour limiter le phénomène", dit Polony

ÉDITO - "Rares sont les endroits où l’on offre à ces jeunes gens ce dont ils manquent : un cadre strict mais stimulant", déplore Natacha Polony.

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L'oeil de... du 01 mars 2021 Crédit Image : Capture Twitter / Mediavenir | Crédit Média : RTL | Date :
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Natacha Polony édité par Marie Gingault

Les ministres de l’Intérieur, de la Justice et de l’Éducation s’entretenaient aujourd’hui en visioconférence avec les préfets, procureurs et recteurs d’Île-de-France, à propos des rixes entre bandes qui ont fait plusieurs morts ces derniers jours. On a l’impression d’une impuissance des pouvoirs publics.

On voit bien le réflexe qui se met en place immédiatement : "ça a toujours existé". Au début du XXème siècle, c’étaient les Apaches qui terrorisaient Paris. Dans les années 1960, c’étaient les loubards du XVIIIème arrondissement. Rien de nouveau donc, sauf qu’aujourd’hui, les morts ont treize ou quatorze ans. Selon le ministère de l’Intérieur, les bagarres entre bandes auraient augmenté de 25% depuis 2019.

Mais il faut reconnaître qu’il est très difficile d’évaluer le phénomène. D’ailleurs, la définition même d’une bande, c’est flou. Mais ce que disent les policiers, c’est que l’usage des armes, couteaux, barres de fer, se généralise, et qu’ils perçoivent une augmentation du degré de violence. La question, c’est aussi celle des moyens dont on dispose pour limiter le phénomène.

C’est en amont que se joue la prévention

Natacha Polony
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Avant tout, il faut distinguer ce phénomène de celui des trafics. Les guerres de bandes, c’est une affaire de territoire, d’appartenance. Jean-Claude Barreau, un prêtre ouvrier qui s’était occupé des bandes de loubards dans les années 1960, décrivait parfaitement la recherche d’autorité par des garçons souvent privés de structure familiale. La bande devient une identité, une famille.

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Cela signifie que c’est en amont que se joue la prévention. C’est très tôt, dans la famille, qu’on apprend l’empathie envers les autres, les limites à ne pas franchir, le respect de la loi. Et la première confrontation avec la loi, la société et l’autorité, c’est à l’école. Encore faut-il que l’école, que les professeurs, assument cette dimension de leur mission qui est d’éduquer, mais aussi d’exercer l’autorité et au besoin de sanctionner. Remarquez que l'on n’entend plus parler des centres éducatifs fermés ou renforcés. Alors que c’était un sujet de débat constant il y a encore quelques années. 

Les centres éducatifs fermés d’aujourd’hui sont des endroits ultra normés

Natacha Polony
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Jean-Claude Barreau préconisait de prendre la bande dans son ensemble, parce que le jeune que vous détachez de là retombera dès qu’il retrouvera son leader. Il expliquait comment il avait emmené des bandes entières à l’autre bout de l’Europe ou du monde, comment il les avait fait sauter en parachute pour les confronter à leur peur, pour changer leur vision du monde. Évidemment, on parle d’une époque où l’on ne risquait pas le procès pour une cheville cassée, où l’on pouvait obtenir des visas en blanc parce qu’on ne savait pas jusqu’au dernier moment qui serait du voyage.

Au contraire, les centres éducatifs fermés d’aujourd’hui sont des endroits ultra normés, qui accueillent des profils de plus en plus divers, tels que des mineurs isolés ou des adolescents qui n’ont pas trouvé de place en foyer. La dimension carcérale domine souvent, et rares sont les endroits où l’on offre à ces jeunes gens ce dont ils manquent : un cadre strict mais stimulant, qui les sortirait de l’ennui et du non-sens. Il n’est pas question de dire que cette alchimie est simple à trouver, mais ça vaudrait le coup de s’y pencher un peu.

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