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Pierre Gault s'est infiltré pendant 9 mois dans une sphère masculiniste. Au micro de Faustine Bollaert, il raconte les outrances auxquelles il a dû faire face
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"On n'en ressort pas indemne. Moi-même, en tant que journaliste, j'ai été impacté durant cette enquête". Au moment d'évoquer son infiltration, Pierre Gault précise d'emblée que ce travail ne l'a pas laissé de marbre. Pendant presque un an, le réalisateur a intégré le monde du masculinisme pour en faire un documentaire et un livre.
Une expérience qu'il qualifie lui-même de très particulière : "J'ai été fortement impacté puisque j'ai vécu une forme de désensibilisation. Sans m'en rendre compte, j'étais devenu moins vigilant, j'ai baissé ma garde et certains contenus ne me choquaient même plus alors qu'ils étaient carrément illégaux", assume-t-il au micro de Faustine Bollaert.
Le masculinisme, c'est une mouvance, un système de pensée que le journaliste connait désormais par cœur : "On pourrait définir cela comme une idéologie prônée par des hommes qui estiment que leur condition, leur virilité est menacée par la société actuelle et surtout par le féminisme. On vivrait dans une société "gynocentrée", c'est à dire sous domination féminine", explique Pierre.
Ce mouvement, qui date des années 1980 mais qui a vraiment explosé dans les années 2000, a largement été intellectualisé et théorisé, jusqu'à devenir une véritable doctrine suivie par des milliers de jeunes hommes : "L'homme doit être autoritaire, dominant, alors qu'à contrario, la femme doit être gentille, douce et soumise", développe le journaliste.
C'est sur les réseaux sociaux que le masculinisme a pu massivement élargir son audience, les utilisateurs étant très vite confrontés à ce genre de contenus : "Quand j'ai créé mes faux comptes sur les plateformes en ligne, il m'a fallu à peine 10 minutes pour tomber sur des contenus masculinistes", déplore Pierre Gault. Durant son enquête, il a pu identifier tout le processus "d'enrôlement" des internautes, jusqu'à leur intégration dans des groupes restreints : "Quand vous êtes sur le profil de l'influenceur, un lien est placé dans sa bio. Ce lien vous mène directement à une communauté privée, payante la plupart du temps". À ce moment-là, le journaliste découvrent des discussions atterrantes.
Une femme, c'est comme du lait, il faut vite la consommer avant la date de péremption
Propos d'un influenceur masculiniste au sujet des relations hommes-femmes
Dans ces groupes de paroles auxquels seuls les abonnés peuvent accéder, l'influenceur a un droit de parole sur tout, et est attentivement écouté par les membres de sa communauté : "C'est assez effrayant car sur n'importe quelle question, quoique dise le 'chef de meute', il y a une acceptation totale, et jamais de remise en cause de ses propos. (...) On retrouve un certain culte de la personnalité", révèle Pierre.
Ainsi, les prétendus influenceurs nourrissent leurs followers de vidéos et de tutoriels pour distinguer les femmes "de valeur" aux femmes "de moins bonnes qualité" : "Il y a un certain culte de la virginité. L'une des règles principales, c'est de fréquenter uniquement des femmes qui ont eu très peu de partenaires sexuels", raconte le journaliste.
Ces "gourous" bénéficient d'une telle approbation qu'ils n'hésitent pas à proclamer des insultes, voire carrément des menaces de mort. "Une femme, c'est comme du lait, il faut vite la consommer avant la date de péremption", "Une femme qui vous fait une dinguerie, elle ne doit pas repartir vivante" sont des exemples de citations qu'on peut entendre dans les bouches des influenceurs masculinistes. Pierre Gault a été confronté à une telle violence verbale dans les groupes qu'on lui a conseillé de regarder des vidéos de chatons une fois l'enquête terminée : "Les propos sont extrêmement violents et radicaux, ça va tellement loin qu'on vous parle des femmes comme de poubelles à sp**rme".
Il est également proposé dans ces communautés de faire des stages en séduction, lors desquels l'influenceur vous ordonne d'aller aborder des femmes dans un temps imparti : "C'est des sessions de 4-5 heures où l'on marche à une vitesse pas possible pendant tout un après-midi. Lors de ma première session, on m'a mis un chronomètre et on m'a donné 5 minutes pour aller parler à une fille", explique le journaliste. Face à ce fléau du masculinisme, difficile de trouver une solution miracle. Pour Pierre, il est important de rester dans le dialogue, et de trouver une porte de sortie : "Les seuls repentis avec qui je me suis entretenu l'ont réalisé d'eux-mêmes. Il faut discuter avec ces jeunes et leur poser des questions pour les amener à leurs contradictions."
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