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Addiction aux réseaux sociaux : le procès historique qui fait trembler Instagram, Facebook et YouTube

Pour la première fois, les réseaux sociaux sont jugés pour addiction chez les mineurs. Un procès historique aux États-Unis aux conséquences potentiellement majeures.

Mark Zuckerberg en janvier 2024

Crédit : AFP

Le procès historique des réseaux sociaux

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Tom Lefevre

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C’est une première dans l’histoire des réseaux sociaux. Depuis fin janvier, les plus grandes plateformes numériques sont confrontées à un procès civil historique aux États-Unis. En Californie, un jury populaire doit déterminer si des géants comme Instagram, Facebook ou YouTube ont volontairement conçu leurs applications pour rendre les jeunes utilisateurs dépendants, au détriment de leur santé mentale.

Pendant plusieurs semaines, la Cour supérieure de Los Angeles va examiner une question centrale : les réseaux sociaux peuvent-ils être tenus responsables non pas des contenus publiés… mais de la conception même de leurs plateformes ?

Une plainte devenue procédure test

Au cœur de cette affaire, une jeune Américaine de 19 ans, identifiée sous les initiales K.G.M. Elle affirme avoir été exposée très tôt aux réseaux sociaux : YouTube dès l’enfance, Instagram à 11 ans, puis Snapchat et TikTok à l’adolescence. Selon sa plainte, cette utilisation précoce aurait conduit à une addiction sévère, accompagnée d’anxiété, de dépression, de troubles de l’image de soi, jusqu’à des pensées suicidaires. Son dossier a été jugé suffisamment représentatif pour servir de procédure test, dont l’issue pourrait influencer des centaines d’autres plaintes similaires déjà déposées aux États-Unis.

Jusqu’ici, les géants de la tech ont largement échappé aux poursuites en invoquant la liberté d’expression et une loi américaine clé qui les exonère de responsabilité pour les contenus publiés par les utilisateurs. Mais dans ce procès, la stratégie des plaignants change radicalement. Ils ne s’attaquent plus aux contenus, mais à la structure même des applications : algorithmes de recommandation, défilement infini, notifications, personnalisation… Autant de mécanismes accusés d’avoir été conçus pour capter l’attention le plus longtemps possible, en particulier celle des mineurs. Les avocats comparent d’ailleurs cette bataille judiciaire à celle menée contre l’industrie du tabac dans les années 1990, lorsque les fabricants avaient été accusés d’avoir sciemment favorisé la dépendance.

Mark Zuckerberg attendu à la barre

Tous les réseaux sociaux ne sont plus sur le banc des accusés. L’éditeur de Snapchat a conclu un accord à l’amiable confidentiel, tout comme TikTok, propriété de la société chinoise ByteDance. Résultat : seuls Meta, maison mère de Facebook et Instagram, et Alphabet (YouTube) sont encore directement concernés par cette première phase du procès.

L’enjeu est colossal. Si le jury donne raison à la plaignante, les entreprises concernées pourraient être condamnées à verser d’importants dommages et intérêts, mais surtout à repenser en profondeur leurs algorithmes. Le symbole est fort : Mark Zuckerberg, patron de Meta, est appelé à témoigner ce mois-ci, même si sa comparution en personne reste incertaine. Un moment clé dans un contexte de plus en plus hostile aux réseaux sociaux, accusés d’aggraver la crise de santé mentale chez les adolescents.

La portée de ce procès dépasse largement les frontières américaines. D’autres procédures sont déjà en cours ou à l’étude aux États-Unis, et plusieurs pays s’interrogent sur un durcissement de la régulation. En France aussi, le sujet est brûlant, le gouvernement souhaite une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, preuve que la question de la responsabilité des plateformes est désormais au cœur du débat public.

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