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Morbihan : comment le zoo de Pont-Scorff est passé du rêve au cauchemar

L'association Rewild avait levé 600.000 euros pour racheter le zoo, accusé de négligences, et en faire un centre de retour à la nature pour les animaux. Mais l'opération ne s'est pas passée comme prévu.

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Morbihan : comment le zoo de Pont Scorff est passé du rêve au cauchemar Crédit Image : FRED TANNEAU / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Isabelle Choquet
Isabelle Choquet édité par Louis Chahuneau

Si vous rêvez d'une balade enchantée entre un pandi-panda et un éléphanteau à la Dumbo, passez votre chemin. Le zoo où nous emmène le magazine Marianne est en plein naufrage. C'était pourtant une belle histoire sur le papier. Souvenez-vous, il y a quelques mois, plusieurs associations de défense de l'environnement annonçaient tambour battant leur volonté de racheter le zoo de Pont-Scorff dans le Morbihan. 

Avec un objectif très ambitieux : libérer les 500 et quelques pensionnaires, et faire du site de 14 hectares une sorte de salle d'attente avant le retour à la nature. "Une première mondiale", clamait alors le communiqué de presse du collectif Rewild. "Ensemble, menons à bien ce projet fou !".

Ensemble, car il fallait tout de même lever 600.000 euros. Le message a été relayé par le journaliste Hugo Clément, l'affaire a été très médiatisée. Et en une semaine, l'argent était sur la table. Avec un bon coup de pouce, c'est vrai, de Marc Simoncini, le fondateur de Meetic : 250.000 euros à lui tout seul.

Deux tonnes de cadavres, des évasions, une fosse qui déborde...

Un projet fou, c'est sûr. Et même complètement irréaliste. C'est ce que disent dès le début les professionnels des parcs animaliers. Sur RTL, le patron du zoo de Beauval Rodolphe Delord évoque une opération utopique. Les animaux sont trop vieux, ils ont passé trop de temps en captivité. L’Association européenne des zoos s'inquiète : il faudrait un investissement de plusieurs millions d'euros, pour finalement envoyer les bêtes à une mort quasi certaine.
 
Tous des mauvais coucheurs ? Non, voyez plutôt cette mise en demeure cinglante de la préfecture du Morbihan, en date du 2 septembre. Le zoo de Pont-Scorff n’a plus un seul salarié détenteur du certificat de capacité, obligatoire pour prendre en charge des animaux sauvages. Les fosses d’eaux usées débordent. Plusieurs évasions d’animaux ont eu lieu, le registre vétérinaire est absent. Des médicaments périmés depuis plus de deux ans sont conservés dans la pharmacie et susceptibles d’être utilisés. Et pire que tout : 2.428 kg de cadavres ont été collectés par l’équarrisseur sans que l’exploitant ait documenté et recherché les causes possibles de cette mortalité.

La plupart des sympathisants Rewild sont vegan

Cyril Hue, vétérinaire du zoo de Pont-Scorff
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Sur les réseaux sociaux, des images circulent. Des phoques nageant dans un bassin d'eau verdâtre, une photo mignonne de salariés qui nourrissent au biberon quatre petits lycaons. Mignonne, en apparence : en réalité les bébés souffrent de cataracte. Possiblement à cause d'une mauvaise alimentation. "Ce qui est certain, dit Cyril Hue, le vétérinaire du zoo de la Flèche, c’est que ces bébés ne pourront pas être réintroduits dans le milieu sauvage. Ils ont été imprégnés par les humains, ils n’auront jamais les codes de leur espèce".

De toute façon, le projet de réintroduction dans la nature est un mirage. Aucun animal n'a revu la jungle ou la savane. "Avant de prétendre relâcher les animaux, il faudrait déjà les maintenir en vie !", résume le vétérinaire. "La plupart des sympathisants de Rewild sont vegan. Ils se retrouvent à nourrir des lions qui avalent plusieurs kilos de bovins par repas, c’est le choc avec le réel." Les pros des animaux sont d'autant plus sévères que certaines figures de Rewild promettent depuis des années de “casser le business des zoos”. 

Le zoo, ce serait le mercantilisme, l'exploitation des animaux, juste pour faire de l'argent, alors que Rewild incarnerait le désintéressement. "On voit le résultat", dit le patron du parc Biotropica.

Le zoo n'engrange aucune recette

Le gérant du zoo de Pont-Scorff estime d'ailleurs qu'il est victime d'une cabale. Selon lui, le zoo n'a pas connu une situation sanitaire aussi bonne depuis des années. Les presque deux tonnes et demie de cadavres d'animaux ? Juste "un vieux rhinocéros et une grosse vache africaine, plus des cadavres que nous avons trouvés dans les réfrigérateurs en arrivant." Rewild a l'intention d'attaquer la préfecture en justice pour dénonciation calomnieuse.
 
Cela ne réglera pas les problèmes financiers. Actuellement le zoo n’engrange aucune recette, et consomme 3.000 € par jour. Il devrait rouvrir au printemps, avec de l'accrobranche, un restaurant, mais les visiteurs ne verront pas les animaux. Cela vaut peut-être mieux.  Du rêve militant au cauchemar animalier, c'est un article à lire dans Marianne cette semaine.

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