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Église : les ventes de saintes reliques ne font pas l'unanimité

Entre droit civil et traditions religieuses, les ventes de saintes reliques séduisent autant qu'elles choquent.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Église : les ventes de saintes reliques ne font pas l'unanimité Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Maxime Magnier

En parcourant l'actualité, ce matin, je suis tombée sur un os, plusieurs, mêmes. Mais des os sacrés, objets de culte et de dévotion. Un article insolite dans Paris Match sur le commerce des saintes reliques. Et comme nous ne sommes plus au Moyen-âge, ça ne se passe plus sous le manteau, mais dans les salles de vente ou, ces temps-ci, dans les enchères en ligne.

C'était le cas le 25 avril dernier à Alençon. Adjugée pour 300 euros, une croix reliquaire en bois sculpté contenant des petits ossements de Saint-Jean de Latran et Sainte-Thècle. Pour 150 euros, un joli médaillon reliquaire contenant un reste du premier saint martyr de Chine.

Au total, 378 lots, mais seulement 375 pièces vendues. En effet, et c'est relativement rare, trois objets ont été retirés in extremis à la demande du Conseil des ventes volontaires, c'est un peu le "gendarme" des enchères. Son président explique : "J'ai été saisi par un ecclésiastique. Il était choqué que l'on puisse ainsi proposer à la vente des restes humains clairement identifiables, qui plus est de saints. On peut avoir mauvais goût, mais il y a tout de même des limites !"

En vente, un crâne humain

Parlons-en, du mauvais goût, quand on voit ce qui devait être vendu. D'abord, deux ossements de Sainte-Justine et de Sainte-Monique, présentés dans un médaillon "avec strass et verroteries" des plus kitsch. Ensuite, "un chef et un montage de fils métalliques filigranés", ce qui est la façon classe et discrète de décrire un crâne humain. Et puis, last but not least, un article à vous donner des frissons : une "châsse reliquaire en bois sculpté abritant un riche montage de tissus brodés, perles, paperolles et cannetilles" (J'adore, j'ai appris des mots). 

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Une belle pièce d'1,30 mètre, estimée entre 9.000 et 10.000 euros, qui renfermait en fait le corps entier d'une petite martyre emmaillotée, avec le crâne apparent. "Une pièce relativement rare", à en croire le commissaire-priseur, catholique pratiquant, plutôt royaliste et très enthousiaste.

Mais les ventes de reliques, pourtant, sont loin de faire l'unanimité. Dans le Code civil, on lit que "tout ce qui est dans le commerce peut être vendu" sauf si des lois particulières s'y opposent. Or, précisément, le même Code civil consacre le principe intangible de l'indisponibilité du corps humain. En clair, en France, il est interdit de vendre un rein, tout comme de louer un utérus. Et le principe vaut toujours après la mort, il s'applique donc aux ossements et aux reliques. 

Des drapes de Jean-Paul II retirés d'une vente

Sauf que les voies des enchères sont impénétrables. Pour le Conseil des Ventes, les restes humains sont bien interdits à la vente, sauf lorsqu'ils constituent sans équivoque des biens culturels. Toute la question est donc de savoir ce qui peut être considéré comme un "bien culturel". Et sans équivoque, s'il-vous-plaît. "Concrètement, explique le président du conseil, un reliquaire très finement ouvragé qui contient des reliques peu visibles peut être proposé à la vente. En revanche, il est hors de question de vendre des reliques entassées en vrac dans une boîte à biscuits". Et il précise que certains ont essayé.

"Pure hérésie", pour l'Église : le droit canon interdit lui aussi la vente des saintes reliques. "Mais je ne suis pas soumis au droit canon", se défend le commissaire-priseur. "Erreur ! répond la conférence des évêques. Tous les catholiques y sont soumis, surtout s'ils sont pratiquants".

À voir, parce que ce sont parfois les religieux eux-mêmes qui vendent. Comme ces nonnes qui devaient faire installer un ascenseur dans leur communauté, des travaux à 30.000 euros, financés par une palanquée de reliquaires qui prenaient la poussière dans une armoire.

Plus surprenant, notre commissaire-priseur d'Alençon a été contacté par le blanchisseur officiel du sanctuaire de Lourdes. "Il avait récupéré les draps dans lesquels Jean-Paul II avait dormi lors de sa venue, il ne les avait pas lavés et il souhaitait les vendre. Il disposait même d'un certificat du directeur du sanctuaire." Vente refusée, évidemment.
Et conclusion de Match : "force est de constater que tous les marchands du Temple n'ont pas été chassés."

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