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Mixité sociale, innovations : comment l'école publique continue de convaincre

DÉCRYPTAGE - Grèves dénonçant le manque de moyens, témoignages accablants d'enseignants et de parents... L'école publique souffre de sa représentation. Mais est-ce justifié ?

Une classe d'école (illustration)
Une classe d'école (illustration) Crédit : Thierry Zoccolan / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"C'est l'école de la République." Stéphane est professeur de français dans un collège public de région parisienne, très attaché à l'école laïque, gratuite et obligatoire. "Je suis persuadé que l’ascenseur social existe encore dans l’école", confie-t-il à RTL.fr Pourtant, lorsque sa fille Helena était sur le point d'entrer en classe de sixième il y a trois ans, il a sérieusement considéré l'inscrire dans un établissement privé. Un choix qui tracasse nombre de parents à chaque rentrée scolaire. 

Selon les derniers chiffres de l'Éducation nationale, pour l'année scolaire 2017-2018, sur les 12 millions d'élèves inscrits dans le primaire et secondaire français 2,2 millions étaient scolarisés dans un établissement privé, "dont plus de 73.000 dans des établissements hors contrat". Soit environ 26% du nombre total d'élèves.

Finalement, après s'être renseigné, Stéphane n'a pas sauté le pas. Lui-même enseignant, il a pu avoir accès à des statistiques envoyées par les syndicats de la profession ou écouter ses collègues en discuter. Il en a conclu qu'il était plein d'idées préconçues sur le privé : là-bas, la pédagogie et l'atmosphère sont sensiblement les mêmes que dans les établissements publics

La question de la mixité sociale

Dans le privé, une sélection s'opère à cause des frais d'inscription dont la famille doit s'acquitter. Un montant, autour de 300-400 euros l'année pour un collège, qui, en soi, n'était pas un véritable obstacle pour Stéphane. Mais cette condition a un impact qui lui tenait davantage à cœur : le manque de mixité sociale. "C'est très important de mon point de vue", confie-t-il. Aujourd'hui Helena passe en classe quatrième, et "la mixité sociale fait partie de ses valeurs".

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C'est l'un des points clés de l'école publique, selon Fabienne Serina-Karsky, docteure en sciences de l'éducation. "L’école publique a vocation à accueillir tous les enfants et les jeunes dans son système", explique-t-elle à RTL.fr 

Un enfant a juste besoin de se sentir 'normal' parmi tant d'autres

Laurence Croix, maîtresse de conférence en sciences de l'éducation et en psychologie
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Marie-Christine Presse, professeure émérite en sciences de l'éducation, acquiesce. Pour elle, la mixité sociale est importante dans le cadre pédagogique. "Les enfants ne font pas de différence, explique-t-elle. On apprend mieux chacun lorsqu'on partage sa richesse de vie avec les autres."

Selon Nathalie Mons, présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) interrogée par La Croix en début d'année, il faut que cette mixité sociale soit organisée et au cœur d'un véritable projet pour qu'elle soit efficace. "L’équipe pédagogique, qui doit être formée en ce sens, peut par exemple miser sur le tutorat : en aidant les plus faibles, les plus forts consolident leurs compétences."

Le choix d'une école privée répond davantage à un besoin de performance

Laurence Croix, maîtresse de conférence en science de l'éducation et en psychologie
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La mixité sociale favorise la performance et l'ouverture des enfants, mais selon Laurence Croix, maîtresse de conférence en sciences de l'éducation et en psychologie, il n'y a pas de conséquence directe au niveau clinique. "Ce que je remarque c'est que le choix d'une école privée répond davantage à une demande de performance", explique-t-elle.

"On a des parents de plus en plus angoissés et des enfants de plus en plus sous pression : c'est partout, mais c'est d'autant plus dans le privé", complète-t-elle. Selon elle, ceci est tout sauf bénéfique pour le développement d'un enfant. "En général, un enfant a juste besoin de se sentir normal parmi d'autres."

L'illusion de la sécurité dans le privé

Malgré tout, Marie-Christine Presse a le sentiment que la mixité sociale est aussi source de peur chez les parents. "Le discours public et médiatique est tel qu'on a l'impression que la mixité sociale peut être à l’origine de violences". Stéphane le reconnaît, c'est cette assomption qui l'a fait hésité entre privé et public. "Je me suis dit que j'allais la mettre dans un collège qui n'a pas de problèmes d'incivilités et de discipline." 

Pourtant, selon Marie-Christine Presse, le privé n'est pas forcément épargné. "C'est juste que c'est un milieu assez fermé, assez clos." Laurence Croix est d'accord. "Les établissements privés ne sont pas plus protégés, et il y a des violences qui sont moins visibles". Elle cite l'exemple du harcèlement scolaire. "Maintenant y a une chose qui est sûre, les établissements publics n’arrivent pas toujours tous à gérer ces questions". Notamment à cause du manque de moyens, régulièrement dénoncé par les enseignants.

D'expérience, elle estime que dans le public, les établissements avancent à différents niveaux. Ils s'adaptent progressivement. "L'école publique a aussi des moyens qui sont très modernes", explique Laurence Croix. 

Les innovations de l'école publique

Militante, Marie-Christine Presse n'a jamais hésité à appliquer des méthodes de la pédagogie Freinet, centrées sur l'autonomie des enfants. "On peut davantage l'utiliser en maternelle ou en primaire, reconnaît-elle. En collège ou en lycée c'est plus compliqué car il y a trop d'élèves par classe".

"Historiquement parlant, l'école publique n'a cessé de se réformer", indique Fabienne Serina-Karsky. Elle cite les exemples des écoles nouvelles de l'après-guerre, avec des effectifs limités et des équipes pédagogiques collaborant étroitement. Plus récemment, l'Éducation nationale a mis en place des Cellules académiques recherche et développement, innovation et expérimentation (CARDIE).

Il existe une CARDIE par académie. Celle-ci est "chargée de l'accompagnement des établissements et/ou des écoles et du développement de la politique nationale d'innovation et d'expérimentation", explique celle de l'académie de Paris sur son site internet.

Dans le cadre de ses recherches, Fabienne Serina-Karsky a par exemple pu suivre des projets menés dans une école maternelle ou dans un collège du nord de Paris. Dans ce dernier, le projet impliquait un collège de secteur voisin "pour permettre un mélange de populations, pour empêcher les problèmes de ségrégation". "Il y a eu des impacts très importants sur la violence", conclut-elle.

Les CARDIE font chaque année des appels à projet. Mais encore faut-il en être au courant. Stéphane, professeur de lettres en collège, n'en a lui-même jamais entendu parler.

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