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"Un argument stratégique pour l'exécutif" : pourquoi Sébastien Lecornu agite une nouvelle fois la menace d'une dissolution de l'Assemblée

Deux motions de censure ont été déposées contre le gouvernement, l'une par LFI, l'autre par le RN. Ces dernières ont peu de chances de faire tomber l'exécutif. Pourquoi le Premier ministre agite-t-il la menace d'une dissolution ?

Sébastien Lecornu, à l'Assemblée nationale le 4 décembre 2025

Crédit : Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"Un argument stratégique pour l'exécutif" : pourquoi Sébastien Lecornu agite une nouvelle fois la menace d'une dissolution de l'Assemblée

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Marie-Pierre Haddad & Thomas Despré

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Sébastien Lecornu se prépare activement à une possible dissolution de l'Assemblée nationale. Les Français pourraient ainsi être amenés à voter deux fois les 15 et 22 mars : pour les élections municipales, déjà prévues de longue date, mais aussi pour élire de nouveaux députés. 

Selon Le Figaro et Le Parisien, le Premier ministre a demandé au ministre de l'Intérieur d'étudier l'organisation d'élections législatives anticipées. Revoilà donc la menace d'une dissolution de l'Assemblée nationale si jamais les députés décidaient de censurer Sébastien Lecornu et son gouvernement

"Il faut rappeler les règles du jeu", souffle un conseiller, alors que deux motions de censure devraient être examinées dans les prochains jours. L'une déposée par La France insoumise, l'autre par le Rassemblement national pour protester contrela probable adoption au niveau européen de l'accord avec le Mercosur. 

Un coup de pression pour les députés socialistes

Ce qui peut surprendre avec ce coup de pression du Premier ministre, c'est le fait que ces motions de censure n'ont quasiment aucune chance d'être adoptées la semaine prochaine.

Mais ce qui inquiète davantage l'exécutif, ce sont les suivantes, notamment si Sébastien Lecornu décidait de recourir à l'article 49.3 pour faire adopter le budget. Une hypothèse qui revient de plus en plus et qui entraînerait là encore le dépôt d'une motion de censure de la part de La France insoumise notamment.

Dans cette hypothèse, les regards se tournent une nouvelle fois vers les députés socialistes qui détiennent le droit de vie ou de mort sur le gouvernement. Seraient-ils prêts à appuyer sur le bouton stop ? Avec ce retour de la menace d'une censure, Sébastien Lecornu met la pression sur le groupe socialiste. Seraient-ils prêts à remettre leur mandat en jeu ? Avec le risque à l'inverse que cette déclaration finisse par tendre davantage les discussions qui doivent reprendre ce lundi 12 janvier à l'Assemblée.

"Beaucoup de plumes à perdre"

Sébastien Lecornu peut-il vraiment passer à l'acte ? Invité de RTL, le constitutionnaliste Benjamin Morel estime que "l'idée est de pouvoir agiter la dissolution comme un argument stratégique pour l'exécutif". 

"Si on avait une dissolution en même temps que les élections municipales, beaucoup de formations politiques en sortiraient probablement exsangues. Pour les deux grands partis d'élus locaux, que sont LR et PS, qui tiennent potentiellement les clés du passage du budget, (...) ils auraient beaucoup de plumes à perdre", analyse-t-il. 

Le rejet du texte en commission laisse penser que la stratégie de Sébastien Lecornu de disposer d'une majorité semble être une hypothèse qui s'éloigne.

Benjamin Morel, spécialiste de la Constitution, sur RTL

Le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale relève exclusivement du chef de l'État. Pourquoi cette initiative part-elle du Premier ministre ?  "On peut penser qu'il y a une forme de deal entre les deux, c'est-à-dire qu'Emmanuel Macron pousse depuis quelques mois à ce qu'on avance plus vite sur ce budget", note Benjamin Morel. 

Et d'ajouter : "Le rejet du texte en commission laisse penser que la stratégie de Sébastien Lecornu de disposer d'une majorité, comme c'est arrivé pour le PLFSS, semble être une hypothèse qui s'éloigne. Donc cela pourrait déboucher sur deux voies, soit le 49.3 qui ouvrira très probablement sur une motion de censure déposée par les oppositions - à voir si les socialistes la votent - soit sur des ordonnances".

Selon le constitutionnaliste, "en montrant que la dissolution est encore sur la table, Sébastien Lecornu cherche à dissuader les éventuels députés qui pourraient le censurer de passer à l'acte". 

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