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La haine anti-flics existe-t-elle vraiment ?

REPLAY - Fantasme des syndicats, manœuvre politicienne du gouvernement ou dangereuse réalité ? Les polémistes ont leurs avis.

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La haine anti-flics existe-t-elle vraiment ? Crédit Image : Elodie Grégoire | Crédit Média : Marc-Olivier Fogiel | Durée : | Date : La page de l'émission
Marc-Olivier Fogiel
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Journaliste

On refait le monde avec :
- Jean-Alphonse Richard, chef du service Police/Justice de RTL
- Rokhaya Diallo, membre du mouvement européen contre le racisme
- Élisabeth Lévy, directrice de la rédaction de Causeur
- Joseph Macé-Scaron, président du comité éditorial de Marianne
- Loïc Travers, secrétaire national adjoint du syndicat Alliance - Île-de-France
- Arié Alimi, avocat spécialisé dans les violences policières

Un millier de policiers s'est mobilisé pour s'opposer à la "haine anti-flics", ce mercredi 18 mai. Ils disent se sentir mal compris et mal aimé et se considère comme une cible de premier choix pour les casseurs. En effet, depuis le début des manifestations contre la Loi Travail, plus de 350 d'entre eux ont été blessés. En parallèle, une contre-manifestation de casseurs non autorisée a dégénéré vers la place de la République et une voiture de police, avec des agents à l'intérieur a été la cible d'un jet de cocktail molotov.

"La haine anti-flics, je ne la vois pas", assure Arié Alimi. "J'ai vu en revanche un sondage qui dit que pratiquement 91% des Français ont une haute estime de la police". Pour lui, cette fameuse haine n'est qu'un fantasme projeté par "soit l'Intérieur, soit les syndicats de police" qu'il compare à "Caliméro". "Ils commettent des violences et essaient de se couvrir et de faire une manifestation pour dire : 'On est mal aimés, aimez-nous'."

Des critiques réfutées par Loïc Travers qui cite les événements de l'après-midi pour illustrer un cas de haine anti-flic caractérisé. "Ils étaient simplement là, par hasard, ils passaient tranquillement dans le cadre d'une patrouille, ils ont été sortis de la voiture et on a cramé la voiture", raconte le syndicaliste.

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Le phénomène des casseurs imprévisibles

D'après Jean-Alphonse Richard, cette haine anti-flics, "elle existe dans la rue, elle est déclarée, elle est affichée, elle est soutenue par des slogans et par des rassemblements permanents en ce moment, ça crève les yeux." Comme il l'explique, il ne s'agit que d'une minorité, un petit groupe de 100 à 150 personnes pour la plupart identifiées - même si on a du mal à les appréhender - "et qui ne font que reproduire un schéma qui se passait dans les années 1980. C'est très vieux les casseurs." 

Le problème pour la police, c'est que même si le phénomène n'est pas nouveau, son organisation reste imprévisible. "Vous avez des individus qui se regroupent presque de manière spontanée, au dernier moment", pour mener des actions spontanées, pas toujours coordonnées.

Le gouvernement veut-il discréditer le mouvement de protestation

Élisabeth Lévy, elle, y croit, à la haine anti-flics : "On a les témoignages de projectiles insensés, de choses faites pour tuer", assure-t-elle. "Il y a certainement des individus qui se lâchent chez les flics, mais il n'y a pas de volonté de la part de notre police, de casser du manifestant". Si tout le monde ne déteste pas la police, d'après elle, "tout le monde déteste les casseurs". 

C'est important à rappeler pour la journaliste qui dénonce une certaine forme de complotisme contre la police. "Il y a certainement des erreurs dans le fait que les policiers ne reçoivent pas des consignes assez vite, mais j'ai beaucoup de mal à croire que ces erreurs seraient inspirées, comme on nous le raconte partout, par la volonté politique de discréditer le merveilleux et glorieux mouvement social qui se discrédite bien tout seul. Ces erreurs, à mon avis, sont surtout dues à la volonté farouche et très angoissée d'éviter un mort.

Ce discours ne tient pas, d'après Arié Alimi, car les syndicats de police eux-même reconnaissent que Bernard Cazeneuve "a donné des instructions pour laisser passer les casseurs dans les manifestations pour discréditer le mouvement." Ce n'est la première fois qu'il voit ça, d'après lui, c'est une stratégie mise en place depuis 2014 et les épisodes de Sivens qui ont conduit au décès de Rémi Fraisse, dont il représente la famille devant la justice.

Joseph Macé-Scaron se rappelle d'événements où les casseurs étaient en fait des policiers déguisés pour envenimer les manifestations. Pour lui, "ce n'est pas la volonté de Manuel Valls", mais une pratique courante dans le monde politique. Le deuxième phénomène important selon lui, c'est effectivement "la peur, et la peur du ministre de l'Intérieur en particulier, de ne pas créer un nouveau Rémi Fraisse." Mais si on en est arrivé là, c'est surtout "parce qu'on a détruit et on a supprimé les renseignements généraux en France."

La haine et la peur de la police

"On a amorcé le débat en parlant de haine de la police, mais ce dont on n'a pas parlé c'est la peur de la police", remarque Rokhaya Diallo. "Parce qu'on est dans un contexte un peu particulier qui est celui de l'état d'urgence qui sur-expose une partie de la population à de possibles dérives policières." Elle cite ainsi quelques chiffres : "Il y a une étude qui montre qu'aujourd'hui en France, quand on a une origine maghrébine, on a 8 fois plus de chances d'être contrôlé." 

Pour Élisabeth Lévy, c'est n'importe quoi : "La police ne fait pas du 'pipeaumètre', il y a des looks de dealers ou des looks de délinquants", assurent la directrice de Causeur soutenue par Loïc Travers : "Il y a de gros clichés par rapport à ça et c'est ça qui est gênant. Au moment des attentats, on était à plus de 82% des gens qui estimaient que la police faisait bien son travail et on se rend compte que ces chiffres n'ont pas changé aujourd'hui."

Arié Alimi, lui, est l'avocat du jeune homme victime de violence policière dans un lycée du XIXe arrondissement de Paris, et il constate : "Il y a deux autres lycéens qui ont été violentés. Les deux jeunes qui ont été amenés au commissariat après avoir été violentés étaient noirs. Je pense qu'il y a un véritable ciblage ethnique dans les contrôles aux faciès et dans les violences policières".

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2016-05-18 21:56:00
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