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"Gilets jaunes" : quels enjeux pour le tirage au sort ?

ÉCLAIRAGE - Certains "gilets jaunes" envisagent de recourir à la participation citoyenne par tirage au sort pour établir une liste aux élections européennes.

Des "gilets jaunes" mobiles manifestent à Montmartre
Des "gilets jaunes" mobiles manifestent à Montmartre Crédit : M6
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Laure-Hélène de Vriendt
et AFP

Utilisé pour le "grand débat" par le gouvernement, envisagé par certains "gilets jaunes" pour les européennes, la participation citoyenne par tirage au sort a le vent en poupe, malgré quelques limites soulignées par les chercheurs.

Ses détracteurs redoutent un "café du commerce dont la seule légitimité tient au hasard", sapant les bases de l'élection. Ses partisans louent "l'égalité des chances de participer au débat" que permet le tirage au sort, résume Yves Sintomer, spécialiste des formes de démocratie participative à l'université Paris VIII.

La méthode a en tout cas convaincu l'exécutif : dans le cadre du "grand débat" organisé en janvier et février à la suite du mouvement des "gilets jaunes", des "conférences" réunissant une centaine de citoyens tirés au sort, dans chaque région, seront amenées à donner leur avis sur les doléances remontant d'un peu partout en France.

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"L'idée, c'est de faire en sorte que les Français qui ne sont pas forcément les plus impliqués dans la vie et le débat public puissent donner leur avis sur le débat et sur les propositions", a plaidé le Premier ministre Édouard Philippe la semaine dernière en Haute-Vienne.

"Une représentation beaucoup plus diversifiée"

Pour l'universitaire Loïc Blondiaux, spécialiste de la question à Paris I, "c'est une réponse à la crise de la représentation". Le tirage au sort "assure une représentation beaucoup plus diversifiée" car "si on fait la sociologie du Parlement, il y a très peu d'ouvriers et d'employés, contrairement aux 'gilets jaunes' et aux futures assemblées du 'grand débat'", souligne le chercheur. "Les représentants ne parleront pas à la place des citoyens mais comme eux, c'est une autre voix", assure l'expert.

Jusqu'à maintenant, la participation civique par tirage au sort n'avait jamais franchi l'échelle locale en France. Après une expérimentation durant l'été pour le débat national sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, elle "accède pour la première fois à l'échelle nationale, avec une demande qui vient d'en bas", souligne Yves Sintomer.

Si des conseils citoyens et des budgets participatifs par tirage au sort existaient déjà dans nos collectivités, observe-t-il, "la seule institutionnalisation du tirage au sort, au niveau national, ce sont les jurys d'assises", hérités de la Révolution. 

De plus en plus d'adeptes

L'idée a fait son chemin ces dernières années, dans le sillage d'exemples concluants à l'étranger, par exemple au Canada dès 2004 ou plus récemment en Irlande pour le référendum sur la légalisation de l'avortement. En 2016, Emmanuel Macron lui-même suggérait que le président soit auditionné "chaque année" devant une commission de citoyens "choisi(s) par tirage au sort" afin de "rendre compte" de ses "engagements". Pour l'heure sans suite.

Candidat à la présidentielle, le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon envisageait de désigner au hasard une partie des membres de la constituante chargée d'élaborer une VIe République, à l'instar de Benoît Hamon. Désormais, certains "gilets jaunes" veulent aussi utiliser le tirage au sort, mais cette fois pour constituer une liste autonome aux élections européennes de mai 2019. L'un de leurs initiateurs, Hayk Shahinyan, propose des personnes tirées au sort "parmi tous ceux qui auront préalablement adressé leur candidature".

Ne pas saper la légitimité des élections

Quant au Conseil économique, social et environnemental (Cese), il va également tirer au sort, pour la première fois, 24 citoyens qui participeront à ses travaux sur la crise des "gilets jaunes". Une entreprise les sélectionnera via une méthode de quotas prenant en compte "la parité, la profession, l'âge et le type de territoire", assure le pilote du dispositif au Cese, Michel Chassang.

Surtout, le système devra convaincre qu'il ne sape pas le socle de la démocratie représentative et la légitimité des élections. "La démocratie participative ne s'oppose pas à la démocratie représentative. Elle la nourrit et la renforce", assurent deux promoteurs du tirage au sort, les députés Matthieu Orphelin (REM) et Bertrand Pancher (centriste).

Autre difficulté : motiver les citoyens à accepter leur désignation. "Sans garantie professionnelle ou financière, seuls 1% des appelés se mobilisent en moyenne" selon plusieurs études, souligne Yves Sintomer. 

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ÉCLAIRAGE - Certains "gilets jaunes" envisagent de recourir à la participation citoyenne par tirage au sort pour établir une liste aux élections européennes.
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2018-12-29 11:22:00
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