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Fraudes aux arrêts maladie : quand les employeurs font appel à des détectives privés pour surveiller leurs salariés

Face à la hausse des arrêts de travail jugés abusifs, de plus en plus d’employeurs font appel à des détectives privés pour vérifier la légitimité des absences de leurs salariés.

Un détective privé avec son appareil photo en main, le 20 décembre 2024 (image d'illustration).

Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Mathilde Piqué - édité par Eléonore Aparicio

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L’Assemblée nationale doit voter mercredi 1 avril le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales. Une priorité pour le gouvernement, qui espère ainsi récupérer deux milliards d’euros. Parmi les fraudes visées : les arrêts de travail abusifs, qui auraient coûté 30 millions d’euros à l’Assurance maladie en 2024.

Depuis 2019, le nombre d’arrêts de travail ne cesse d’augmenter. Selon l’assureur Axa, le taux d’absentéisme atteignait 4,8 % l’an dernier. Face à cette hausse, de plus en plus d’employeurs cherchent à vérifier la légitimité des arrêts de leurs salariés, parfois en faisant appel à des détectives privés.

À Lyon, nous avons suivi Charles-François Chazit, détective privé. Dès 7 heures du matin, il surveille le domicile d’un salarié en arrêt de travail. L'objectif est d'observer discrètement ses faits et gestes. "Je vais prendre une photo. Voilà, 8h20, sortie de la cible. Moi, je ne suis pas dans l'axe où on ne voit pas mon visage à la fenêtre. On va suivre la personne et on va essayer de déterminer son activité, les lieux où elle se rend", explique-t-il. 

L’employeur soupçonne son salarié de profiter de son arrêt pour créer sa propre entreprise et devenir un concurrent. Toute la matinée, Charles-François reste en surveillance devant le domicile, siège reculé, phares éteints et radio coupée, afin de passer inaperçu. "On dit souvent qu’il faut savoir voir sans être vu", confie-t-il.

Des demandes en hausse

La mission, facturée 2.500 euros, consiste donc à surveiller discrètement le salarié. Selon Charles-François Chazit, la traque aux faux arrêts maladie représente un tiers de son activité. Les demandes se multiplient, notamment pour des arrêts liés à des accidents du travail ou à l’inaptitude professionnelle, qui peuvent ouvrir droit à des indemnités plus élevées.

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"Il y a un gain financier, un doublement des indemnités légales. Donc ça devient une manne financière", explique le détective privé. "Ça, c'est un rapport qui a été remis hier (...) on voit la personne qui est en train de travailler sur une machine de travaux publics. Il est sur la route. On est sur un salarié qui est en accident du travail depuis deux ans, qui va rechercher l'inaptitude professionnelle".

Une pratique encore peu utilisée dans le secteur public

Les employeurs privés ne sont pas les seuls à recourir à ces méthodes : certaines collectivités font aussi appel à des détectives privés. Mais ces pratiques, jugées intrusives, sont strictement encadrées. Les détectives affirment n’intervenir que lorsque cela est nécessaire. Leurs rapports peuvent être utilisés devant la justice, mais pas par l’Assurance maladie, ce que déplore Charles-François Chazit. 

"Je trouve fortement dommageable de ne pas avoir plus de coopération entre le secteur public et le secteur privé. Ça fait des années que la profession tend à essayer de nouer des liens avec les services étatiques. On nous a fermé la porte", raconte-t-il. 

L'Assurance maladie assure de son côté qu'un rapport de détective privé peut permettre de déclencher une enquête au sein de ces services. 

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