4 min de lecture Sexisme

Entreprenariat : les réseaux non-mixtes, une solution contre les inégalités femmes-hommes ?

DÉCRYPTAGE - Dans un rapport publié mardi 27 octobre, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) fait une série de recommandations pour pallier les inégalités de genre qui règnent dans le domaine de l'entreprenariat. Parmi elles : le renforcement des réseaux féminins.

Les réunions en non-mixité et les réseaux de femmes font partie des solutions pour favoriser l'égalité dans l'entreprenariat.
Les réunions en non-mixité et les réseaux de femmes font partie des solutions pour favoriser l'égalité dans l'entreprenariat. Crédit : Unsplash/LinkedIn Sales Navigator
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Inégalités", "stéréotypes" : l'entreprenariat n'échappe pas aux "problématiques de sexisme qui traversent notre société". C'est la conclusion d'un rapport publié mardi 27 octobre par le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Dans ce document d'une petite centaine de pages, l'institution documente les inégalités femmes-hommes qui règnent dans le milieu entrepreneurial et fait une série de recommandations pour y remédier. Parmi elles : les réseaux et associations dédiées spécifiquement aux femmes.

Pour appuyer son analyse, le Cese cite notamment les données du collectif Sista, à l'origine d'un baromètre en partenariat avec le Boston Consulting Group. Selon une étude publiée l'année dernière, seules 5,4% des start-ups créées depuis 2008 l'ont été par des équipes exclusivement féminines et 10% par une équipe comprenant à la fois des femmes et des hommes.

Pour faire face à ces inégalités, les réseaux féminins se sont constitués pour aider les femmes à se faire leur place dans le monde de l'entreprenariat. En 2018, RTL.fr rencontrait par exemple Isabelle Mas et Hera Hussain, toutes deux fondatrices de réseaux promouvant l'entreprenariat au féminin. Il s'agit d'un "espace sécurisé où tout le monde peut être soi-même et contribuer à aider les autres, personne n'est mis sur un piédestal", expliquait alors Hera Hussain à propos de Chayn, le réseau qu'elle porte bénévolement. Isabelle Mas décrivait elle le sexisme ordinaire qui l'avait poussée à s'engager au sein du réseau Femmes Business Angels (FBA).

La non-mixité "une étape essentielle"

Ce sont ces structures que le CESE salue dans son rapport. "Il y a un réel besoin d'entraide et de soutien spécifique pour les femmes et donc un besoin pour des espaces non-mixtes", explique Eva Escandon, rapporteure de l'étude du Cese et elle-même cheffe d'entreprise, auprès de RTL.fr. "Les femmes ont besoin de se retrouver entre elles, c'est une façon de se retrouver entre pairs et d'échanger plus librement."

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Au-delà de ce soutien moral que peuvent constituer les réseaux féminins, les témoignages que la Délégation au droits des femmes du Cese a recueilli les montrent comme véritables "tremplins". "Les réseaux non-mixtes ont comme premier effet de donner aux femmes un accès à d'autres réseaux, qui eux, sont mixtes", résume Eva Escandon. En clair, en participant à un réseau féminin, une femme aura davantage l'opportunité et le soutien dont elle a besoin pour se présenter dans les milieux majoritairement masculins. Ainsi, le Cese souligne que la non-mixité est "une étape essentielle" pour atteindre l'égalité dans l'entreprenariat. "Mais ce n'est pas une fin en soi", insiste Eva Escandon, qui fût anciennement à la tête de la Fédération des Femmes cheffes d'entreprises (FCE).

Plusieurs études montrent d'ailleurs que la diversité et la mixité à la tête des entreprises favorise leur performance. Selon un rapport du cabinet américain McKinsey en 2015, les entreprises dont l'équipe dirigeante est mixte, ont ainsi 15% de plus de chances de réussir. Dès lors l'objectif des réseaux féminins est d'encourager les femmes à se lancer, et non pas de maintenir l'entre-soi. "Si cela peut permettre aux femmes de prendre confiance en elles, d’acquérir les compétences et d'être soutenues par des pairs, c'est une bonne chose", analyse Eva Escandon, tout en reconnaissant que certaines femmes n'en ressentent pas le besoin. 

"Que tout le monde soit entrepreneur ce n'est pas le sujet, insiste-t-elle. L'objectif c'est que les femmes aient le choix et la possibilité de le devenir." Pour cela, le Cese préconise de soutenir financièrement et de communiquer davantage au sujet de ces réseaux d'accompagnement féminins. Le tout, sans tomber dans ce que l'étude décrit comme du "saupoudrage", c'est-à-dire, "se limiter à des mesures d'affichage".

C'est l’écosystème tout entier qui doit être bousculé pour que les femmes y aient leur place toute entière

Eva Escandon, cheffe d'entreprise
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Pour autant, les réseaux féminins sont loin d'être l'unique solution. "C’est l’écosystème tout entier qui doit être bousculé pour que les femmes y aient leur place toute entière", résume Eva Escandon. Pour cela, le Cese insiste aussi sur la nécessité de changer les pratiques en profondeur. 

D'abord par la formation des acteurs et actrices de l'entreprenariat, comme les financeurs qui, selon le baromètre Sista x Boston Consulting Group, sont imprégnés des stéréotypes sexistes de la société. "À projet égal, CV égal et pitch égal, les investisseurs homme et femme préféreront un projet porté par un homme", expliquait Valentine de Lasteyrie du collectif Sista à RTL.fr l'année dernière. "Il est fondamental que ces personnes soient sensibilisées aux biais de genre qui nous concernent toutes et tous", insiste aujourd'hui Eva Escandon. 

Contraindre les entreprises

De manière plus directe, le Cese recommande aussi d'appliquer des principes d'égaconditionnalité (attribuer les financements publics aux organisations en fonction de leur respect des principes d'égalité femmes-hommes) et de parité. "Tout est complémentaire", explique Eva Escandon. La parité est contraignante à la tête des entreprises grâce à la loi Copé-Zimmermann de 2011 : depuis le 1er janvier 2020, ce sont d'ailleurs toutes les structures cotées en bourse et de plus de 250 salariés qui sont concernées par le quotas de 40% dans les conseil d'administration.

Aujourd'hui, le Cese plaide pour l'instauration d'une parité similaire dans les instances représentatives des entrepreneurs (comme les chambres de commerce ou les syndicats). Celle-ci s'élèverait à 30%, ce qui équivaut à la part de femmes cheffes d'entreprise en France. Un seuil qui pourrait progressivement être relevé ou modifié en fonction du secteur d'activité.

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