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Comment le monde des start-ups exclut les femmes de l'entrepreneuriat

INTERVIEWS - Selon une étude du collectif SISTA et du Boston Consulting Group, seulement 5% des start-ups françaises sont composées d'une équipe dirigeante exclusivement féminine.

Seulement 5% des start-ups françaises sont composées d'une équipe dirigeante exclusivement féminine.
Seulement 5% des start-ups françaises sont composées d'une équipe dirigeante exclusivement féminine. Crédit : Unsplash/Andrew Neel
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"En tant que femme dans l'entrepreneuriat, ce que l'on ressent au quotidien est insupportable". Valentine de Lasteyrie est membre du collectif Sista pour plus de mixité dans le numérique. L'organisation a publié mardi 10 septembre une étude en collaboration avec le Boston Consulting Group (BCG) selon laquelle, si la France poursuit sur la même lancée, la parité dans le domaine de entrepreneuriat ne sera atteinte qu'en 2090.

Selon les données recueillies, seulement 5% des start-ups françaises sont dirigées par des équipes exclusivement féminines, et les projets portés par des femmes ont 30% moins de chance d'être financés, comparés à ceux montés par des hommes.

Dès lors, les femmes ont tendance à s'associer avec leurs homologues masculins : 61% des femmes s'allient à des hommes, alors que seulement 9% des hommes fondent une entreprise avec une femme. "Pour les femmes, dans l'entrepreneuriat, la mixité est une condition de survie", résume Valentine de Lasteyrie.

Pour les femmes, dans l'entrepreneuriat, la mixité est une condition de survie

Valentine de Lasteyrie, membre du collectif Sista
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Des difficultés qui n'ont aucune raison rationnelle. Selon une étude menée par le cabinet américain McKinsey en 2015, les entreprises dont l'équipe dirigeante est mixte, ont 15% de plus de chances de réussir. Un nombre qui atteint 35% pour ce qui est de la diversité raciale et ethnique. "L'absence de mixité dans l’entrepreneuriat fait perdre de l’argent", résume Jessica Apotheker du Boston Consulting group.

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En France, Valentine de Lasteyrie cite l'exemple de start-ups telles que Frichti ou Food Chéri, deux entreprises de restauration à la demande qui ont très bien réussi. Toutes deux ont été fondées par des équipes composées d'un homme et d'une femme.

À projet égal et CV égal, les investisseurs préféreront un projet porté par un homme

Valentine de Lasteyrie, membre du collectif Sista
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Mettre en perspective ces exemples avec le baromètre développé par Sista et le BCG permet d'illustrer l'expérience difficile des femmes qui entreprennent. "On ne peut parler que d’un problème que l'on peut mesurer", explique Valentine de Lasteyrie, qui évolue dans ce milieu depuis une dizaine d'années. "À projet égal, CV égal et pitch égal, les investisseurs homme et femme préféreront un projet porté par un homme", témoigne-t-elle.

Pour la majorité, ces choix des investisseurs ne sont pas volontaires, mais nourris par des "biais inconscients" que l'on retrouve dans d'autres domaines de la société. "Nous avons un conditionnement social, nous ne percevons pas une femme de la même manière que nous percevons un homme qui s'adresse à nous".

Et dans l'entrepreneuriat, cela a une incidence sur le financement de certains projets (souvent portés par des hommes), au détriment d'autres (souvent portés par des femmes ou des équipes mixtes).

Une charte de "bonnes pratiques"

Face à ce monde de l'entrepreneuriat "qui n'accueille pas les femmes", encourager les jeunes filles à s'orienter vers les métiers du numérique ne suffit pas. "La question du vivier est un facteur explicatif mais c’est loin d’être le seul", insiste Valentine de Lasteyrie. "Il faut travailler sur la responsabilité du collectif et ne pas en faire qu'un problème de femmes".

Partant de ce postulat, 35 entreprises ont signé un manifeste pour plus de parité dans la tech lors de l'édition 2019 du salon Viva Technology. Dans la même lignée, le collectif Sista a rédigé une charte en partenariat avec le Conseil national du numérique, qu'une trentaine de fonds d'investissement et de grandes entreprises se sont déjà engagés à signer dans les prochaines semaines.

L'objectif : proposer une boîte à outil de bonnes pratiques "en matière de recrutement et d'investissement". "On peut commencer par demander aux investisseurs de compter le nombre de projets portés par des femmes qu'ils financent", indique par exemple Valentine de Lasteyrie. Et pour mesurer l'impact de ces engagements, le Boston Consulting Group prévoit de publier un baromètre similaire l'année prochaine.

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