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Guide de survie pour répondre au sexisme ordinaire

En famille, entre amis, au restaurant ou dans les lieux publics, le sexisme ordinaire frappe souvent sans prévenir et sans qu'on sache réagir. Voici un petit guide pour répondre aux remarques déplacées.

De nombreuses voix commencent à s'élever sur Internet pour dénoncer le sexisme ordinaire
De nombreuses voix commencent à s'élever sur Internet pour dénoncer le sexisme ordinaire Crédit : iStock
Manon Bricard
Manon Bricard
Journaliste

Un serveur qui sans réfléchir donne la pinte à monsieur, les railleries quand un homme adopte une attitude "trop féminine", les réflexions déplacées d'un supérieur : le sexisme ordinaire frappe souvent au moment où l'on s'y attend le moins. Il est surtout difficile à identifier : les femmes peuvent en être coupables, les hommes en faire également les frais. Il ne laisse pourtant pas indifférent : de nombreux sites, comme viedemeuf ou les Paye ta... dénoncent ces attitudes qui laissent souvent sans voix.

Sous le choc ou la surprise, on soupire, on lance un regard réprobateur ou on se mure dans le silence. Souvent parce qu'on ne sait tout simplement pas comment répondre : "Il faut d'abord analyser la situation" explique Brigitte Grésy, spécialiste sur les questions de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, "puis, il faut regarder le contexte et se demander si on est en capacité de répondre, ça dépend également de la personnalité de chacun".

En général, l'experte préconise l'usage du "je" qui "permet de casser l'agressivité", plutôt que d'attaquer son interlocuteur. Ce dernier ne se rend souvent même pas compte de la portée sexiste de son intervention. Un simple "je suis mal à l'aise avec cette remarque et voici pourquoi" peut faire l'affaire. Girls vous propose tout de même un guide de survie non exhaustif de réponses à dégainer face au sexisme ordinaire.

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En famille ou entre amis

Les (trop nombreuses) blagues sexistes. "Comment rendre une femme heureuse", "Où se trouve le point G chez une femme",… Vous savez que quand une blague commence comme ça, ça va mal se finir : les femmes sont associées au shopping, les hommes à la bière et aux matchs de football.

La réponse : Un simple "Je n’ai pas compris la blague" permet de désamorcer sans agressivité cet humour inapproprié, votre interlocuteur pouvant se rendre compte de la portée de sa "blague", si ce n'était pas déjà fait.

"C’est un truc de femme". Combien d'hommes, qui osent commander un cocktail sucré ou jouer de certains instruments de musique par exemple, ont pu entendre cette remarque ? Il est définitivement temps de mettre fin à ces réflexions, qui perpétuent les clichés de genre.
La réponse : "Qu'est-ce que c'est, une qualité féminine ?" et retourner la chose en faisant remarquer que lui/elle aussi, suit certains standards dits "féminins". Cela permet d'amorcer le débat de manière posée, et qui sait, de faire réfléchir.

"T’as tes règles ou quoi ?" On ne peut plus être de mauvaise humeur sans que ça soit mis sur le compte des sautes d’humeur mensuelles et menstruelles. Un moyen sournois d’être renvoyé une nouvelle fois à sa condition de femme et d’être totalement rabaissé.

La réponse : "Te servir de mes hormones pour couper la conversation ne va pas arranger les choses, bien au contraire" avant de retourner à votre sujet d’agacement principal. Ou lui répondre avec humour : "Et toi, l'andropause, c'est pour quand" ?

Au travail

Il est beaucoup plus difficile de réagir au sexisme dans le cadre du travail. Pourtant, les réflexions sexistes sont légion dans le milieu professionnel : que ça soit des collègues qui ne vous écoutent pas ou décident de s'adresser uniquement à vos collègues masculins en passant par les réflexions sur la tenue ou les tentatives de séduction inappropriées. Alors stagiaire, Clotilde* en a fait plusieurs fois les frais : du "je pourrais te coacher moi tu sais" inapproprié au "les stagiaires, ce n'est bon qu'à passer sous le bureau".

Brigitte Grésy en cite également dans son ouvrage, Petit traité contre le sexisme ordinaire. Pourtant, elle note qu'il faut faire preuve de finesse et bien garder en tête le contexte, surtout si la réflexion vient d'un supérieur hiérarchique.

"Le coût de la dénonciation du sexisme au travail est souvent plus lourd que celui du silence". La spécialiste conseille ainsi d'attendre une nuit afin de bien formaliser ce qui s'est passé, de parler à des personnes de confiance, puis "ne pas laisser passer". Une fois que tout est clair dans son esprit, il faut ensuite exposer clairement son mécontentement, toujours avec le "je", face à la personne qui s'est laissée aller à la réflexion. "Il faut essayer de retourner les choses mais ne pas faire en sorte que ça se retourne contre nous", ajoute-t-elle.

Au restaurant

Galanterie déplacée et idées préconçues du service obligent, le restaurant peut être un lieu où se complaît le sexisme ordinaire. L'addition est généralement tendue à la gent masculine, suggérant qu’il est tout naturel que Monsieur paie pour la femme qui l’accompagne.
La réponse : si vous êtes l’homme dans la situation, un petit "pourquoi madame ne pourrait pas payer ?" peut être suffisant. Si au contraire vous êtes la femme dans l’histoire, vous pouvez répondre : "On est en 2017, je travaille et j’ai un compte en banque, je peux payer mon repas." Le tout avec un petit sourire entendu.

Idem au moment de servir les plats : Marie s'offusque lorsque machinalement, on tend le pastis commandé à son camarade masculin. Une mauvaise habitude qu'a également remarquée Léon* : on va naturellement lui servir le plat avec la viande, et les légumes à sa partenaire. De même, bien souvent, on tendra la carte des vins aux hommes.
La réponse : Un échange de plat avec un gros soupir peut être très efficace, on peut également répondre de manière forte et assumée que le serveur s'est trompé. "Il faut jouer avec la voix et la posture contre le sexisme", détaille Brigitte Grésy.

Dans les lieux publics

"Laissez-moi porter votre sac" : les personnes ayant l’habitude de porter des choses lourdes l’ont entendu à de (trop) nombreuses reprises. Cette réflexion, qui pourrait passer pour du civisme, devient particulièrement inconvenante lorsqu'elle devient un prétexte pour séduire.
La réponse : "M’auriez-vous fait la même proposition si j'avais été un homme ?" Simple, mais efficace. Généralement, le "si j'avais été un homme" est votre sauveur. Vous pouvez également répondre "J'ai pris un sac à la hauteur de mes muscles, merci". Si vous jugez cependant que la situation est trop dangereuse pour vous, mieux vaut tracer son chemin.

"Le chanceux, il est bien entouré." Léon* a l’habitude de sortir avec plus de filles que de garçons. Des inconnus lui font régulièrement des réflexions sur sa compagnie, rappelant sans cesse que ses amies sont toutes pour lui, les réduisant à des conquêtes.
La réponse : "Non, ce ne sont pas des objets". 

* Les prénoms ont été modifiés.

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2017-09-30 07:30:00
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