2 min de lecture Société

Embler, émoudre, chaloir : des verbes qui tiennent au français… par un fil

Une langue vivante évolue, certains mots apparaissent, d’autres disparaissent, d’autres encore sont en voie de disparition… mais il nous en reste quelques précieuses traces, que dévoile Muriel Gilbert.

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Embler, émoudre, chaloir : des verbes qui tiennent au français... par un fil Crédit Image : Karen BLEIER / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par William Vuillez

Ce samedi 30 janvier, amis des mots, nous allons évoquer des mots bien particuliers. L’autre jour, dans un article du Monde, où comme vous le savez peut-être, je suis payée pour corriger les fantaisies orthographiques des journalistes, je suis tombée sur la phrase : "Les gestes-barrières demeurent essentiels, comme les médecins le répètent à l’envie". Si je vous en parle, c’est que le rédacteur avait écrit "envie" au féminin, avec un E, comme l’envie qui est synonyme de souhait ou de désir.

Alors que "à l’envi", s’écrit sans E final : c’est un nom masculin, qui ne s’emploie plus en français moderne que dans la locution (l’ensemble de mots) "à l’envi", qui veut dire "à qui mieux mieux". Ça m’a donné… envie (avec un E !) de vous parler aujourd’hui de tous ces mots qui ne tiennent plus que par un fil à la langue française, et qui restent dans nos dictionnaires grâce à une expression unique.

Et c’est le cas de cet envi. Il vient d’un très vieux verbe français, envier, frère jumeau de l’envier que nous connaissons. Le premier envier vient du latin classique invitare, "inviter à, provoquer", tandis que le deuxième vient d’invidia, "jalousie", et c’est sans doute la confusion entre les deux verbes qui a conduit à la disparition de celui qui était le moins employé.

Des centaines d'autres exemples

Naturellement, il y a des centaines d’autres verbes, comme ça, qui ont disparu. Une langue vivante est une langue qui évolue : chaque année apparaissent des mots nouveaux, mais aussi des dizaines de mots disparaissent, tout simplement parce que nous ne les utilisons plus. Mais parfois, comme pour "à l’envi", la langue moderne en a conservé quelques discrets vestiges. J’en ai trouvé d’autres exemples dans le livre de Françoise Nore dont je vous parlais la semaine passée, Vous avez dit bizarre, aux éditions de l’Opportun.

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Tenez, connaissez-vous le verbe "émoudre" ? On dirait que je viens de l’inventer pour marquer des points au Scrabble, non ? Eh bien, c’est tout le contraire, il est très vieux, il signifiait "aiguiser", et il a quasiment disparu dans ce sens. D’ailleurs, s’il est encore dans Le Petit Robert, il n’est plus dans le Larousse. En revanche, nous connaissons tous son participe passé, "émoulu", grâce à l’expression "frais émoulu", employée pour parler d’une personne récemment sortie d’une école : "Frais émoulu de l’école de journalisme, le jeune Stéphane fut recruté par RTL".

"Embler" ou encore "chaloir"

Tenez, une autre devinette : que peut bien signifier selon vous le verbe "embler" ? Langue au chat ? C’est "dérober". Il a été remplacé dans l’usage courant par "voler". Il nous en reste un nom : "emblée", qui ne survit que dans la locution "d’emblée", qui veut dire "tout de suite, immédiatement".

Allez, un dernier petit disparu ? J’ai envie de vous parler du joli verbe "chaloir", dont le sens était "avoir de l’importance". Lui aussi s’est éclipsé de notre langue, où il n’existe plus qu’à la troisième personne du singulier, dans l’expression "peu me chaut" (avec un T, pas un D !), une façon ultrachic de dire "ça m’est égal". Imaginez qu’on la remette à la mode : une cour de récré où, à la place de "j’m’en balek", on s’enverrait du "peu me chaut", ça aurait une certaine allure, non ?

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