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Coronavirus : une cellule psychologique pour soulager la détresse des petits patrons

RTL a choisi de vous faire entendre la détresse de petits patrons touchés par la crise économique, qui contactent l'association Apesa pour demander un soutien psychologique.

Yves Calvi_ 3 Minutes pour Comprendre La rédaction de RTL iTunes RSS
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Crise sanitaire : une cellule psychologique pour soulager la détresse des petits patrons Crédit Image : Thinkstock | Crédit Média : RTL | Date :
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Nicolas Burnens
édité par Gaétan Trillat

Il y a près de 4 millions de petites et moyennes entreprises dans notre pays et certaines sont aujourd'hui dans une situation financière très difficile. Un dispositif gratuit, mis en place par l’association Apesa, offre un soutien psychologique à ces chefs d'entreprise en détresse. Un numéro vert a même été ouvert à la demande du gouvernement, accessible, 7 jours sur 7 : le 0805 65 50 50

Ce matin-là, les appels aboutissent au cabinet de Céline Lucas, la psychologue de permanence, installée en région parisienne. Elle effectue deux sessions d’écoute par semaine. Au bout du fil, un chef d'entreprise, à bout, désespéré. Les aides promises par le gouvernement tardent à arriver. "En ce moment, c'est difficile, ce que je fais c'est impossible. Ils me font attendre… Je dors deux ou trois heures par nuit, je suis un peu perdu." Le débit est rapide, saccadé. 

Le travail de la psychologue est d'abord de l'écouter, de le rassurer. "J'ai senti qu'il était dépassé et déboussolé. La personne craque. Même s’il n’y a pas tout de suite de solution, ça fait du bien d’être écouté, les choses pour lui vont avancer", assure-t-elle. Cet entrepreneur sera rappelé dans l'heure, par un autre professionnel, qui lui proposera trois consultations gratuites.

"Envie d'en finir"

Parmi les interlocuteurs, il y a des restaurateurs, des hôteliers, des patrons de bars ou de discothèques. Un tiers de ces appels font l'objet d'une prise en charge psychologique. "Il faut que l'on arrive à déceler dans les paroles les messages implicites. C’est le moment où l’on se dit ‘s’il n’avait pas appelé, les choses se seraient peut-être passées dramatiquement. Ils sont dans l'impossibilité totale de se projeter", raconte Céline Lucas.

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Depuis le début de la crise sanitaire, plus de 1.500 chefs d'entreprise ont appelé le numéro vert. Parmi ces entrepreneurs en souffrance qui ont composé ce numéro, il y a Christophe. Ce patron de 41 ans ne compte plus les nuits blanches pour tenter de sauver son entreprise de travaux publics dans l’Essonne. Il emploie une trentaine de salariés et a perdu un tiers de son chiffre d'affaires. Il y a quelques mois, cet ingénieur de formation a fini par craquer. "J’étais avec un client sur une négociation importante pour un chantier, le rendez-vous ne s’est pas bien passé. Dans ma voiture, je me suis effondré", se souvient-il. 

Acculé par les difficultés financières, Christophe est obligé de contracter un prêt garanti par l'État. Ce papa de deux enfants, perd goût à la vie, se sépare de sa femme. Il tombe dans une profonde dépression. "Votre esprit est incapable d’être logique : crises d’angoisse, peurs, l’envie d’en finir… J’ai eu envie de prendre la voiture et de rouler comme un couillon, j’ai eu des idées sur le gaz, des trucs comme ça. Mes filles m’ont fait tenir", confie l’entrepreneur.

"Pas l'habitude de demander de l'aide"

Isolé, au pied du mur, il s'accroche et s'en sort, peu à peu, grâce à l'aide d'un psychologue. "Ce qui m'a fait du bien, c'est de parler à quelqu'un qui ne me connaissait pas, avoir une écoute neutre. (...) J’ai été clair avec les salariés : on vit pour maintenir le travail de tout le monde, si ça ne marche pas, on fera autre chose." Aujourd'hui, Christophe va un peu mieux, prend toujours des médicaments. Mais le plus dur reste à venir : ces prochains mois seront déterminants pour éviter la liquidation judiciaire.

Alors qu'une hausse des défaillances se profile, le dispositif Apesa a vu ses prises en charge augmenter de 50% depuis le début de la crise sanitaire. Ce chiffre témoigne de la dureté de la crise et de l'importance de ce dispositif. Les chefs d'entreprise se retrouvent souvent seuls pour affronter les difficultés. "Ce qui caractérise les entrepreneurs, c’est l’indépendance. Ils n'ont pas l'habitude de demander de l’aide. On réussit à créer des réseaux de solidarité pour éviter cette souffrance que constitue la destruction lente de leur entreprise", explique Marc Binnié, le co-fondateur d'Apesa et greffier au tribunal de commerce de Saintes (17).

Depuis 2013, l'association a donc passé des conventions avec les principaux tribunaux de commerce de France. Ils forment des greffiers, des mandataires judiciaires, des juges, pour repérer les signaux d'alerte de détresse, chez les chefs d'entreprise, afin de leur venir en aide.

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