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Loi Alimentation : "LÉtat s'est complètement planté" selon Michel-Édouard Leclerc

Bercy réclame plus de 200 millions d'euros à E.Leclerc pour des pratiques abusives à l'encontre de ses fournisseurs. Pour le dirigeant du groupe, "on est dans le dévoiement complet de la politique."

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Loi Alimentation : "l'État s'est complètement planté" selon Michel-Édouard Leclerc Crédit Image : RTL | Crédit Média : RTL | Date :
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Jérôme Florin
Jérôme Florin édité par Paul Turban

Le bras de fer entre l'État et le premier distributeur français ne semble pas prêt de se terminer. Le ministère des Finances réclame à E.Leclerc plus de 200 millions d'euros pour des négociations musclées présumées illégales du groupe avec ses fournisseurs. Il n'est en est rien pour Michel-Édouard Leclerc, qui a annoncé sur RTL qu'il "n'est pas question" pour le groupe "de lâcher cette pression." 
"Les centres E.Leclerc vont continuer à essayer de vendre moins cher", a expliqué Michel-Édouard Leclerc. "C'est assez curieux, nous sommes dans une période où le politique demande de relever les prix. Je comprends que la déflation soit un problème pour les entreprises, le fait qu'il n'y ait pas de perspectives d'augmentation du chiffre d'affaires. Mais enfin, pour nos salariés dont les salaires ont été désindexés et dont les retraites viennent seulement d'être ré-indexées, l'inflation, même artificielle, reste une ponction sur le pouvoir d'achat."

"L'enjeu du dialogue musclé entre E.Leclerc et l'État est le niveau des prix, a encore abondé le dirigeant du groupe E.Leclerc. Nous sommes dans une situation où l'État s'est complètement planté. Le gouvernement a obligé les distributeurs à faire augmenter les prix jusqu'à 10 %, des prix de consommation courante. Nous avons dit que c'était une connerie. Ils ont répondu que cela permettrait de payer plus cher les agriculteurs."

"Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il n'y a pas eu du tout d'impact. Maintenant, je ne sais pas pourquoi le gouvernement s'obstine", s'est interrogé l'invité de RTL. "Il nous oblige à vendre plus cher l'Évian, le Nescafé, le Coca-Cola, etc. qui n'ont rien à voir avec la rémunération de nos agriculteurs. Nous allons nous battre. Nous allons nous battre d'abord en saisissant la Cour de justice de l'Union européenne de cette action intempestive du gouvernement. Nous nous croyons fondés à vouloir continuer de vendre moins cher dans la légalité bien sûr."

"On n'est pas obligé de faire le 'kéké'"

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Concernant les négociations d'E.Leclerc, parfaitement légale selon son dirigeant, "il y a une répartition très simple : les fournisseurs internationaux à l'international, les fournisseurs nationaux au niveau national et les fournisseurs locaux et régionaux au niveau local." 

"On n'est pas tous Trump, Poutine contre la France, on n'est pas obligé de faire le kéké. Mais c'est un métier où quand on essaye le moins cher, l'autre en face veut vous refourguer sa camelote plus cher. Sans être un jeu de poker, c'est vrai que les codes ne sont pas les mêmes que la Fonction publique. Parfois il y a des contreparties, parfois le fournisseur est plus cher et on ne le prend pas. Cela nous vous choque pas quand même ?"

S'attaquant aux fournisseurs, Michel-Édouard a déclaré : "On n'est pas dans un monde de 'Bisounours'. Le 12 janvier en Espagne, Danone, Nestlé et Lactalis ont été condamnés pour s'être entendus sur le prix des produits laitiers. En 2018, il y a une enquête de l'Autorité de la concurrence sur le cartel du jambon. Le cartel de l'hygiène et des produits d'entretien, 13 industriels qui opèrent en France, a été condamné à 345 millions. Le cartel du porc, le cartel des lessives, etc."

À qui profite l'action ?

Le premier distributeur français s'est aussi interrogé sur les motivations du gouvernement avec cette amende. "Le gouvernement nous fait procès. Non seulement il ne fait pas cela pour des PME ou des petites entreprises, il soutient Ricard, il soutient Coca-Cola, il soutient Danone. En quoi sommes-nous le gros contre le faible ? E.Leclerc doit représenter 1 % du chiffre d'affaires de Nestlé, et voilà une ministre du Commerce sortie d'ailleurs qui vient nous dire "je soutiens ce fournisseur contre E.Leclerc" comme si ce fournisseur n'avait pas les moyens de saisir les tribunaux s'il y avait un problème."

"Si on fait des bêtises, c'est normal qu'on soit sanctionné, a encore expliqué Michel-Édouard Leclerc. Mais que pendant une audition parlementaire, qui n'est pas une procédure judiciaire, un ministre lance une assignation contre cinq sociétés de E.Leclerc et dise "c'est pour l'exemple", on est dans le dévoiement complet de la politique. Ce dont on parle, ce sont les coups de menton, les auditions à l'Assemblée nationale où on nous a dit "C'est fini le prix bas, il faut que E.Leclerc s'en rende compte."  

"C'est une bataille qui est bête"

"C'est incroyable qu'à l'heure où le président de la République et le Premier ministre se sont décarcassés pour trouver 11 milliards pour augmenter le pouvoir d'achat, il y a encore des députés qui vous disent que le prix bas, c'est fini. Ils vivent hors-sol, ils ne font pas leur course", a-t-il encore ajouté.  

"C'est une bataille qui est bête, pour Michel-Édouard Leclerc, car je crois qu'aujourd'hui il faut fédérer les corporations, parce que tout le monde est atteint par le révolution numérique et la mutation de la consommation, et je pense que les agriculteurs comme les consommateurs ont besoin de pouvoirs publics qui fédèrent les entrepreneurs pour le bien des Français. 

"Je ne connais pas la ministre du Commerce"

Michel-Édouard Leclerc n'a pas été tendre avec Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, qui avait déclaré sur RTL qu'"il est totalement illégal de demander à un fournisseur de baisser ses prix sans contrepartie." "Je ne connaissais pas cette ministre. Il parait que c'est ma ministre, ma ministre du Commerce, il paraît que je suis le premier distributeur français, et je n'ai jamais rencontré la ministre du Commerce ou plus exactement, elle n'est jamais venue vers nous", selon le dirigeant de E.Leclerc. 

"C'est intéressant car cela vous montre quelque chose qui n'est pas normal dans la politique française, a expliqué Michel-Édouard Leclerc. Si cette dame est la ministre du Commerce, on pourrait imaginer que dans ce nouveau monde, avec cette nouvelle majorité, on s’assoit autour d'une table pour discuter, qualifier les choses, et appeler le médiateur si besoin."

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2019-07-30 11:58:00
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