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Coronavirus : "On s'investit corps et âme, mais ça ne marche pas toujours", confie une infirmière

DOCUMENT RTL - Dans l'un des établissements du Grand Hôpital de l'Est Francilien, dans le service des réanimations entièrement consacré aux patients Covid, les soignants poursuivent le combat.

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Coronavirus : "On s'investit corps et âme, mais ça ne marche pas toujours", confie une infirmière Crédit Image : ABDELHAK SENNA / AFP | Crédit Média : Nicolas Burnens | Durée : | Date : La page de l'émission
Micro RTL (illustration)
Nicolas Burnens et Capucine Trollion

Malgré un certain nombre de signes encourageants, le rythme des décès liés au coronavirus ne ralentit pas en France. La situation reste préoccupante dans les hôpitaux français, particulièrement en Île-de-France.

RTL s'est rendu en Seine-et-Marne à Jossigny, dans l'un des établissements du Grand Hôpital de l'Est Francilien, dans le service des réanimations entièrement consacré aux patients Covid. Le docteur Jonathan Zarka est le chef du service de réanimation. "Nous sommes à l'entrée de la réanimation, par où les patients arrivent lorsqu'ils sont admis pour des défaillances d'organes qui nécessitent nos soins", explique-t-il.

Ce n'est qu'une succession de chambres et de moniteurs. À travers les vitres, on voit les patients dévêtus, plongés dans le coma, intubés. La vie d'une patiente de 60 ans dépend d'un respirateur artificiel. "On met les patients sur le ventre ni plus, ni moins. Cela permet de drainer les sécrétions bronchites qui sont un obstacle à notre ventilation mécanique et aussi d'optimiser l'apport en oxygène de ces malades", poursuit Jonathan Zarka. 

On peut voir la fatigue sur le visage des soignants

Les 48 lits de cette unité sont tous occupés, et pour la première fois depuis longtemps, aucun nouveau malade n'est arrivé ces dernières heures. "On a une légère impression, mais ce n'est encore qu'une impression, d'accalmie", explique le médecin. Après le chaos et la mort omniprésente, on peut lire la fatigue sur le visage des soignants. Lucie, infirmière depuis 4 ans, s’étonne d’être encore debout : "La plupart, ce sont des gens qui n'ont pas d'antécédents, qui sont relativement jeunes. Très rapidement ils se dégradent au niveau respiratoire, on est obligé de les intuber, de les endormir. Et c'est ça qui est pesant (...) On s'investit corps et âme, mais ça ne marche pas toujours malheureusement". Pour tenir le coup, continuer à faire bloc, la jeune femme préfère ne pas parler des morts mais des vivants : dix malades ont été extubés, une quinzaine de patients ont même quitté le service depuis le début de la crise.

Un manque de matériel de plus en plus important

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Mais face au coronavirus, le personnel médical sait que le combat est loin d’être terminé et il commence à manquer de matériel. Dans un ballet incessant, les aides-soignantes, comme Valérie, passent d’une chambre à l’autre, pour vérifier le pouls, la tension, les branchements, changer les pansements. "Je garde la même tenue qui est déchirée sous les bras parce que je n'ai pas le choix. Il n'y en a plus. C'est soit je me protège et du coup je garde la même tenue, soit je n'ai plus de tenue et donc je ne me protège pas".

Une fois équipée, elle appuie sur un bouton et la porte s’ouvre quelques secondes. Sur son lit, cette femme est sortie du coma il y a quelques heures.  Elle cligne des yeux, mais ne parle pas. "Chaque petit bonheur il va falloir le prendre autour de cette catastrophe, on va essayer en tout cas", poursuit Valérie.

Ne pas oublier le combat des soignants

Pour éviter la pénurie de médicaments, la morphine utilisée en grande quantité, est parfois, remplacée par des produits de substitution. Pour le docteur Jonathan Zarka, il ne faudra pas oublier le combat des soignants. "Aujourd'hui on a une effervescence globale de l'opinion publique auprès des soignants (...) les métiers indispensables au maintien de la vie 'normale' (...) Je reste persuadé que notre travail a plus que jamais une utilité ou est-ce qu'on nous aime parce qu'on a besoin de nous et est-ce qu'on nous oubliera quand ça sera moins le cas ?", se demande-t-il.

La situation reste très tendue dans l’hôpital avec un espoir : le flux des patients a diminué ces derniers jours. Il y a encore une semaine, au rez-de-chaussée de l’hôpital, des dizaines de malades se trouvaient sur des brancards, parfois dans des états désespérés. On a compté ici, jusqu’à 140 passages par jour, la moitié aujourd’hui. "On sent depuis quelques jours, une diminution du flux vers les urgences. Ce n'est pas le cas, des services d'hospitalisation, mais on reste prudents, on garde les mêmes organisations et les mêmes effectifs. Parce que je pense qu'il faudrait que nos concitoyens comprennent vraiment que c'est le confinement qui a permis jusque-là de diminuer un peu la pression sur les hôpitaux", confie le docteur Omar Belkhodja, qui dirige le service des urgences.

Sur le parking de l’hôpital, à l’abri des regards, difficile de ne pas remarquer ce camion frigorifique, qui rappelle, cruellement, que cette crise est loin d’être terminée.

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