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Bien-être : soigner la dépression en régulant le microbiote intestinal

Selon des recherches scientifiques, la dépression serait liée à un dysfonctionnement du microbiote intestinal.

Drug capsules are seen on the production line at the plant of French multinational pharmaceutical company "Pierre Fabre", in Gien on March 21, 2018.
Drug capsules are seen on the production line at the plant of French multinational pharmaceutical company "Pierre Fabre", in Gien on March 21, 2018.
Crédit : GERARD JULIEN / AFP
Bien-être : soigner la dépression en régulant le microbiote intestinal
03:28
La Revue de Presse du 25 janvier 2021
03:28
Isabelle Choquet - édité par Camille Guesdon

La dépression, ce n'est pas que dans la tête. C'est aussi dans le ventre que ça se passe. On savait déjà que beaucoup de nos maux avaient à voir avec nos boyaux, il y a eu des livres là-dessus comme Et si ça venait du ventre ou Le charme discret de l'intestin. Mais là, ça va quand même très loin, puisqu'on parle d'une maladie mentale. Les dernières expériences menées sur des souris sont impressionnantes.

D'abord, on découvre que la dépression peut être contagieuse. Et pas seulement parce qu'un dépressif plombe l'ambiance et le moral de ceux qui l'entourent. C'est vrai aussi au sens propre. Jusqu'ici, pour rendre des souris dépressives, les scientifiques les soumettaient à un stress chronique qui les rendaient hyper anxieuses, mais récemment, des chercheurs ont réussi à créer un état dépressif chez des souris en pleine forme juste en leur transférant le microbiote intestinal de souris dépressives. Quelques jours après, elles avaient tous les symptômes, les mêmes que chez les humains : diminution de la motivation, perte du plaisir, apathie.

Le microbiote intestinal contient 100.000 milliards de bactéries

Ce n'est pas si étonnant que ça, car notre ventre a des supers pouvoirs. Le microbiote intestinal contient 100.000 milliards de bactéries réparties en 250 familles, sans compter les innombrables virus qui les régulent. Nous avons deux kilos de bactéries en tout. C'est simple, c'est de loin le plus grand de tous les écosystèmes bactériens de notre corps, bien plus vaste que la bouche, la peau. 

Or, ces bactéries intestinales produisent au moins 85 % de la sérotonine présente dans notre organisme. Dans le ventre, la sérotonine régule la descente des aliments dans l'intestin. Dans le cerveau, c'est le neurotransmetteur qui accompagne les humeurs positives. Là, on voit mieux le rapport et c'est hyper utile dans le traitement de la dépression.

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Car généralement, pour soigner les dépressifs, on leur donne des anti-dépresseurs de type Prozac. Ces anti-dépresseurs diminuent la déperdition de sérotonine qui se produit naturellement quand elle passe d'un neurone à l'autre. "D'une certaine manière, explique le neurobiologiste Pierre-Marie Lledo, cela revient à mettre une bonde à l'évier, pour éviter qu'il se vide." Mais encore faut-il que les bactéries du microbiote intestinal fabriquent assez de sérotonine. Le résumé du scientifique : "ça ne sert à rien de mettre une bonde à l'évier si c'est le robinet qui est cassé et qui ne coule pas". 

Or justement, nos souris dépressives, on constate qu'elles ont du mal à produire de la sérotonine, à cause d'un déséquilibre de leur microbiote intestinal. On appelle ça une disbiose. Sur ces souris, le Prozac est quasi inactif. Mais il suffit de leur donner des compléments alimentaires, des postbiotiques, et le Prozac redevient efficace.

Agir avec des compléments alimentaires sur l'hippocampe

Une autre étude montre qu'on peut agir avec des compléments alimentaires sur le fonctionnement de l'hippocampe, qui est en quelque sorte le poste d'aiguillage du cerveau, celui qui trie nos souvenirs mais aussi nos émotions. Quand il dysfonctionne, l'humeur s'en ressent. Quelques prébiotiques et tout va mieux, il n'y a même plus besoin de Prozac.

Bien sûr, pour l'instant on est au stade rongeurs, mais on peut parfaitement imaginer que les résultats soient les mêmes sur l'homme, et ça c'est un formidable espoir quand on sait qu'environ 30 % des dépressifs ne réagissent pas aux antidépresseurs classiques. À l'avenir, il faudra sans doute s'intéresser aussi à ce qu'ils ont dans le ventre. Tester leur microbiote pour savoir s'il n'y a pas un bug, et leur prescrire, si besoin, des compléments qui aideront le cerveau à retrouver un fonctionnement normal. On appellera ça des "psychobiotiques". C'est une petite révolution dans nos bidons et dans notre tête.

Article à lire en détail dans les Echos ce matin. 

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