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"Vous n'avez pas vu les matchs ?" : à 41 ans, Cristiano Ronaldo poursuit son rêve d'une Coupe du monde avec le Portugal, au risque d'altérer sa légende par son entêtement

Avant la retraite et malgré les critiques au pays, le quintuple Ballon d'or veut faire du Portugal la neuvième nation titrée au Mondial, alors que débute sa campagne mercredi 17 juin face à la République démocratique du Congo à Houston.

Cristiano Ronaldo avec le Portugal lors de l'amical de préparation à la Coupe du monde contre le Nigeria, le 10 juin 2026 à Leiria.

Crédit : FILIPE AMORIM / AFP

Gabriel Joly

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41 ans, douze tournois majeurs et le record absolu de sélections et de buts du football international... Si Cristiano Ronaldo affole toujours autant les compteurs statistiques avec une longévité qui force le respect, il n'est plus l'icône intouchable du Portugal, qui entre en lice dans cette Coupe du monde mercredi 17 juin, face à la République démocratique du Congo à Houston (diffusé sur M6 et M6+, 19h).

Toujours titulaire sur le front de l'attaque de l'un des effectifs les plus impressionnants de la compétition, le quintuple Ballon d'or va tenter de décrocher le graal, le seul trophée qui manque à son immense carrière pour sa sixième participation. Un total que seuls le gardien mexicain Guillermo Ochoa et surtout son grand rival argentin Lionel Messi, auréolé lui du titre suprême en 2022, sont parvenus à atteindre, également cet été.

Mais depuis plusieurs mois, les fans lusitaniens se questionnent sur l'utilité du quadra, dont le déclin est tout de même perceptible. Obsédé par sa quête du millier de buts en carrière (967 actuellement), la légende du Real Madrid et de Manchester United a rejoint en 2023 le club d'Al-Nassr, braquant les projecteurs sur le méconnu championnat saoudien, qu'il a remporté cette année en marquant à 28 reprises. Reste que son statut est souvent décrié au Portugal, où son image a été entachée par la promotion lucrative de l'Arabie saoudite, mais aussi sa rencontre médiatisée avec Donald Trump fin 2025 à la Maison Blanche.

"Je peux vous garantir que ce n'est pas Photoshop"

Sur le terrain, CR7 n'est plus aussi mobile que par le passé, un travers lié à l'âge souvent décrit comme un poids pour la Seleçao, dans un football toujours plus athlétique. Son entêtement face aux cages est aussi pointé du doigt. Certes, sa science du placement et son efficacité lui permettent parfois de compenser - il l'a d'ailleurs prouvé lors de la finale de Ligue des nations face à l'Espagne en égalisant il y a un an (2-2, t.a.b. 5-3), avant de marquer cinq fois en qualifications - mais il peut aussi lui arriver de surjouer dans un mauvais jour. En témoigne le dernier amical contre le Nigeria (2-1), où il n'a cadré aucune de ses quatre grosses tentatives, après être déjà resté muet contre le Chili (2-1).

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De quoi relancer les débats autour de son cas, qui suscite une crainte de Lisbonne à Porto en passant par les Açores : que sa présence dans la surface ne bride la créativité d'un vivier portugais exceptionnel incarné notamment par le meilleur milieu du monde (Vitinha, Joao Neves, Bruno Fernandes) et des latéraux au-dessus du lot (Nuno Mendes, Joao Cancelo, Matheus Nunes).

Dans son groupe, il est néanmoins pleinement soutenu : "Je peux vous garantir que ce n'est pas Photoshop ! C'est incroyable son physique à 41 ans, j'ai 26 ans et je ne suis pas comme cela. C'est une preuve de plus de son dévouement", a salué Vitinha, louant son leadership, en conférence de presse dimanche.

"Je me sens bien. Vous n'avez pas vu les matchs ? Je crois que je suis en forme. Nous avons une très bonne génération, je suis certain qu'elle va donner de nombreuses joies aux Portugais. Quand les choses commenceront à se corser, quand la fatigue mentale et physique s'installera et que la chaleur entrera aussi en jeu... C'est alors que l'on verra les vrais champions", a encore répondu Cristiano Ronaldo, en capitaine face à ses détracteurs, avant le départ pour l'Amérique vendredi.

La Coupe du monde 2030 dans le viseur ?

Justement, sur le plan psychologique, le natif de Madère doit aussi balayer les doutes apparus lors du dernier championnat d'Europe en 2024, où on l'a vu pleurer en plein match lors du huitième de finale contre la Slovénie après un pénalty manqué en prolongation (0-0, t.a.b. 3-0). Et ce, tandis que son carton rouge reçu lors d'une défaite en Irlande en novembre dernier (0-2), pour un coup de coude volontaire, a de nouveau illustré ces fragilités.

Raison pour laquelle cette rencontre face à une RD Congo de retour pour la première fois au Mondial depuis 1974 (sous l'appellation Zaïre à l'époque) est un test important pour le numéro 7, qui a une histoire à régler avec le tournoi planétaire, dont il n'a atteint qu'une fois les demi-finales il y a vingt ans. Au Qatar, il avait été relégué sur le banc par Fernando Santos - le coach avec qui il a remporté l'Euro 2016 en France - lors des matches à élimination directe et n'avait pu renverser le sort en quart contre le Maroc après son entrée en jeu (1-0).

Depuis, il a retrouvé ses galons de titulaire sous la direction de l'Espagnol Roberto Martinez. Une conséquence de la faible concurrence à son poste, où Gonçalo Ramos, seulement remplaçant au PSG, ne s'est jamais pleinement imposé.

Critiqué, le joueur le plus capé de l'histoire du football de sélections avec une 229e cape au Texas a juré en novembre que ce Mondial sera "à coup sûr" son dernier. À lui de faire le nécessaire pour écrire la plus belle page de sa glorieuse histoire. Le remporter pourrait au passage lui donner un blanc-seing : la perspective suggérée par Roberto Martinez de ne raccrocher finalement qu'en 2030, à 45 ans, avec une Coupe du monde organisée au Portugal (avec l'Espagne et le Maroc), comme pour ses débuts à l'Euro 2004. Mais en attendant, ne pas altérer son héritage serait déjà un moindre mal.

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