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Le milieu du ski secoué par le scandale du "fluor"

Le "fluor" est un produit miracle que l’on badigeonne sur les skis et qui fait gagner de précieuses secondes. Sauf qu'il est extrêmement toxique.

Illustration d'une paire de ski
Illustration d'une paire de ski
Crédit : Thomas COEX / AFP
Le ski de fond accro aux fluors
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Isabelle Choquet

On vous retrouve avec un scandale sanitaire dans un monde qu’on pensait totalement sain : le milieu de la glisse. Scandale qui touche des centaines, voire des milliers de personnes. Il ne s'agit pas de dopage mais d'un produit miracle appelé "fluor", que l’on badigeonne sur les skis et qui fait gagner de précieuses secondes. Sauf que c’est un toxique, et un méchant. L’Equipe a mené l’enquête. 

Petit flashback : nous sommes en décembre 2019 à Östersund en Suède. Quatre Français dont Martin Fourcade réalisent l'une des plus grandes performances du biathlon tricolore : ils prennent les quatre premières places de la première étape de la Coupe du monde. Littéralement, ils survolent l’épreuve. Après la course, Simon Desthieux livre leur secret: "C’est notre compétence de fartage."

Le fartage, c’est vieux comme les sports de glisse. De la cire d’abeille au goudron de pin en passant par les graisses animales, les meilleures recettes, ou celles qu'on croit les meilleures se transmettent de génération en génération, comme un secret. Ou plutôt se transmettaient. Car voilà bien longtemps que l'on farte aussi avec de la paraffine, un dérivé du pétrole. 

Un produit miracle ?

Et dans les années 1980, des composés bien plus complexes ont débarqué : les perfluorées ou PFAS. Ils ont révolutionné la glisse. "On en a d’abord entendu parler à la fin des années 1980, dit le Jurassien Olivier Rives. C’était presque une rumeur, on disait que des coureurs italiens gagnaient des courses grâce à un produit.  Ensuite, les marques les ont commercialisés, et on a eu cette sensation ; ce plaisir de glisse incroyable. Je me suis dit : 'C’est un produit miracle'".

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Le monde du ski de fond tombe dans une adoration pas loin de l’addiction et on voit apparaître des habitudes étranges: ça devient normal de posséder à la maison un atelier d’apprenti chimiste, avec une table à farter, un fer capable de monter à 150,180 degrés, et bien sûr des produits. Le nec plus ultra, ce sont les "purs", 100 % fluorés

Un petit pot de cette poudre blanche coûte bien souvent une centaine d’euros, juste pour farter entre quatre et six paires de skis. Un plaisir plutôt réservé aux compétiteurs, une sorte de drogue du ski. D'ailleurs quand les utilisateurs chauffent les poudres fluorées avec le fer, ils disent souvent qu’il faut "voir les petites étoiles", des cristaux blancs qui se forment dans l’air. Ce serait le signe d'une bonne manipulation. 

"Une véritable saloperie", pour une endocrinologue

Mais plusieurs spécialistes l’affirment : le danger est réel. Ces produits sont facilement absorbés par l’organisme et en plus ils se dégradent très lentement, ils s’accumulent dans nos corps et dans l’environnement, ce qui leur vaut le nom effrayant de "Forever Chemicals", des "produits chimiques éternels". Résumé abrupt de l’endocrinologue Barbara Demeneix : "Les PFAS sont une véritable saloperie !". Elle dénonce depuis longtemps leur présence inerte dans les objets du quotidien, de la poêle en Teflon aux produits ménagers. Elle est effarée de voir comment on les manipule à haute température dans le fartage. 

Olivier Rives, lui, a commencé à s’interroger en 2013. Le champion farte alors les skis d’une douzaine de jeunes athlètes, autrement dit 150 à 200 paires par hiver. Ca se passe généralement dans des salles embrumées par les vapeurs. Hiver après hiver, sa respiration se met à "siffler" et il ressent "une gêne de plus en plus grande à l’effort". Il souffre aussi  de fièvres et de bronchites, particulièrement pénibles et longues à soigner. 

En 2019, le verdict tombe : ses capacités expiratoires sont 20 % plus faibles que la moyenne. Pour d’autres, c'est encore plus grave. Après une longue session de fartage, l’ancien entraîneur de l’équipe de France de ski de fond a carrément fait un AVC. “Quelques mois avant mon accident, j’avais dit à un collègue : 'On va en crever de ça'".

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