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Grospiron dans la tourmente, financements et carte en suspens… On vous explique le chaos autour des JO 2030 en France après l'épilogue de Milan-Cortina

Sixième au tableau des nations avec un record de médailles explosé, la France repart des JO de Milan-Cortina avec le statut de prochain hôte. Mais le contexte autour de l'édition 2030 dans les Alpes n'est pour l'heure pas aux réjouissances.

Les présidents des régions Paca et Aura, Renaud Muselier et Fabrice Pannekoucke, lors de la cérémonie de clôture des JO 2026 à Vérone, le 23 février.

Crédit : Stefano RELLANDINI / AFP

Gabriel Joly & AFP

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Ciao l'Italia, bonjour la France. Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et Fabrice Pannekoucke, son homologue d'Auvergne-Rhône-Alpes, ont symboliquement reçu le drapeau olympique lors de la cérémonie de clôture des JO de Milan-Cortina aux arènes de Vérone, à quatre ans de l'édition 2030 dans les Alpes françaises.

Si Albertville va accueillir en fanfare lundi 23 février en soirée les athlètes tricolores de retour des Jeux pour une cérémonie "populaire" qui servira aussi de passage de relais pour la nouvelle olympiade, cela ne doit pas faire oublier combien le comité d'organisation (Cojop) reste à ce jour empêtré dans une crise de gouvernance.

La semaine passée, un proche d'Emmanuel Macron a indiqué à l'AFP que le président avait "fait passer le message de mettre de l'ordre dans l'organisation des JO Alpes 2030". "D'ici un mois", a-t-il précisé. Le Premier ministre Sébastien Lecornu est pour sa part attendu à Méribel puis Albertville, où il rencontrera des athlètes et des para-athlètes et aura un entretien avec Fabrice Pannekoucke et Renaud Muselier. Mais quels sont les dossiers chauds ?

Des équipes loin d'être stabilisées après une salve de départs du Cojop

L'instance présidée par Edgar Grospiron a été confronté au départ de trois de ses cadres en deux mois - la directrice des opérations Anne Murac, le directeur de la communication Arthur Richer et le président du comité des rémunérations Bertrand Méheut, qui a taclé le patron du Cojop, qui selon lui "se comporte comme s'il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence". La saignée ne s'est pas arrêtée là puisque le remplacement du directeur général Cyril Linette, numéro 2 du Comité, a été acté en raison d'un constat de "désaccords insurmontables".

À tel point que le projet olympique, déjà ralenti par l'instabilité gouvernementale de la France, pourrait perdre Edgar Grospiron, lui-même se trouver fragilisé par ces turbulences.

La ministre des Sports Marina Ferrari a annoncé dimanche à l'issue d'un bureau exécutif du Cojop réuni à Milan qu'une mission d'inspection gouvernementale allait se pencher sur sa gestion et son fonctionnement avec pour objectif de "repasser sur des bonnes bases".

"C'est un problème de personnes, soyons bien clairs. Je l'ai dit à plusieurs reprises, ça n'est pas confortable du tout", a déclaré samedi à l'AFP le directeur des Jeux au sein du Comité international olympique (CIO) Christophe Dubi. Celui-ci a toutefois apporté son soutient à Edgar Grospiron : "En lisant les déclarations de certains des membres du bureau, il me semble que c'est rassurant", a-t-il estimé samedi.

"Le temps est compté. À seulement quatre ans de l'échéance, plusieurs décisions clés restent en suspens, et le rythme de livraison doit s'accélérer dans l'ensemble des chantiers. Mon sentiment est que si vous travaillez en équipe forte et confiante, une équipe collective guidée et inspirée par la vision et la mission de ce projet, ensemble vous ne pouvez que réussir", a averti Pierre-Olivier Beckers, président de la commission de coordination, lors de la 145e session du CIO à Milan début février.

Des financements qui restent en suspens

Si les discussions avancent avec de potentiels sponsors pour les Jeux de 2030 dans les Alpes françaises, aucun partenariat n'a encore été officialisé par le Cojop, dont la crise rend certaines entreprises frileuses. "Des accords de partenariats sont en cours de finalisation", indique à l'AFP une source proche du dossier, sans donner de détails sur le calendrier. La chasse aux sponsors a été lancée en novembre par le Comité. Six premiers secteurs d'activité sont dans un premier temps visés : banque de détail, énergie, équipementier textile, hôtellerie, logistique et télécommunications.

A l'époque, le Cojop disait vouloir arriver à de premiers accords de partenariats "autour de Milan-Cortina", mais aucune annonce n'a été faite pendant les Jeux d'hiver italiens qui se sont terminés dimanche. "On est dans les aspects juridiques qui prennent plus de temps que nous aurions souhaité. Ça veut dire qu'on est en bonne voie pour annoncer un premier partenaire dans les prochaines semaines", affirmait Edgar Grospiron, président du Cojop, au Dauphiné libéré le 8 février. 

"On est dans les starting-blocks, on veut en être mais c'est eux qui ne sont pas prêts", regrette pour sa part un groupe habitué des olympiades, qui préfère rester dans l'anonymat. "Il n'y a pas de leadership au Cojop, les conditions ne sont pas réunies : quel est le projet ? A titre d'exemple, la carte des sites olympiques n'est toujours pas arrêtée. On ne peut pas être sponsor à l'aveugle, car ce ne sont pas des petits montants", poursuit-on au sein de cette entreprise, qui veut cependant croire qu'"au final, tout va finir par rentrer dans l'ordre".

Les organisateurs d'Alpes 2030 tablent dans leur budget sur près de 600 millions d'euros de recettes entre les partenariats domestiques et les licences - soit environ la moitié par rapport à Paris 2024. Pour ces Jeux d'été, le tout premier sponsor, la BPCE, avait annoncé son engagement près de six ans en amont de l'événement. À titre de comparaison, les organisateurs des Jeux d'hiver de 2034 qui se dérouleront à Salt Lake City ont déjà décidé de mettre les bouchées doubles : ne pouvant pas activer leur programme de sponsoring avant Los Angeles 2028, ils ont décidé de lancer un dispositif philanthropique inédit, et annoncé en février avoir déjà récolté 250 millions de dollars.

La carte des sites n'avance pas

Cette question a été reportée à plusieurs reprises. Par rapport au dossier de candidature, la carte des sites doit être adaptée aux contraintes techniques, budgétaires et politiques. C'est seulement en juin qu'elle devrait être finalisée, avec notamment le choix de la localisation en Italie ou aux Pays-Bas de l'anneau de vitesse ou encore celle des Jeux paralympiques, tout comme la réintégration de Val d'Isère pour accueillir les épreuves techniques de ski alpin ou encore la liste des sports et disciplines additionnels.

"On l'avait déjà dans notre 'scope', mais on a bien pris la mesure de l'enjeu important du déplacement et de l'organisation des mobilités et des flux de spectateurs", a souligné la ministre des Sports Marina Ferrari, à propos des Jeux "éclatés" de Milan-Cortina, après avoir eu "quelques kilomètres de bouchons" en se rendant aux épreuves de biathlon.

"Entre 1.000 m et 2.500 m d'altitude, on a toute la neige, toutes les stations. Mais entre 0 et 1.000 m, il n'y a rien alors que c'est un formidable terrain de jeu. Et là on pense aux sports outdoor : trail, cyclocross, gravel... Ce serait quand même dommage de ne pas montrer cette facette-là", déclarait en décembre Edgar Grospiron, président du comité d'organisation des Alpes 2030. Ce dernier a lancé un groupe de travail pour réfléchir "à la possibilité de faire cohabiter des sports traditionnellement disputés en été ou en hiver" - ce que ne prévoit pas la Charte olympique - et rendra également en juin sa décision sur les sports et disciplines additionnels pour 2030.

Une discipline pourrait notamment disparaître de la prochaine olympiade hivernale, le combiné nordique. Dans l'autre sens, ça se bouscule au portillon : escalade sur glace, patinage synchronisé, hockey 3x3, télémark, freeride... mais aussi des pratiques sans lien immédiat avec l'univers de la neige ou de la glace, comme le trail, le cyclocross, le cross ou le gravel. Cette éventualité a fait bondir les fédérations olympiques d'hiver, qui ont jugé cet automne que cela "diluerait la marque, l'héritage et l'identité" des Jeux hivernaux. De quoi encore attirer des détracteurs autour de cette édition ?

Ceux-ci sont déjà nombreux et ils ont programmé pour lundi après-midi une contre-cérémonie à Albertville afin de dénoncer "un projet construit en urgence, mal engagé et ne bénéficiant que d'une très faible adhésion". Elle sera conduite par le "Comité insoutenable olympique" et célébrera l'arrivée du drapeau "Olympicsou".

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