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Grossophobie : 5 façons de lutter contre les préjugés

Les discriminations à l'égard des personnes grosses portent un nom depuis les années 90 : la grossophobie. Comment lutter contre ces préjugés et permettre à la société d'évoluer ? Voici cinq différentes façons de vous sensibiliser.

La chanteuse Lizzo lors d'un concert aux GLAAD Awards à Los Angeles le 28 mars 2019
La chanteuse Lizzo lors d'un concert aux GLAAD Awards à Los Angeles le 28 mars 2019 Crédit : Rich Fury / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Quand une personne est victime de discriminations en raison de son poids : on appelle cela de la grossophobie. Concrètement, cela peut prendre la forme d'insultes, de harcèlement ou de remarques concernant le poids.

Il y a aussi une certaine culture qui favorise la grossophobie dans la société, telles que des publicités qui vont culpabiliser les femmes grosses, des hashtags que les réseaux vont masquer ou des œuvres comme des séries ou des films qui vont utiliser la corpulence d'un personnage comme d'un ressort dramatique facile et paresseux.

On l'a vu par exemple l'été dernier avec la série Insatiable, diffusée sur Netflix, où le personnage principal se réveille un matin filiforme et décide de se venger de tous les élèves qui l'ont harcelé en raison de son poids. C'est le fait d'encourager les jeunes à penser que leur corps aura plus de valeur s'il est mince qui a dérangé une partie du public. 

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Si le terme "grossophobie" est apparu en France en 1995 dans le livre de l'actrice Anne Zomberlan, Coup de gueule contre la grossophobie, le chemin est encore long avant de voir une société ouverte et respectueuse de tous les corps et de toutes les morphologies. Que vous soyez concernée ou non, voici un guide pour vous sensibiliser à la question et mettre ainsi fin, ensemble, aux préjugés et discriminations contre les personnes grosses.

1. S'éduquer par des lectures

Plusieurs intellectuelles et écrivaines se sont emparées du sujet de la grossophobie. Outre Coup de gueule contre la grossophobie (éditions Ramsay), le sujet est également analysé dans le livre de Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, publié en juin 2017 aux éditions Goutte d'or, et dans lequel elle raconte son expérience et notamment son parcours médical.

"On ne naît pas grosse" de Gabrielle Deydier
"On ne naît pas grosse" de Gabrielle Deydier Crédit : Éditions goutte d'or

Toujours dans la catégorie essai, vous pouvez lire "Gros" n'est pas un gros mot de Daria Marx et Eva Perez-Bello du collectif Gras Politique (éditions Librio). Elles y détaillent les préjugés et discriminations du fait d'être gros ou grosse dans la société : la difficulté à trouver un travail parce qu'on considère les personnes grosses comme fainéantes, à s'habiller parce que trouver des vêtements à sa taille relève du parcours du combat, à prendre soin de sa santé parce que la médecine n'est pas toujours adaptée à toutes les morphologies et que les discours culpabilisants ont vite fait de s'inviter dans une consultation.

La fiction s'est elle aussi inspirée de la grossophobie pour créer de nouveaux personnages loin des clichés et stéréotypes habituels. Dans La femme qui voit de l'autre côté du miroir (éditions Eyrolles), la journaliste Daphnée Leportois et la psychanalyste Catherine Grangeard donnent vie à Lucie, une jeune femme avec "trente kilos entre trop" qui décide pour ses 25 ans de s'offrir une chirurgie bariatrique, pour venir à bout de son surpoids. Mais son premier rendez-vous avec une psy va peut-être changer la donne.

Dans Big Bones (éditions Robert Laffont), l'écrivaine britannique Laura Dockrill met en scène Bluebelle, une adolescente gourmande qui s'aime avec ses rondeurs et qui est obligée de tenir un journal de son alimentation. Un prétexte littéraire pour suivre son quotidien et les relations qu'elle entretient avec ses proches comme avec son corps. 

2. Découvrir de artistes qui mettent en scène d'autres corps

Les artistes qui explorent le corps humain - et sa diversité - ne manquent pas mais peut-être faut-il savoir où les dénicher. En vrac, et pour commencer à déshabituer votre regard des normes imposées par, au hasard, les marques de vêtements les plus puissantes du marché, vous pouvez jeter un œil au travail de l'artiste et photographe queer et non-binaire Shoog McDaniel.

Chez les illustratrices, dessinatrices et graphistes, vous pouvez consulter plusieurs travaux via le hashtag #AugustAdipose, initiative lancée à l'été 2017 pour sensibiliser les internautes aux diktats de beauté et de minceur encore plus présents pour les femmes à l'approche des beaux jours mais aussi inciter les personnes aux métiers créatifs à imaginer de nouvelles corpulences pour leurs personnages, expliquait l'illustratrice Jennifer Delaporte à Marie Claire.

"Avant la mobilisation sur ce problème, une grande partie des illustrateurs et illustratrices représentaient les personnes fortes comme des personnes repoussantes, hideuses, feignantes, sales et tant d'autres joyeusetés peu valorisantes. Je me dis qu'on a bien fait d'évoluer sur ceci. Chaque individu mérite d'avoir une représentation valorisante auquel il peut s'identifier."

Autrement, les illustratrices françaises Lucie LarousseMarie BoiseauLouise LaurentCécile Dormeau, l'Américaine Maya Kern ou encore l'Australienne Frances Cannon travaillent (entre autres) sur le sujet de la grossophobie et du body positive. Leurs dessins et illustrations permettent alors de normaliser les corps gros et de mettre fin, pas à pas, à de nombreux préjugés. 

Côté musique, on vous recommande celle de Lizzo et notamment son single Juice dans lequel elle interprète une ode à l'amour de soi et se place en voix du mouvement body positive

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Lizzo - Juice (Official Video)

3. Regarder des films et des séries qui mettent en scène des personnages gros

Il n'y a pas que des productions accusées de grossophobie à voir sur Netflix. La plateforme de streaming en ligne s'ouvre à des discours plus émancipateurs. Exemples avec I Feel Pretty , dont le personnage principal est interprété par Amy Schumer. Ce film feel good commençait pourtant mal le message qu'il porte se dévoile au fur et à mesure de l’intrigue, jusqu'à la scène finale.

Pour un public plus adolescent, on vous conseille Dumplin' dont le personnage principal a déjà tout compris à la puissance du collectif pour faire tomber les préjugés et changer les mentalités. 

Enfin, pour les plus radicales d'entre vous, Dietland est la série qu'il vous faut. On y parle de grossophobie mais aussi d'une organisation terroriste féministe qui veut mettre fin au patriarcat et d'un groupe de justicières qui tuent des hommes accusés de viols. À voir sur Amazon Prime Video. 

4. Se tenir informée et s'inspirer de personnalités

Pour se tenir informée des actions anti-grossophobies et restée sensibilisée au quotidien, on vous conseille de suivre les comptes Twitter Gras Politique et Stop Grossophobie. Chez les personnalités, outre Gabrielle Deydier dont on a déjà parlée, de nombreuses femmes s'engagent à faire évoluer les mentalités. Le mannequin dit "grande taille" Tess Holliday, la professeure de yoga Jessamyn ou la blogueuse Chloé du podcast La Grosse Conversation

Le mannequin Tess Holiday, lors de la semaine de la mode à New York, le 9 février 2019
Le mannequin Tess Holiday, lors de la semaine de la mode à New York, le 9 février 2019 Crédit : Steven Ferdman / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

5. Militer à son échelle

Surtout, n'oubliez pas de donner de la visibilité à ces œuvres, ces femmes et leurs discours, d'en parler à vos proches, vos abonné-e-s sur les réseaux sociaux et de participer, à votre échelle, à la lutte contre les préjugés.

Il peut s'agir par exemple de signaler une censure abusive sur Instagram, de soutenir financièrement des artistes qui offrent une autre vision des corps humains, de participer à des hashtags et de questionner, sans cesse, vos schémas de pensée.

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Grossophobie : 5 façons de lutter contre les préjugés
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Les discriminations à l'égard des personnes grosses portent un nom depuis les années 90 : la grossophobie. Comment lutter contre ces préjugés et permettre à la société d'évoluer ? Voici cinq différentes façons de vous sensibiliser.
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2019-04-12 15:00:00
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