4 min de lecture MeToo

#MeToo : quand la prise de parole ne suffit plus, interpellons avant que la vague ne disparaisse

BILLET - Un an après la déferlante #MeToo, la société française a-t-elle vraiment changé ? La grande majorité des Français et des Françaises estime que non, prouvant que l'urgence d'agir n'a jamais été aussi présente.

Une femme porte un mégaphone lors d'une manifestation à Londres, au Royaume-Uni (illustration)
Une femme porte un mégaphone lors d'une manifestation à Londres, au Royaume-Uni (illustration) Crédit : Unsplash/Clem Onojeghuo
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Un an après #MeToo, la société a-t-elle (vraiment) changé ? La grande majorité de la population française pense que non, révèle un sondage Enquête Harris Interactive pour RTL Girls. Pourtant, sur le papier, on avait l'impression de vivre un moment historique, déclenché l'année dernière par l'onde de choc provoquée par les révélations autour de l'affaire Harvey Weinstein.

On a observé la puissance des réseaux sociaux et la parole des femmes se libérer via les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc. On a vu le nombre de plaintes pour violences sexuelles bondir ces derniers mois, les numéros d'urgence saturés et des hommes (dont une majorité de jeunes) nous ont même assuré avoir changé leur perception du harcèlement sexuel depuis la déferlante #MeToo. 

Alors bien sûr, comme tout mouvement féministe, on a aussi vu des tentatives de le discréditer. Une tribune défendant une "liberté d'importuner", des gens criant #NotAllMen ("pas tous les hommes"), alors que #MeToo n'a jamais dit que tous les hommes étaient des harceleurs ou agresseurs.

On s'est dit que ces avis luttant contre #MeToo appartenaient au mouvement, qu'il devait y avoir du débat, des idées qui se confrontent pour pouvoir, ensuite, mieux informer le public sur la réalité des violences sexuelles. 

Plus de la moitié des Français(es) estime que #MeToo n'a rien changé

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Mais un an après #MeToo, ces débats progressent-ils suffisamment ? Car aujourd'hui, il suffit de tendre l'oreille dans la boulangerie le samedi matin, d'écouter les conversations de vos voisins dans les transports en commun ou de se balader sur les réseaux sociaux pour savoir que l'on confond encore et toujours drague et harcèlement ou que l'on pense qu'une femme qui porte une jupe cherche des mains aux fesses.

Aujourd'hui, on en vient même à plaindre ces pauvres hommes ayant peur de prendre l’ascenseur, seuls, avec une femme parce qu'ils croient qu'un unique regard leur suffira à saisir la justice. C'est une drôle d'idée quand on sait que seule 1 victime sur 12 porte plainte pour violences sexuelles en France.

Avons-nous par ailleurs les mêmes préoccupations concernant toutes ces femmes précaires qui ont la peur au ventre quand elles se rendent, chaque jour, sur leur lieu de travail où elles se font harceler sexuellement ou violenter par leur hiérarchie en toute impunité ?

La parole sur les violences sexuelles se libère avec le hashtag "Me Too"
La parole sur les violences sexuelles se libère avec le hashtag "Me Too" Crédit : Unsplash/Mihai Surdu

La grande majorité de la population française estime que #MeToo n'a pas eu de conséquences particulières sur la société française. Il y a alors deux façons d’interpréter cette donnée : soit les conséquences positives sont à venir et dans ce cas tout va bien, il n'y a pas de raison de s'inquiéter.

Mais dans le cas contraire, si aucun moyen n'est alloué à la lutte contre les violences faites aux femmes, si la grande majorité de la société ne se réveille pas sur ces questions-là, la vague #MeToo va se retirer très loin et disparaître comme si rien de tout cela n'avait vraiment existé.

Dans le doute, agissons dès aujourd'hui pour que, l'année prochaine, aux deux ans de #MeToo, la société française ait enfin avancée.

Interpellons Macron, Schiappa, les chefs d'entreprise et les autres...

Interpellons Emmanuel Macron pour qu'il fasse de sa "grande cause nationale" sa priorité numéro 1. Aux Nations unies la semaine dernière, le président de la République s'est montré très engagé sur ces questions, défendant le droit à l'avortement et affirmant qu'il était de "notre responsabilité" de "mettre fin à ces violences du harcèlement de rue jusqu'au féminicides".

Après la loi pénalisant l'outrage sexiste, demandons des moyens concrets et considérables pour aider les victimes de violences conjugales à travers un numéro d'urgence accessible et fonctionnel 7J/7 et 24h/24, des logements d'accueil et une aide juridique et financière.

Interpellons Edouard Philippe, le premier ministre et Marlène Schiappa, la secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes sur ces mêmes sujets.

Interpellons ces militantes féministes qui, lors d'une conférence, préfèrent huer une femme défendant la liberté de porter le voile plutôt que de rallier leurs forces à leur combat dans la lutte contre les discriminations que subissent les femmes - musulmanes ou non - portant le voile ou non. 

Interpellons ces femmes qui, dans votre entourage, n'ont toujours pas compris que la lutte pour l'égalité passe d'abord dans nos rangs, en se serrant les coudes et se valorisant les unes les autres. 

Interpellons ces hommes qui sifflent les femmes dans la rue ou pour qui le sexisme n'est qu'une "blague" sans danger. Rappelons-leur le concept du continuum des violences faites aux femmes avec pédagogie mais fermeté. 

"Nous valons mieux que ça !" peut-on lire sur une pancarte lors de la Marche des Femmes de Washington
"Nous valons mieux que ça !" peut-on lire sur une pancarte lors de la Marche des Femmes de Washington Crédit : Unsplash/Jerry Kiesewetter

Interpellons les chefs d'entreprise pour qu'ils prennent des mesures pour garantir à leurs employées un environnement de travail sain. 

Interpellez-vous pour agir, à votre échelle, en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes. 

Toute la semaine, RTL Girls se mobilise sur le sujet de cette première année du mouvement #MeToo. Découvrez, chaque jour, des articles et témoignages sur les conséquences d'un tel mouvement sur la société française. 

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BILLET - Un an après la déferlante #MeToo, la société française a-t-elle vraiment changé ? La grande majorité des Français et des Françaises estime que non, prouvant que l'urgence d'agir n'a jamais été aussi présente.
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2018-10-01 07:30:00
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