5 min de lecture Égalité hommes-femmes

Université d'été du féminisme : 2 jours de polémiques pour "réveiller" la société ?

NOUS Y ÉTIONS - Organisée par le secrétariat d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes les 13 et 14 septembre, cette première Université n'a pas remporté tous les suffrages.

Marlène Schiappa lors d'une conférence La République en Marche le 11 septembre 2018 à Tours
Marlène Schiappa lors d'une conférence La République en Marche le 11 septembre 2018 à Tours Crédit : GUILLAUME SOUVANT / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

"Peut-on être féministe et mère au foyer ?", "Féminisme et voile", "#MeToo et après ?"... Voilà quelques-unes des thématiques programmées lors de la première Université d'été du féminisme, organisée les jeudi 13 et vendredi 14 septembre au studio 104 de la Maison de la Radio par le secrétariat d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes.

En ouverture de cet événement inédit, Marlène Schiappa a tenu à souligner à quel point elle était "fière" d'avoir permis la tenue de cette Université d'été qui aurait coûté, selon des informations du Canard Enchaîné, 300.000 euros au gouvernement. La secrétaire d'État a justifié ce coût en expliquant qu'elle ne voyait pas pourquoi il faudrait tirer un trait sur les petits fours et prestataires, sous prétexte qu'on parle féminisme.

C'est donc dans le prestigieux Studio 104 de la Maison de la Radio que se sont enchaînés deux jours intenses d'échanges, de débats, de monologues et de citations sur le féminisme, un mot derrière lequel se cristallisent de nombreux fantasmes, idées reçues et contradictions, mises en lumières par les salves d'applaudissements et huées ayant ponctué de nombreuses interventions au cours de cet événement retransmis en streaming et en direct sur Internet. 

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300.000 euros jetés par les fenêtres ?

"Il manque 40.000 euros au Morbihan pour ré-ouvrir le lieu d'accueil de jour à Lorient pour écouter et accompagner les femmes victimes de violences conjugales". Alors que les portes du studio 104 n'étaient pas encore ouvertes, trois membres du Collectif Femmes en Marge ont pu pénétrer dans les couloirs de la Maison de la Radio pour dénoncer le manque de moyens adressés à la lutte contre les violences faites aux femmes lors d'une courte manifestation. 

"On est là aujourd'hui pour mettre monsieur Macron et madame Schiappa devant leurs responsabilités", explique à RTL Girls l'une des manifestantes. Car si Emmanuel Macron a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes sa Grande cause du quinquennat, ce collectif breton tire la sonnette d'alarme sur la réalité des faits : "Des centres et des lieux d'accueil ferment, c'est en total contradiction avec les engagements du président", martèle à RTL Girls le collectif.

Ce dernier ne comprend en effet pas l'investissement dans un tel événement quand les associations luttant contre les violences faites aux femmes coulent faute de moyens.

Malgré la défense de Marlène Schiappa sur le coût de cette Université d'été, beaucoup de personnes se sont exprimées sur les réseaux sociaux, parlant d'argent "jetée par les fenêtres".

En cause notamment ? La venue de plusieurs personnalités jugées "anti-féministes" Peggy Sastre, l'une des signataires de la tribune "Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle", publiée dans Le Monde début 2018, venue défendre dans un discours confus l'idée de cette tribune, "née d'un sentiment d'étouffement".

Autre personnalité controversée : Elisabeth Lévy, rédactrice en chef du magazine Causeur qui s'en est pris à la salle après que celle-ci ait manifestée sa gêne face au volume sonore de son intervention.

Enfin, Raphaël Enthoven, philosophe et chroniqueur sur les ondes d'Europe 1, a pris la parole pour s'opposer au principe des réunions en non-mixité et défendre personnellement, en mode règlement de comptes, des différends qu'il entretient avec de nombreuses militantes ou femmes engagées dans le féminisme. Son intervention, seul en scène, a duré plus de vingt minutes, faisant alors de cette prise de parole l'une des plus longues des deux journées. 

Des tables-rondes "inégales"

Dans la salle, les avis sont plus nuancés que sur les réseaux sociaux. Bernard, membre du réseau féministe "Ruptures" explique à RTL Girls qu'il voit en cette Université d'été d'avantage un "état des lieux" plutôt qu'un véritable débat, juge les tables-rondes comme "inégales" et manifeste son "incompréhension" quant à l'invitation d'Elisabeth Lévy : "C'était un peu polémique mais enfin, pourquoi pas", souffle-t-il en ajoutant avoir été déçu du manque d'interaction envers le public. 

La première journée, très chronométrée, n'a en effet pas laissé place aux questions du public. Le lendemain, quelques personnes ont pu prendre la parole pour rebondir sur certains sujets... mais avec peu de marges de manœuvre pour faire avancer le "débat".

Le fait d'être noire n'est pas une compétence mais cela ne doit pas devenir discriminant

Mengue M'Eyaà, engagée pour les droits des femmes
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Parmi elles, Mengue M'Eyaà, engagée pour les droits des femmes, s'est énervée au micro en disant avoir pris la parole "par principe" : "Parce que je suis l'une des rares femmes noires ayant pris la parole depuis hier. Quand vous parlez de parité, appliquez la règle que l'éventail des profils divers soient représentés", a-t-elle scandé sous les applaudissements de l'audience. "Le fait d'être noire n'est pas une compétence mais cela ne doit pas devenir discriminant", a-t-elle ajouté.

Un point de vue que dénonce également Laura Cha, dans un texte publié au lendemain de l'Université d'été. "Je tiens aussi à souligner le manque total de représentativité : il n’y avait que très peu de femmes racisées parmi les intervenantes et le public. Un entre-soi encore trop marqué et qui a exprimé très clairement son agressivité face à nos voix." 

Dans ce texte, la membre de l'association féministe et anti-raciste Lallab revient avant tout sur son intervention, ponctuée de huées. Elle y dénonce un cadre "hostile", rapporte des insultes entendues dans la salle et explique que le format de son intervention n'a pas été respecté, au même titre que son temps de parole.

Carine, en charge de la mixité et de la diversité dans un groupe bancaire, n'a pas retenu ce manque de diversité et raconte à RTL Girls avoir trouvé l'Université d'été "très intéressante", notamment grâce à la venue de "personnalités très différentes" et aux "moments de respirations de comédiens et comédiennes", apportant "une petite touche d'humour tout en faisant réfléchir". 

Un débat dont doit s'emparer toute la société

Car c'est bien là l'objectif de cette première Université d'été : faire réfléchir le grand public et, surtout, sortir de l'entre-soi féministe, a pourtant expliqué la secrétaire d'État devant la presse : "Mon premier objectif, et c'est le premier point de la feuille de route que m'a donnée le Premier ministre, c'est de faire en sorte de faire vivre ce débat dans l'ensemble de la société". Pour Bernard, cet objectif ne peut se faire qu'en se délocalisant en région.

Combien d'hommes sont prêts à laisser sa place à une femme, à les valoriser ou à les faire monter à la tête des entreprises ?

Marlène Schiappa
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Lélia, psychologue, est quant à elle venue de la région Nouvelle-Aquitaine pour assister aux débats. C'est la première fois qu'elle assiste à un événement féministe. "C'est pas mal pour commencer", confie-t-elle en précisant qu'elle a pris la décision de s'inscrire après avoir vu Marlène Schiappa recadrer Jean-Claude Van Damme sur le plateau de On n'est pas couché. "Maintenant que j'ai vu Ovidie par exemple, j'ai envie d'aller voir un peu plus que ce qu'elle fait", explique celle qui est repartie de ces deux jours avec de nombreuses références à creuser et à partager, illustrant alors les propos de la secrétaire d'État.

"Il y a un besoin de réveil citoyen. Nous devons faire en sorte que tout le monde soit convaincu parce que la vraie question derrière tout cela c'est : qu'est-ce que je suis prêt(e) à faire ? Combien d'hommes sont prêts à laisser sa place à une femme, à les valoriser ou à les faire monter à la tête des entreprises ? Qui est prêt à se mobiliser pour défendre l'IVG quand il est attaqué ? Et au niveau mondial, qu'est-ce qu'on est prêt à porter et à laisser passer ?" Le gouvernement, par l'intermédiaire de la secrétaire d'État, affirme qu'il ne laissera rien passer.

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