5 min de lecture Portrait

Delphine Malausséna est ingé son, une exception dans le cinéma français

GIRL CRUSH - Ingénieure du son depuis une dizaine d'années sur des plateaux de cinéma, Delphine Malausséna est l'une des rares femmes à avoir brisé le plafond de verre dans ce métier. Rencontre avec une exception engagée pour l'égalité et plus de parité.

Delphine Malausséna est ingénieure du son dans le cinéma
Delphine Malausséna est ingénieure du son dans le cinéma Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

C'est une exception sur les plateaux de tournage français. Delphine Malausséna, 35 ans, est ingénieure du son depuis une dizaine d'années. Arrivée dans le cinéma "par hasard", elle a su, sans grande difficulté, tirer son épingle du jeu et faire sa place dans la petite famille qu'est le cinéma français.

Alors que les discussions autour de l'égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre le harcèlement sexuel, notamment au cinéma, se font de plus en plus nombreuses, Delphine Malausséna a plusieurs fois pris la parole sur ces thématiques dans lesquelles elle s'est engagée "naturellement".

Tout juste de retour de Nice, où elle assure la prise de son de la saison deux de la série britannique Riviera, Delphine Malausséna, nous a parlé de son parcours entre le violon, la physique et les plateaux de cinéma et de son point de vue sur ce milieu, largement dominé par les hommes. 

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La révélation en école de cinéma

"Mon parcours s’est construit étape par étape", assure Delphine Malausséna. Fille de profs, elle explique n'avoir jamais vraiment envisagé de travailler dans le cinéma. "J'ai fait des études scientifiques assez poussées", raconte-t-elle. Une fois son master de Mécanique Quantique en poche, Delphine Malausséna ne se voit pas suivre la voie pourtant déjà toute tracée : thèse, doctorat, recherche et enseignement. 

Celle qui a étudié le violon et la direction d'orchestre au conservatoire a besoin de plus de créativité et décide de tenter le concours de l'école Louis-Lumière. "J'y suis allée vraiment par intuition, en me disant que cela me permettrait de toucher un peu au cinéma et à la radio", se souvient-elle. 

Pierre Gamet m’a très vite poussée à devenir moi-même ingénieure du son

Delphine Malausséna
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C'est une rencontre qui va alors permettre à Delphine Malausséna de trouver le métier qui correspond parfaitement à son envie de créativité. "À Louis-Lumière, j’ai rencontré, on pourrait dire, un mentor, Pierre Gamet, l'un des plus grands ingénieurs du son français. Il cherchait un second assistant et il m'a choisie pour l'accompagner sur des tournages. Je pense qu'il a senti que j'avais le truc. Pour moi, ça a été la révélation", confie alors la jeune femme, avant d'ajouter : "Pierre Gamet m'a donné beaucoup de responsabilités, il m’a très vite poussée à devenir moi-même ingénieure du son".

Delphine Malausséna arrive à ses fins sur des courts-métrages avant d'être appelée au dernier moment sur la comédie musicale d'Arielle Dombalse, Opium, sortie au cinéma en 2013. Depuis, l'ingé son a travaillé sur le film Paris-Willouby (d'Arthur Delaire et Quentin Reynaud), Ouvert la nuit (de et avec Edouard Baer) ou encore Interrail (de Carmen Alessandrin).

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OPIUM Bande Annonce du film d'Arielle Dombasle

"Mon rôle en tant qu'ingénieure, c’est d’enregistrer tous les sons du plateau qu'ils s'agissent de dialogues ou de sons ambiants qui peuvent être nécessaires au montage. J’ai des assistants qui tiennent la perche, cachent des micros, et moi je mixe le tout en direct", précise-t-elle.

Mais n'allez pas croire que ce poste n'est qu'une affaire de technique. Delphine Malausséna explique qu'il s'agit d'un "travail qui demande beaucoup de concentration" et qui est très privilégié : "Souvent, tu es la seule personne à entendre tout ce qu'il se passe vraiment sur le plateau, c'est un poste génial, complètement magique et hyper artistique parce que c’est toi qui fait la couleur des voix, qui contrôle l'intensité des sons."

Ajoutez à cela une bonne dose de diplomatie et vous aurez une petite idée de quel genre de personnalités peut prétendre à cette fonction unique où les femmes sont, comme partout ailleurs, sous-représentées.

Devenir ingé son demande une grande écoute et un certain sens de la diplomatie
Devenir ingé son demande une grande écoute et un certain sens de la diplomatie Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr

Pour en finir avec les "injustices de résultats"

Être une femme (et qui plus est, jeune) dans le cinéma peut être compliqué. Les femmes ingé son ne courent pas les plateaux de tournage et il n'est pas rare qu'en la voyant, on ne pense pas tout de suite que Delphine Malausséna puisse être à l'un des postes clés du tournage.

"Il y a vraiment un truc, au départ, où les gens ne nous font pas trop confiance", confie-t-elle, faisant alors écho aux propos de Claire, fondatrice de la marque Meuf qui a elle-aussi travaillé dans le cinéma et expérimenté ce type de situations. 

Mais Delphine Malausséna tempère son propos : "Je suis sûre que cela m’a également aidé d’être une jeune femme pour certains films. Les gens ont dû se dire que je pourrais amener une certaine sensibilité...", avance-t-elle prudemment, expliquant n'avoir eu aucun problème à gravir les échelons... tout en s'agaçant "des injustices de résultats" qu'elle a pu observer depuis le début de sa carrière. 

Pourquoi il n'y a pas plus de femmes réalisatrices, productrices, cheffes de poste, compositrices ?

Delphine Malausséna, ingénieure du son
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"Je ne comprends pas pourquoi on n'aurait pas les mêmes salaires, les mêmes postes que les autres. Pourquoi il n'y a pas plus de femmes réalisatrices, productrices, cheffes de poste, compositrices ?", s'interroge cette jeune maman d'une petite fille de deux ans et demi qui souhaite que son enfant ait les mêmes chances que les autres pour réussir dans la vie.

"Au cinéma, les femmes sont tout le temps assistantes, ça paraît normal mais quand tu réfléchis vraiment, on dirait plutôt que les femmes sont là pour assister les hommes. Et quand elles sont à des postes clés, c'est souvent sur les projets fauchés !", ajoute l'ingénieure qui assure "porter attention" à ces sujets et essaie de recruter des stagiaires ou jeunes diplômées d'école de cinéma "pour les former". "Je pense qu'il y a aussi une forme d'auto-censure de la part des femmes", avance encore l'ingénieure. 

Également compositrice de musique de films, Delphine Malausséna constate là-aussi un déséquilibre immense entre les femmes et les hommes. "L'année dernière, j'étais sélectionnée au Festival International du Film d'Aubagne et celui de Valence, on était deux ou trois filles sélectionnées sur une centaine de compositeurs !", déplore-t-elle.

Delphine Malausséna travaille depuis une dizaine d'années dans le cinéma
Delphine Malausséna travaille depuis une dizaine d'années dans le cinéma Crédit : Arièle Bonte pour RTL.fr

Toujours les mêmes récompensés

Heureusement, le milieu de cinéma se mobilise de plus en plus sur ces sujets mais les efforts restent à faire. Cette année à Cannes, une charte a été rédigée afin de garantir la parité et la diversité dans les festivals de cinéma. Elle a été signée par Thierry Frémaux, Édouard Waintrop et Charles Tesson, trois hommes, tous responsables de la sélection des films présentés à Cannes qu'il s'agisse de la Sélection officielle, de la Quinzaine des réalisateurs et de la Semaine de la Critique. 

"Je trouve cela bien dans la mesure où cela met en lumière toutes ces problématiques, cela fait prendre conscience aux gens qu'il y a des progrès à faire à ce niveau-là", estime Delphine Malausséna.

Ce serait bien que d'autres femmes puissent gagner un prix

Delphine Malausséna, ingénieure du son
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Concernant les mesures proposées par Françoise Nyssen, l'ancienne ministre de la Culture, pour favoriser la présence des femmes dans les postes clés, l'ingénieure ajoute qu'elle trouve cela "globalement positif" tout en espérant que cela n'ait aucun impact sur la crédibilité et la réputation des femmes dans le métier. "C'est une question délicate. Je n'ai pas envie que l'on me dise que je suis sur un tournage parce qu'il y a un quota mais en même temps il faut vraiment faire quelque chose". 

Deux ingénieures ont reçu un César (Mélissa Petitjean pour Michael Kohlhaas en 2014, Julie Brenta, en 2012 pour L'Exercice de l'État et Anne Le Campion, en 1992 pour Tous les matins du monde). "Ce sont toujours les mêmes qui sont récompensés. Ce serait bien que d'autres femmes puissent gagner un prix", soupire-t-elle. 

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2018-10-17 17:28:00
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