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Sean Connery : "Je ne veux pas rester Bond"

PODCAST - Sean Connery n'a jamais voulu être acteur. S'il avait choisi Hollywood, c'était pour la lumière. Le plus court chemin, croyait-il, pour devenir riche et respecté. Il ignorait alors qu'il allait se prendre au jeu et qu'il serait à jamais l'otage d'un unique personnage.

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Sean Connery : "Je ne veux pas rester Bond" Crédit Image : UA | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Jean-Alphonse Richard
Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

À cinq ans, Sean Connery est déjà un solide gaillard, il mesurera à 18 ans, 1 mètre 89. Impulsif, énergique, bagarreur comme il a appris dans la seule école qu'il fréquente alors : celle de la rue. Rien qui ne l'empêche pourtant de savoir déjà lire, écrire et compter. A la Brunsfield Primary School, il fait les additions plus vite que tout le monde. À 9 ans, à la naissance de son frère Neil, il est rattrapé par le lot commun de tous les petits Ecossais pauvres. Aider sa famille à survivre en payant sa part de loyer. Avant de se rendre en cours, il se lève donc à l'aube pour livrer des bouteilles de lait. À 13 ans, il quitte définitivement l'école.

Sean Connery n'est pas encore un homme, mais sait que pour s'en sortir il doit s'enfuir. Partir loin du quartier de Fountainbridge. Pourquoi pas alors devenir footballeur ? C'est un excellent joueur. Star locale sous le maillot des Fet Lors, une équipe amateur. Déjà courtisé par l'un des deux grands clubs de Glasgow, les Celtics. À 18 ans, la grande équipe de Manchester United va lui demander de signer un contrat d'essai. Mais à la grande surprise des dirigeants, Sean Connery va refuser. Entre temps, il a préféré s'engager dans l'armée. La Royal Navy. L'école d'artillerie de Whale Island. Il signe pour sept ans, mais il n'en fait que deux. Hospitalisé pour des ulcères, réformé, il quitte l'armée avec une pension d'invalidité et deux tatouages sur l'avant bras droit : un Scotland Forever dans un cœur transpercé d'un couteau, et un parchemin porté par un oiseau avec l'inscription Papa-Maman.

Sean Connery ne connait rien à la comédie mais ce débutant est étonnamment relax. Un jeune homme qui ne doute de rien et n'a peur de personne. Un bad-boy mal dégrossi qui roule à moto et passe ses nuits autour des tables de poker. Les filles l'adorent déjà, mais seule une petite actrice, Carol Sopel, l'a séduit. Elle sera son premier véritable amour. Il fondra en larmes quand les parents de la jeune fille, juifs orthodoxes refuseront le mariage. La seule fois où on le verra alors brisé de chagrin. Par la suite, il s'interdira toute sensiblerie, se fabriquant un personnage de macho ténébreux. L'allure idéale pour un jour prochain endosser le costume d'un agent secret impitoyable.

"Quand je porte un chapeau, il est toujours de la même taille qu'avant"

Le 16 janvier 1962, Sean Connery se retrouve sur la plage de Crab Key pour le tournage de Dr No. Il a pris des cours de maintien pour incarner ce tueur en smoking, des leçons de prononciation pour gommer son accent écossais. Il tient dans ses bras une Suissesse inconnue en bikini crème, Ursula Andress. Pas de flirt entre eux même si l'acteur dira qu'Ursula serait à jamais sa James Bond Girl favorite. La première de Dr No est un succès. L'acteur fait sensation. Dans la salle, l'air est chargé d'électricité. L'actrice Anita Ekberg fixe Sean Connery pendant toute la projection. Zena Marshall, qui joue la méchante Miss Taro, dira : "L'effet qu'il pouvait faire aux femmes fut ce soir là décuplé. James Bond a fait de lui un aphrodisiaque vivant".

En ces années 60, Sean Connery, la trentaine, est une star triomphante. Ses trois premiers James Bond, Dr No, Bons Baisers de Russie, Goldfinger ont suffi à faire de lui l'un des acteurs les plus connus et les mieux payés au monde. Les bookmakers parient même davantage sur l'avenir de Sean Connery que sur celui des Beatles. Il s'achète une magnifique maison de deux étages, Acacia House, à Acton Park, une banlieue huppée de Londres. Pour ceux qui le connaissent Sean ne serait plus le même. Mis sur un piédestal par la critique et apte à dicter ses conditions aux producteurs, sa tête aurait gonflé. Son égo serait surdimensionné. Les mauvaises langues dénoncent sa vanité, son goût immodéré pour l'argent. Il dément et répond avec ces mots : "Quand je porte un chapeau, il est toujours de la même taille qu'avant".

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Malgré ce succès, l'argent et la reconnaissance, Sean Connery reste frustré, à fleur de peau. Toujours sur la défensive quand on lui parle de 007. "Je ne veux pas rester James Bond toute ma vie. Ça m'énerve quand on m'appelle Bond dans la rue", déclare t-il à un journal. La peur de rester à jamais l'espion de sa Majesté le tracasse. Entre deux 007, Sean Connery se jette donc à corps perdu dans de nouveaux rôles et de nouveaux films. Histoire de se prouver qu'il vaut mieux qu'un simple espion et qu'il est un acteur, un vrai, capable de se métamorphoser. Aristocrate dans Pas de Printemps pour Marnie d'Hitchcock ou soldat à la dérive dans La Colline des Hommes Perdus. L'acteur veut à tout prix chasser l'ombre de Bond, mais en dépit de ses efforts, le smoking de 007 lui colle obstinément à la peau.

L'invité "Confidentiel"

Guillaume Evin, journaliste et écrivain, spécialiste de James Bond.

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