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Michel Polnareff, l'éternel provocateur

PODCAST - Michel Polnareff n'a jamais pensé qu'il pourrait mourir un jour. "La mort, dit-il, je n'y crois pas trop". Dès l'enfance, il a donc décidé qu'il serait éternel. Derrière ses lunettes noires, il a ainsi bâti un personnage qui, comme le spectre d'une maison vide, serait un éternel revenant. Car les fantômes ne meurent jamais.

Michel Polnareff le 14 juillet 2007
Michel Polnareff le 14 juillet 2007
Crédit : MICHEL EULER / POOL / AFP
Michel Polnareff, l'éternel provocateur
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Jean-Alphonse Richard & Marie Bossard

Michel Polnareff est né dans la musique. Dès qu'il sut marcher, on lui a demandé de s'asseoir derrière un piano. Son père, Leib Polnaref, arrivé d'Ukraine avant guerre, se fait appeler Leo Poll. C'est un compositeur respecté. Sous l'Occupation, Yves Montand a chanté son plus grand succès. Il a écrit pour Edith Piaf et a été le pianiste de Charles Trénet. L'appartement des Polnareff, rue Oberkampf, n'a pourtant rien d'un décor de joyeuse opérette. Ce serait plutôt une cage dorée où le tout jeune Michel n'a d'autre choix que de suivre la cadence de son maestro de père. Omniprésent, intransigeant, tyran de la partition. Quand son fils Michel Polnareff ne respecte pas les consignes ou fait une fausse note, il suscite la colère, les cris, les gifles et les coups de ceinturon. C'est par la force et sous la contrainte qu'il apprendra à jouer.

Avec le rock, Michel Polnareff goûte au vent salé de la révolte. Il ne sera pas pianiste classique. Quitte à se fâcher avec son père. Le jeune musicien bouillonne, ne supporte plus qu'on lui impose une voie toute tracée. Il a d'autres rêves. A tout juste quinze ans, Polnareff décrète ainsi qu'il sera désormais seul aux commandes de son destin. Personne, ni son père, ni Dieu, ni le diable ne lui dictera sa conduite. Il en sera toujours ainsi. Il en paiera parfois le prix fort.
En ce début des années 60, Michel Polnareff n'a plus d'uniforme. Sur le point de voler de ses propres ailes. Il a presque vingt ans et son road trip - qui va durer toute sa vie - peut enfin commencer. Polnareff quitte le foyer familial. Il multiplie les petits boulots, fait du porte à porte pour proposer des contrats d'assurance, vend des cartes postales au profit des aveugles. Le jour où le directeur d'une agence bancaire lui tend un billet de vingt francs pour aller se faire couper les cheveux, condition pour être embauché, il décide tout plaquer.

"Je vais les chanter moi même"

A Londres, Michel Polnareff  essaie maladroitement de frapper à la porte des studios pour proposer des chansons. "Je ne connaissais personne, donc je me suis cassé la figure. Je présentais des chansons come Love Me ou La Poupée qui fait Non et comme je ne pouvais rencontrer personne, je me suis dit : Je vais les chanter moi même". 

Michel Polnareff tient parole. Il est inconnu, n'a pas un sou, aucune relation de poids dans les maisons de disques mais revient à Paris avec la ferme volonté de chanter. Le 12 février 1966, Polnareff interprète un tube de Buddy Holly et remporte le trophée Disco Revue sur la scène de La Locomotive. Premier succès mais aussi premier coup d'éclat : Avec ce prix, l'inconnu Polnareff a gagné un contrat chez Barclay, label qui fait alors la pluie et le beau temps sur la variété française. Contrat gagné, contrat aussitôt rejeté. Michel Polnareff refuse que cette maison de disques ne le formate à la sauce du moment. Eddie Barclay en personne sera époustouflé par l'arrogance et l'orgueil de ce débutant qui quelques années plus tard rejoindra toute de même son écurie.

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Michel Polnareff continue, en solo, de hanter les couloirs des maisons de disques et les bureaux d'imprésarios. Un ami d'enfance lui présente Lucien Morisse, poids lourd de la chanson française, le premier à détecter en ce chanteur pâle et efflanqué come un chien errant, une pépite à l'état brut. Polnareff est têtu. Il refuse de changer de nom et insiste pour chanter en anglais. Polnareff restera Polnareff mais sa première chanson, qu'il traîne depuis un bon moment déjà dans ses cartons, sera écrite en français.

Une célébrité immédiate

"La Poupée qui fait non" sacre Michel Polnareff. En quelques semaines seulement, et avec une poignée de textes écrits au fil des mois, le chanteur myope accède à la célébrité. La réussite est immédiate, facile, insolente. Toutes les mélodies fonctionnent et tout lui réussit. On ne le surnommera que bien plus tard l'Amiral, mais déjà, en ce milieu des années 60, le succès fait l'homme et transforme le chanteur. Sa coupe de cheveux passe du blond au brun, façon Who ou Beatles. Les premières lunettes noires font leur apparition, les tenues viennent de Carnaby Street.

Michel Polnareff va ainsi rester tout au long de sa carrière le roi de la provocation. Sans jamais avoir l'air d'y toucher. Même si on devine chez le chanteur ce plaisir permanent de jouer avec la foudre sans jamais utiliser de paratonnerre. "La provocation existe parce que les gens ne sont pas assez évolués. Sinon, il n'y aurait pas de provocation" dit-il. Personne n'a ainsi oublié le scandale retentissant de l'année 1972. Polnareff annonce son nouveau spectacle à l'OlympiaPolnarévolution. Et une affiche tapisse aussitôt les murs de la capitale : Polnareff porte un chapeau et une robe de mariée, relevée sur ses fesses nues, roses et rebondies. L'affiche provoque la stupéfaction. Les plaintes pleuvent. Michel Polnareff sera condamné à 60.000 francs d'amende, l'équivalent de 9.000 euros pour attentat à la pudeur. Il ne fera pas appel mais récidivera l'année suivante. Affiche cette fois de face. L'artiste complètement nu avec le fameux chapeau de tulle blanc tenant tout seul, sans les mains, en équilibre, posé sur la plus intime partie de son anatomie.

Michel Polnareff clame qu'il est un homme tout en continuant malicieusement de jouer continuer avec les codes d'une virilité ambigüe. Il s'amuse à faire monter sur scène une danseuse du Lido, déguisée en Polnareff qui exhibe ses fesses mais revendique son hétérosexualité. "Les femmes ont été un chapitre considérable de ma vie", déclare t-il. Même si ces multiples conquêtes sont toujours restées dans l'ombre. La vie amoureuse de Polnareff semble ainsi protégée comme une citadelle. Peu de noms livrés en pâture à la presse du cœur, pas de romances scandaleuses. Michel Polnareff racontera avoir connu l'amour à la sortie de l'adolescence avec une prostituée qui avait des dents en or. Il dira avoir eu son premier grand chagrin d'amour avec une certaine Georgia, avoir été l'amant de Sylvia Kristel, l'égérie d'Emmanuelle et connu une brève liaison avec Lynda Carter, célèbre dans le justaucorps de Wonder Woman.

L'invité "Confidentiel"

Benoît Cachin, journaliste et auteur de "Michel Polnareff, une simple mélodie" aux éditions Gründ

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