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Madame Claude : la proxénète qui voulait "rendre le vice joli"

PODCAST - Madame Claude n'a jamais existé. Elle ne fut qu'une illusion, un fantasme pour jeunes gens et messieurs plus âgés. Une célébrité que tout le monde rêvait d'apercevoir mais que personne ne voyait. Cette femme, qui régnait sur les cœurs des hommes, s'était inventée une vie. Dès que le rideau se levait, elle avait déjà disparu.

Fernande Grudet alias Madame Claude le 5 mai 1986 à Paris (archive)
Fernande Grudet alias Madame Claude le 5 mai 1986 à Paris (archive)
Crédit : MICHEL GANGNE / AFP
Madame Claude : la proxénète qui voulait "rendre le vice joli"
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Jean-Alphonse Richard & Marie Bossard

Fernande Grudet a vu le jour le 6 juillet 1923 à Orléans. Cette date de naissance est le seul élément tangible, vérifié, attesté de ces premières années. Car sur son enfance, celle qui deviendra un jour Madame Claude s'ingéniera toujours à mentir et à entretenir le doute. Dès le début, un flou artistique enveloppe donc cette petite fille. Non pas élevée dans une famille de la grande bourgeoisie avec un père industriel comme elle a pu l'affirmer, mais au fond d'un café, rue Diderot à Angers. Fernande Grudet n'a pas eu le temps de connaître sa grande sœur. Elle avait seulement un an quand celle ci est morte. Petite fille, elle suit son père qui, pour améliorer l'ordinaire, vend des sandwiches sur une carriole à la gare d'Orléans.

La suite, jusqu'à ses vingt ans, est à nouveau une histoire recomposée. Un passé pétri d'inventions, d'affabulations, le retricotage en règle d'une existence. Madame Claude dira avoir perdu son père, alors qu'elle avait dix huit ans. Non pas mort en résistant sous l'Occupation, comme elle le laissait entendre, mais au fond de son lit d'un cancer du larynx.  Madame Claude s'inventera trois frères, qui n'ont jamais existé. Un séjour au couvent des Visitandines, pure fiction. Ou encore cette déportation au camp de concentration de Ravensbruck, où elle aurait rencontré la résistante Geneviève De Gaulle Anthonioz.

Cette dernière histoire est le seul récit sur lequel plane toujours des interrogations. Des témoins différents qui ont rencontré Madame Claude à Paris et à Los Angeles certifient que Madame Claude portait bien au creux de son poignet un tatouage. Un matricule ressemblant à celui imposé aux déportées. Mais pourquoi le cachait-elle ? L'écrivain grec Taki Thedoracopoulos, client régulier de Madame Claude, affirmera avoir parlé pendant des heures avec elle de cette histoire de déportation. Sans qu'elle donne le nom du camp, comme si sur ce point précis elle avait perdu la mémoire. Seule certitude, ce tatouage que portait Fernande Grudet, alias Madame Claude, était réservé non pas aux prisonnières de Ravensbruck mais à celles d'Auschwitz.

La naissance de Madame Claude

Un autre mystère a toujours enveloppé d'un voile opaque la jeunesse de Madame Claude. Un enfant, une fille, née d'une union éphémère. Celle-ci, prénommée Annie, a bel et bien existé. Fernande Grudet, lui a donné le jour quand elle avait 18 ou 20 ans. Là aussi, elle ne livrera jamais les clés de cette maternité enfouie dans sa mémoire. Elle changera de version selon les circonstances. Indiquant que cet enfant était le fruit d'une relation forcée avec un officier nazi en déportation. Puis celui d'une liaison courte et passionnée avec un résistant de la France Libre, mort en déportation.

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En cette période d'après-guerre Fernande Grudet, mère célibataire, se retrouve à Paris. Bien décidée à y faire sa place. Les temps sont durs. Les petits boulots de vendeuse ou d'employée par les primeurs aux Halles, se succèdent. La jeune femme, qui a fréquenté les écoles religieuses, les bancs de l'Institution Jeanne d'Arc et de l'Immaculée Conception à Angers, peut compter sur sa bonne éducation. Elle s'exprime de façon plutôt châtiée et élégante. On lui donnerait le bon Dieu sans confession.
Au début des années cinquante, Fernande s'efface définitivement pour devenir pour toujours Claude. Le prénom est nettement plus chic, moderne et parisien. Il a aussi l'avantage déroutant d'être tout à la fois masculin et féminin. Une nouvelle manière de brouiller les pistes. Ce prénom, Claude, masque une nouvelle vie. Beaucoup plus sulfureuse. Avec ses airs de petite bourgeoise irréprochable, Claude navigue en fait dans les milieux les plus interlopes. La pègre, les cabarets, le trottoir... Elle devient l'une des créatures de la nuit, dans le quartier de la Madeleine à Paris. Une ombre destinée à attirer le regard des hommes.

"Allô oui ?"

Madame Claude se lance donc dans la prostitution. Mais façon haute couture. Les tarifs sont exorbitants, la clientèle huppée : chefs d'Etat, ministres, écrivains, acteurs et industriels. Madame Claude fait tout pour recruter les plus belles filles du moment. Elle vient les chasser dans les magasins de lingerie, dans le milieu du cinéma où les jeunes comédiennes déçues ne manquent pas, ou encore autour des Folies Bergères et du Lido, parmi les danseuses recalées.

Les filles de Mme Claude, elle a un faible pour les blondes Scandinaves - sont une vingtaine, généralement âgées de 18 à 25 ans. "Quand j'ai commencé, je croyais que les jolies filles étaient partout. En fait il n'en existe pas beaucoup. J'ai donc essayé de les fabriquer", dit Madame Claude qui n'hésite pas à confier ses recrues aux mains expertes des chirurgiens esthétiques. Histoire de les rendre plus sexy. Quand elle ne les trouve pas assez cultivées pour briller avec leur client, elle les aiguille vers la bibliothèque. Les force à lire des romans ou les récits du magazine Historia et les interroge le lendemain sur ce qu'elles ont retenu.

Mme Claude n'est pas dans l'annuaire, évite les mondanités et ne fait aucune publicité. Son "Allô Oui" quand elle répond au téléphone suffit à servir de mot de passe à l'élite. C'est le sésame pour obtenir l'adresse de la maison. Le rituel est immuable. Madame Claude, tailleur Saint Laurent, brushing parfait et discrètes boucles d'oreille, reçoit seule les clients. Offre un verre, parle de la pluie et du beau temps tout en réfléchissant sur la fille qu'elle choisira. Du sur-mesure. "Je donnais à mes clients des jeunes femmes qui ressemblaient à leurs épouses, à leurs filles, à leur mères. Comme si elles faisaient partie de leur milieu", expliquera Madame Claude. "Je voulais rendre le vice joli".

L'invité "Confidentiel"

Philippe Thuillier, producteur du documentaire "Les confessions de Madame Claude". 

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