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Dick Rivers, la quatrième Vieille Canaille

PODCAST - Dick Rivers n'a jamais été le dernier archange français du rock. S'il portait des bottines de cowboy et une banane gominée, il savait que époque était révolue. La musique qu'il aimait, et Elvis, avaient disparu depuis bien longtemps.

Dick Rivers en 1987 à Paris
Dick Rivers en 1987 à Paris
Crédit : GEORGES BENDRIHEM / AFP
Dick Rivers : "Je vais vouer ma vie au rock"
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Jean-Alphonse Richard & Marie Bossard

Hervé Emile Forneri est né un 24 avril à la clinique Sainte-Croix à Nice. L'année de naissance reste indécise. 1946 d'après lui. Un an plus tôt, 1945, selon ses biographes. Il est le fils d'un couple de bouchers de la vieille ville, André et Marie-Thérèse Forneri. Enfant unique - et heureux de l'être, écrira t-il plus tard - dans une France de l'après-guerre qui reprend son souffle. Famille catholique, le futur Dick fréquente le pensionnat Saint Joseph. Première communion, communion solennelle, enfant de chœur à la messe du dimanche, avant que sa mère ne l'emmène l'après-midi au cinéma. Au Cinéac, la salle du quartier, il voit  défiler une cohorte de héros américains, James Dean, Marlon Brando, Burt Lancaster, John Wayne... Toujours plus beaux et plus forts, dans un pays mille fois plus grand que la France et si loin de la côte d'Azur.

Le futur Dick Rivers, n'est pas un mauvais élève, mais il a la tête ailleurs. Son père, qu'il redoute, et qui rêve pour lui d'une carrière tranquille - une bonne situation comme on dit -  n'apprendra que des mois plus tard qu'il a redoublé la classe de cinquième. Celui qui s'appelle encore Hervé Forneri passe le plus clair de son temps à écouter des 45 tours chez un copain qui possède un pick-up. Des musiques de films, les Platters, le crooner Pat Boone. Seule l'Amérique semble trouver grâce à ses yeux. D'autant plus que la terre promise est toute proche. A une poignée de kilomètres, à la sortie de Nice : la base de l'US Navy à Villefranche-sur-Mer. Dans la rade, un porte-avions est au mouillage, on vient le visiter le week-end, les GI's distribuent du chewing-gum aux enfants. Des voitures interminables - Chevrolet, Buick, Plymouth - étincellent de chromes sur les quais. "Pour moi l'Amérique c'était le paradis, j'adorais leur cinéma, leur musique et leurs voitures. Parcourir le monde au volant d'une grosse américaine, la réussite c'était ça", déclarera  Dick Rivers.

Hervé Forneri, futur Dick Rivers, a tout juste douze ans quand son destin va définitivement bifurquer. L'entrée dans le plus grand magasin de disques de Nice, La Boîte à Musique, change son existence. Ce jour-là, le jeune garçon qui a commencé à jouer un peu de la guitare, est venu acheter le dernier 45 tours de Georges Brassens, Le Gorille. La chanson est alors réputée pornographique et parfois interdite à la radio. Avant de s'emparer du 45 tours, Dick Rivers s'arrête devant le juke-box du magasin...La chanson numéro 6 est celle qu'écoutent les marins américains. Un interprète nommé Elvis Presley et un titre, Heartbreak Hotel. Un Hôtel des Cœurs Brisés dans lequel Dick Rivers va s'engouffrer pousser et ne plus jamais trouver la sortie.

Pour Hervé Forneri, bientôt Dick Rivers, la voix d'Elvis est la voie à suivre. "Je vais vouer ma vie au rock", répète-il. Le jeune Niçois couvre ses cheveux de gomina, porte des bottes de loubard, des jeans et une première chemise western achetée au surplus américain. Une liquette strictement identique à celle du King hormis la couleur, verte au lieu de rouge. L'apprenti rocker traine avec les mauvais garçons, les blousons noirs de la place Garibaldi qui ressemblent à ceux de West Side Story. Chahuté, bousculé à cause de son physique de gringalet jusqu'à ce que le chef de la bande, Albert Montini, l'adopte et en fasse une espèce de mascotte. Dans les années qui suivront, Montini, gros bras apte à faire le coup de poing si nécessaire, assurera la sécurité des concerts de Dick Rivers.

La recherche de l'Amérique

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Les pionniers Johnny Hallyday, mais aussi Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires donnent des ailes au futur Dick Rivers. Il est pour l'instant un aspirant rocker qui admire ses aînés et les applaudit. Devenu célèbre, il restera pourtant à distance raisonnable de la bande à Johnny, et n'en fera d'ailleurs jamais réellement partie. Sans vraiment se l'avouer, il éprouvera longtemps un sentiment légèrement teinté d'amertume. Celui d'avoir parfois été ignoré, traité même avec un peu de mépris. Au point de n'avoir jamais été sollicité pour participer à la tournée des Vieilles Canailles. Dick Rivers y aurait eu pourtant complètement sa place. Au final il en tirera une certaine fierté : celle d'être resté au fond, le dernier des Mohicans, un cavalier solitaire sur la route du rock n'roll.

Celui qui s'appelle toujours Hervé Forneri à 15 ans à peine révolus et monte avec deux garçons de son âge, les frères Jean-Claude et Gérard Roboly, un premier groupe baptisé Jerry Joyce and the Joycemen. Nom qui fait référence à l'acteur Jerry Lewis et au fait que tous les groupes américains du moment ajoutent "Men" à la fin de leur nom. Les Joycemen se payent des costumes roses et des chemises à jabot. Ils chantent en anglais, enregistrent quatre titres, se font remarquer dans des caves qui servent de clubs et sur la scène du Vieux Colombier, le cabaret de Juan les Pins où s'est produit quelques mois auparavant Johnny Hallyday. Davantage d'applaudissements que que de sifflets. Les trois garçons sont sûrs d'être meilleurs que les Chaussettes Noires qu'ils trouvent désormais médiocres. Au mois de février 1961, ils s'entassent dans une vieille Alfa Roméo. Nationale 7, direction Paris, avec la certitude qu'ils reviendront un jour à Nice riches, célèbres, à bord d'une somptueuse Cadillac.

Tout va très vite pour les Joycemen et leur chanteur qui se font vite remarquer. Les maisons de disques sont alors à la recherche de rockers français. Le 24 avril 1961, le groupe enregistre ainsi au studio Pathé Marconi. L'essai est concluant. Mais la maison de disque demande veut un autre nom pour le groupe. Les terminaisons en Men sont déjà dépassées. Le leader Hervé Forneri adore un groupe anglais baptisé les Wild Cats...La traduction est instantanée, tout le monde opte pour Les Chats Sauvages. On demande aussi au chanteur de se trouver un autre patronyme, beaucoup plus dans l'air du temps, moins franco-niçois que celui qu'il porte depuis sa naissance. Hervé Forneri avait adoré un personnage du film Loving You avec Elvis, un dénommé Deke Rivers. En une minute, il devient tout simplement Dick Rivers. Les musiciens portent des smoking rouges, Dick Rivers est en noir de la tête aux pieds. Le 18 juin 1961, les Chats Sauvages sont sur la scène du Palais des Sports avec tout le gratin du rock français, des Chaussettes noires à Richard Anthony. Ils portent des masques de chats. Un succès. Pour eux, le public casse des chaises.

Dick Rivers ne fait pas attention à la réussite. Encore trop jeune pour avoir soif de reconnaissance, il s'amuse. Avec les Chats Sauvages, il sillonne la France dans une immense Cadillac vert bouteille. Il est encore mineur et les royalties des ventes sont versées à ses parents. Il vit à l'hôtel, passe à la télévision, les filles l'attendent à la sortie des studios et des salles de concert. Les aventures ne manquent pas. Avec Marie-France, une chanteuse débutante dont l'heure de gloire est d'avoir passé une soirée avec Elvis -  quand celui-ci est venu à Paris en permission -  Dick croit avoir trouvé le grand amour. Et une conseillère de choix pour sa carrière qui se dessine. Mais c'est un feu de paille. Elle le plaque. Il est malheureux, à des idées noires, pense même à abréger son existence. Côté scène, les Chats Sauvages sont en plein marasme. Le succès est là, mais Dick Rivers ne s'entend plus avec les frères Roboly. Après un an d'existence, à l'été 1962, il claque la porte. Il laisse derrière lui une poignée de tubes dont l'un qu'il ne cessera de détester, jusqu'à mentir en disant qu'il ne l'avait jamais chanté.

Commence pour Dick Rivers une route en solitaire qui ne va jamais s'arrêter. On lui prédit le pire mais la chance lui sourit. Les radios passent ses nouvelles chansons. Les galas continuent. Il devient l'une des mascottes de l'émission "Salut les Copains". Le 24 avril 1965, jour de ses 19 ans, 22 jours après la noce de Johnny et Sylvie, il se marie à Micheline Boyer, une script girl qui fait un peu de figuration. Les fans et les journalistes font le siège du Bowling du Bois de Boulogne où se tient la fête. Bientôt va naître un fils, Pascal. Couple trop jeune. Après un an de vie commune, la séparation est inévitable. Il se souviendra plus tard : "Je venais d'échouer dans ma vie d'homme marié. J'allais me considérer définitivement inapte au mariage". Mai 1965, il est en tête du hit parade devant Claude François. Premiers pas en Amérique, pas encore celle de ses fantasmes. Des concerts à guichets fermés au Québec et une visite express de New York. Avril 1966, Dick est en bonne place sur la photo de Jean-Marie Perrier qui réunit les 47 filles et garçons qui écrivent la chanson de demain. Johnny et Eddy sont tout en haut. Il est quatre rangs plus bas mais impossible de le rater, il parait plus grand que tout le monde.

L'invité "Confidentiel"

Yves Bigot, journaliste, directeur de TV5 Monde. Il est l'auteur du livre "Je t’aime moi non plus – Les amours de la chanson française" aux éditions Don Quichotte

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