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Marilyn Monroe : les drames intimes qui ont jalonné sa vie

PODCAST - Marilyn Monroe ne fut jamais la nouvelle Vénus. L'amour, qu'elle cherchait désespérément, ne cessa de se dérober sous ses pas. Elle n'en reçut que des lambeaux, des promesses non tenues, des trahisons, sans pouvoir se résoudre à croire que ce sentiment qui lui échappait, n'existait pas.

Marylin Monroe par le photographe Milton H.
Marylin Monroe par le photographe Milton H.
Crédit : JANEK SKARZYNSKI / AFP
Marilyn Monroe, la quête de l'amour impossible
32:11
Jean-Alphonse Richard
Jean-Alphonse Richard
Animateur

Norma Jeane Mortenson selon l'état civil ou Norma Jeane Baker selon son extrait de baptême est née au Los Angeles County Hospital le 1er juin 1926. Sa mère s'appelle Gladys Monroe mais elle ne connaîtra jamais son vrai père. Le nom qu'elle porte, Mortenson, est celui d'Edward Mortenson, brièvement marié à sa mère et divorcé. Marilyn serait le fruit de la liaison de sa mère, employée dans un laboratoire de développement de films, avec son patron, un certain Charles Stanley Gifford. De ce père supposé, Marilyn Monroe, ne disposera que d'une photo sépia que sa mère lui a montrée à l'âge de huit ans. Celle d'un homme souriant portant un chapeau mou et une petite moustache à la Clark Gable, qui serait mort dans un accident de voiture. "Je n'ai jamais cru à cet accident", confiera Marilyn qui retrouvera dix ans plus tard Charles Stanley Gifford. Quand elle l'appellera au téléphone, il lui raccrochera au nez.

La future Marilyn Monroe vit avec sa mère dans une modeste maison d'Hollywood. Gladys a déjà fait quelques séjours en hôpital psychiatrique. Au bout d'un an, elle commence à perdre la raison, reste recluse dans sa chambre. Elle est jugée dangereuse, diagnostiquée schizophrène paranoïde et placée en maison de repos. Marilyn ne la verra plus désormais que par intermittence, silhouette fantomatique perdue dans un nuage médicamenteux. Pour l'instant la petite fille est livrée à elle-même. L'année de ses huit ans, elle est violée dans un foyer où elle est pensionnaire. Elle ne donnera jamais le vrai nom de son violeur, l'appelant monsieur Kimmel et le présentant comme un Anglais qui avait l'âge d'être son père. Marilyn racontera bien plus tard qu'une porte s'était ce jour-là refermée sur elle. Dans un journal intime retrouvé peu après sa mort, l'actrice écrit cet appel à l'aide au sujet de son viol : "Non, je ne serai pas punie pour ça. Non, je ne serai ni menacée, ni privée d'amour ou jetée dans les flammes de l'enfer pour ça".

Marilyn Monroe est désormais une pupille de l'Etat de Californie. La voilà ballotée entre sa tutrice, Grace Goddard, une lointaine tante et deux orphelinats. C'est une élève médiocre qui a du mal à être ponctuelle et attentive. Il n'y a qu'en écriture, en lecture et en poésie qu'elle excelle. Pour cette fille qui étouffe en pension, chaque sortie au cinéma est une bouffée d'oxygène. A quatorze ans, elle écrit : "Je n'aimais pas le monde dans lequel je vivais, c'était sinistre, mais j'adorais raconter des histoires. Quand on me dit que cela s'appelait jouer la comédie, j'ai répondu que c'est ça que je voulais faire : actrice".

Un premier mariage sans amour

Marilyn Monroe a 16 ans quand sa tutrice, quitte la Californie. Avant de partir, celle-ci trouve un stratagème pour que l'adolescente ne passe pas deux années supplémentaires à l'orphelinat : conclure un mariage arrangé. Le mari n'est autre qu'un voisin de 21 ans, un certain James Dougherty sur lequel Marilyn n'a jamais posé le regard. Peu importe, elle accepte la combine. Le 19 juin 1942, elle devient Mme Dougherty. Pas vraiment d'amour dans ce jeune couple. Côté mari, il rassure ses parents. Côté épouse, elle quitte l'orphelinat. "J'avais l'impression de sortir du zoo" dira t-elle. Quatre ans de mariage. Un mari le plus souvent absent, marin à bord de cargos pendant deux ans puis engagé dans la guerre du Pacifique. Marilyn vit au rythme des lettres et des permissions d'un époux qu'elle ne connait pas. Elle s'ennuie. Elle prend un job à la Radioplane Company, une usine d'armement qui tourne à plein régime. Un photographe militaire qui fait des portraits d'ouvrières affectées à l'effort de guerre, clichés distribués aux GI's, la remarque au premier coup d'œil. Cette Norma Jeane Dougherty, beauté fraiche et brune, sourire enthousiaste, sort du lot. David Conover sera le premier homme à avoir capturé la silhouette et le sourire de celle qui va être Marilyn, la femme la plus photographiée au monde.
A Las Vegas ou à Los Angeles, cette Norma Jeane qui ne fume pas et ne boit pas, se maquille très peu et dit oui sans réfléchir à tous les photographes, devient un modèle réputé. Hollywood la repère. Elle est donc invitée à faire un essai dans les studios de la Twentieth Century Fox. Plutôt concluant même s'il faut absolument qu'elle change de nom. Celui qu'elle porte n'est pas assez glamour. Elle s'appellera donc Marilyn Miller, ce qui ne lui convient pas. Comme elle est fan de la star Jean Harlow, elle propose donc à la place Jean Monroe, le nom de jeune fille de sa mère. Le studio tranche : ce sera Marilyn Monroe

Sexe, mensonges et médicaments

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Marilyn Monroe, 20 ans, apparait rapidement dans deux comédies à petit budget, mais la Fox hésite. Marilyn a beau être accro aux cours à l'école de théâtre du studio et rêver à des rôles dramatiques, elle ne convainc pas. Trop fragile, trop effarouchée, trop intimidée pour être une bonne actrice. La Fox ne renouvelle pas son contrat. La Columbia lui donne aussitôt une deuxième chance, mais il va falloir qu'elle se fasse teindre en blonde. L'un des agents qui fait la pluie et le beau temps à Hollywood, Johnny Hyde, la prend sous aile. Il a plus de 30 ans qu'elle, en fait sa maîtresse, s'entiche de la starlette, songe à divorcer pour l'épouser mais succombe. Une crise cardiaque après deux ans de liaison. Marilyn perd le protecteur qui lui ouvrait toutes les portes. Commence pour elle une course effrénée aux castings. Abonnée à des comédies dans lesquelles elle joue la fille sexy de service, toujours prête à poser en petite tenue. Ses photos publiées dans la revue des troupes américaines font sensation. Marilyn crée même le scandale quand un journal découvre que sa mère, qu'elle disait morte, est en fait bien vivante, pensionnaire d'un asile psychiatrique. Sexe et mensonges, cette Marilyn cacherait-elle le diable derrière son visage d'ange blond ?

L'Amérique a un faible pour cette Marilyn Monroe qui n'a pas froid aux yeux. Prend tous les risques. Sur les plateaux, elle passe pour une fille impossible qui n'en fait qu'à sa tête. Elle est souvent en retard, oublie son texte, se moque des obligations imposées par les studios, boit, fume et aime sortir. Marilyn est belle, fantasque et imprévisible. Les GIs ont sa photo au dessus de leur lit et son visage est peint sur les bombes embarquées dans les B50. Elle se moque de tous ces hommes qui lui tournent autour et ne voient en elle qu'une proie désirable. Elle multiplie les aventures de quelques jours ou quelques semaines avec le réalisateur Elia Kazan, les acteurs Nicholas Ray ou Yul Brynner. Personne ne se doute que les hommes au fond la répugnent. Personne ne se doute non plus qu'en dépit des apparences, Marilyn tremble comme une feuille, sûre de rien. Une perpétuelle anxieuse. Une insomniaque, qui prend des somnifères, enchaîne avec des amphétamines. Dans les quatre années qui viennent elle sera addict et ne pourra plus se passer de ces cocktails toxiques.

Marilyn Monroe fait tourner les têtes mais elle se lasse de son rôle de poupée parfaite. Elle pressent que cette image va finir par l'étouffer même si un film, Niagara, lui a permis de ne plus passer pour une ravissante idiote. Sans prévenir, elle claque la porte d'Hollywood et va s'installer à New York. Avec la ferme volonté de devenir une actrice digne de ce nom. Quitte pour cela à repartir à zéro. Elle prend des cours chez Lee Strasberg à l'Actor's Studio, étudiante qui comme les autres attend son tour dans un couloir. Strasberg veut des acteurs qui racontent leur propre vie. Celle de Marilyn est déchirée, exsangue, névrotique. Strasberg l'encourage à se livrer à la psychanalyse, la nouvelle thérapie à la mode. L'actrice en aura cinq psys au total. Le docteur Anna Freud - qui n'est autre que la fille de Sigmund Freud - la décrit comme "émotionnellement instable, impulsive, cherchant sans cesse l'approbation des autres, des tendances paranoïaques et schizophrènes". Marilyn était déjà un trophée que se disputent les hommes. Elle devient un sujet d'études pour des thérapeutes. Elle leur confie les détours de son âme, avec l'espoir qu'ils puissent la sauver. 

En cette année 1961, Marilyn Monroe a acheté une petite maison cernée de palmiers au 12305  Fifth Helena Drive à Brentwood, la banlieue chic de Los Angeles. Elle n'a jamais cessé de voir John Kennedy. Liaison ponctuée de soirées glauques où l'actrice, entre médicaments et alcool, se retrouve trimballée à des adresses qu'elle ne connait pas, pour de furtives retrouvailles. Au début de l'année, le plus célèbre de ses amants est devenu Président des Etats Unis. Rêve-t-elle alors à un destin de première dame ? Kennedy lui a t'elle fait miroiter un nouveau destin ? Elle parait y croire, persuadée que cet amour, enfin, sera le bon. Le 19 mai, elle apparait sur la scène du Madison Square Garden, invitée à chanter pour l'anniversaire du Président. On pourrait la croire nue dans sa robe. L'épouse de JFK, Jackie Kennedy, prévenue de cette exhibition, a préféré rester dans la propriété familiale de Glen Ora. Jamais déclaration d'amour n'aura été aussi évocatrice, désemparée et dangereuse. En regardant ces images, Jackie dira : "La vie est trop courte pour se soucier de Marilyn". Le Président ne rappellera pas la star.

Un peu plus de deux mois après la soirée d'anniversaire, le 5 août 1962, Marilyn Monroe, 36 ans, est retrouvée morte à 3h50 du matin, par son médecin, le docteur Engelberg. Nue sur le ventre dans son lit, une main sur le téléphone, la table de nuit encombrée de flacons de barbituriques. Un suicide, possible. Un meurtre dira aussi une rumeur persistante, on ne retrouvera aucune lettre d'adieu. Depuis quelques semaines, Marilyn vivait ici en recluse, les volets tirés, enfermée dans une chambre quasiment vide. Deux mois auparavant, la Fox l'avait débarquée du tournage de Something Got To Give, pour absences injustifiées. Le film allait rester inachevé. Le 8 août 1962, Marilyn Monroe est enterrée au Westwood Village Memorial Park de Los Angeles. Joe DiMaggio, veuf inconsolable d'une légende, a interdit aux Kennedy et au tout Hollywood d'être présents. Arthur Miller ne s'est pas déplacé. Marilyn disparait dans un couloir sombre de la crypte numéro 24, appelé le couloir des souvenirs. Morte d'une overdose, peut-être. De chagrin sûrement. Celui de n'avoir jamais été aimée.

L'invité "Confidentiel"

Murielle Joudet, critique de cinéma au Monde et aux Inrocks.

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