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Le prix Albert Londres 2020 décerné à Allan Kaval du journal "Le Monde"

C'est le journaliste du "Monde" Allan Kaval qui a été récompensé par le prix Albert Londres. Le jury a particulièrement apprécié "ses portraits empreints d'humanité".

Le Prix Albert Londres récompense les meilleurs "grands reporters" francophones.
Le Prix Albert Londres récompense les meilleurs "grands reporters" francophones.
Crédit : Dominique FAGET / AFP
Marie Gingault & AFP

Pour la troisième année consécutive c'est un journaliste du journal Le Monde qui est récompensé par le prix Albert Londres. Cette 82ème édition a récompensé Allan Kaval, un reporter grièvement blessé début octobre au Nagorny Karabakh, pour une série de reportages sur la Syrie, a annoncé l'association.

Ce samedi 5 décembre, le journaliste âgé de 31 ans était toujours hospitalisé en soins de suite à Paris, deux mois après avoir été victime d'un bombardement au Haut Karabakh (ou Nagomi Karabakh), région enclave séparatiste d'Azerbaïdjan à majorité arménienne, au centre d'un conflit meurtrier cet automne.

Ce spécialiste du Moyen-Orient a particulièrement séduit le jury de par ses articles sur l'"enfer syrien", publiés en octobre 2019. Le jury a notamment apprécié "ses portraits empreints d'humanité", conjugués "avec une analyse pertinente qui aide à la compréhension", d'après le communiqué de l'association Albert Londres.

Son reportage sur "la mort lente des prisonniers djihadistes" dans le nord-est de la Syrie lui avait déjà permis en octobre de remporter le prix Bayeux des correspondants de guerre et le prix Ouest-France Jean Marin.

C'est vraiment un travail d'équipe

Allan Kaval
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"C'est un immense honneur", a réagi Allan Kaval auprès de l'AFP. "Mais derrière chaque reportage il y a une dizaine de personnes qui restent dans l'anonymat et qui sont pourtant absolument essentielles, c'est vraiment un travail d'équipe", a précisé le lauréat, citant notamment la photographe Laurence Geai qui l'a accompagné en Syrie.

C'est la troisième année consécutive qu'un journaliste du Monde remporte le "Pulitzer français". En 2018 le correspondant à Moscou Benoît Vitkine avait été récompensé et en 2019 c'était la spécialiste du territoire djihadiste Élise Vincent.

Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard ont pour leur part été récompensés par le 36ème prix de l'audiovisuel pour leur documentaire Sept milliards de suspects, diffusé en avril sur Arte. Ce dernier met en exergue les dangers de la surveillance de masse, de Nice à la Chine en passant par Israël.

Entre reconnaissance faciale et drones, "Sous couvert de lutte contre le terrorisme, ces techniques de surveillance ont fleuri un peu partout à une vitesse folle", a résumé Sylvain Louvet, soulignant la "résonance" de son film avec l'actualité, voire son caractère "prophétique". Selon ce dernier, la pandémie de coronavirus a accéléré ce processus, avec par exemple les applications de traçage des malades. 

Célébrer la liberté, l'engagement du journalisme

Hervé Brusini - Président du jury

Le 4ème prix du Livre a pour sa part été décerné à l'écrivain voyageur Cédric Gras, âgé de 38 ans, pour Alpinistes de Staline. Cet ouvrage est le fruit d'une enquête de deux ans sur le destin des frères Abalakov, qui ont gravi des sommets à la gloire du pouvoir soviétique avant de subir les purges staliniennes. L'auteur russophone a "pu avoir accès aux archives" du KGB "mais la mémoire officielle est encore très ambigüe", comme l'illustre "le contraste incroyable entre le statut de héros de propagande" des frères Abalakov et "les heures sombres qu'ils ont connu", a-t-il précisé. 

Au vu d'un palmarès entièrement masculin, Hervé Brusini, le président du jury composé d'une vingtaine d'anciens lauréats, a évoqué auprès de l'AFP "une préoccupation évidente" concernant la représentation des femmes. Les moyens d'action restent à définir a-t-il ajouté.

Créé en 1933 en hommage au journaliste français Albert Londres, père du grand reportage moderne, le prix est doté de 3.000 euros pour chacun des lauréats. Ces derniers doivent être âgés de moins de 41 ans. En raison de la crise sanitaire liée au coronavirus, la cérémonie de remise des prix a été décalée de novembre à décembre et s'est tenue sans public au théâtre de l'Alliance française à Paris.

Cet évènement permet de "célébrer la liberté, l'engagement du journalisme", et la "nécessité du témoignage par tout moyen, par l'écrit comme par l'image", a souligné Hervé Brusini, au moment où des atteintes à la liberté de la presse sont dénoncées dans la rue.

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